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VOUS AVEZ DIT… SCRIMINATION ?

L’enquête sur les discriminations à l’encontre des musulmans, en France, prouve surtout que les enquêteurs veulent prouver que les musulmans sont discriminés. Examen méthodique de leur curieuse méthode d’enquête.

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VOUS AVEZ DIT… SCRIMINATION ?

Début novembre 2019, la fondation Jean-Jaurès et la DILCRAH (Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT, rien que ça…) ont publié une enquête réalisée pour elles par l’Ifop sur les discriminations et les agressions dont sont victimes les musulmans de France. La lecture de cette enquête a, je l’avoue, fait naître en moi une certaine perplexité.

Qu’apprend-on, en effet, grâce à cette enquête ? Lisons le compte-rendu qu’en fait, sur son propre site, la fondation Jean Jaurès[1] : « 42 % des musulmans vivant en France ont fait l’objet d’au moins une forme de discriminations liées à leur religion au cours de leur vie. Et pour beaucoup, il ne s’agit pas d’une lointaine expérience mais d’un problème auquel ils ont été récemment confrontés : 32 % d’entre eux en ont vécu au moins une au cours des cinq dernières années. La forme de discrimination la plus répandue est celle vécue lors de contrôle des forces de l’ordre (28 % en ont été victimes parmi les musulmans ayant déjà été contrôlés par des policiers ou des gendarmes au cours de leur vie), devant celles subies lors de la recherche d’un emploi (24 %) ou d’un logement (22 %). »

Le faciès musulman, création de la fondation Jean Jaurès

À cette lecture, on s’étonne un peu. Comment peut-on dire en effet que « les musulmans » sont victimes d’une forme de discrimination lors d’un contrôle de police ? On a déjà entendu parler, hélas, de « contrôles au faciès ». Mais un contrôle au faciès s’effectue, comme son nom l’indique, sur base de l’apparence physique. Faut-il alors croire que, pour la fondation Jean Jaurès, il y a un « faciès » musulman ? Et quid de la discrimination à l’emploi ? Depuis quand les candidats ont-ils pris l’habitude de mentionner leur religion sur leur CV ?

On comprend alors que toute cette étude repose sur une confusion volontaire entre « musulman » et « maghrébin » ou « africain subsaharien ». Du reste, le texte de la fondation nous le dit lui-même, un peu plus bas, avec une touchante ingénuité : « La proportion de victimes d’un comportement raciste au cours des cinq dernières années est deux fois plus élevée chez les musulmans vivant en France (40 %) que dans le reste de la population (17 % : source Ifop 2019). Toutefois, les motifs de ces comportements racistes sont loin d’être tous liés à la religion. » (c’est moi qui souligne). Ah ? Autrement dit, les discriminations dont sont victimes les musulmans ne sont pas pour l’essentiel liées à leur religion ? Mais alors, pourquoi insister sur « les musulmans » ?

Si les discriminations sont liées à l’apparence physique ou à l’ethnie, il est probable qu’un Ivoirien catholique vivant à Paris sera plus souvent en butte à ces discriminations qu’un Français beauceron de souche récemment converti à l’islam. Pour la bonne et simple raison que la religion – sauf dans le cas particulier d’un signe distinctif tel que foulard, médaille, kippa ou autre –, ce n’est pas trop écrit sur la figure. Mais en réalité, on comprend bien que la fondation Jean-Jaurès, avec cette étude, ne vise pas à une objectivité scientifique. Son but est de distiller dans l’opinion publique l’idée que « les musulmans vivant en France » sont discriminés à cause de leur religion. Et si pour cela il faut mélanger des comportements effectivement anti-musulmans avec des comportements racistes fondés sur la couleur de la peau, tant pis ! Ce qui compte, c’est l’effet produit.

Croire sur parole

Cette malhonnêteté intellectuelle éclate d’ailleurs dès qu’on va voir le véritable rapport de la DILCRAH. En effet, on découvre alors que cette brillante enquête est fondée exclusivement sur les déclarations des personnes interrogées. Autrement dit, lorsque la fondation Jean-Jaurès nous affirme que « 42 % des musulmans vivant en France ont fait l’objet d’au moins une forme de discriminations liées à leur religion au cours de leur vie », c’est doublement faux. D’abord, il ne s’agit pas de discriminations « liées à leur religion » mais plutôt à leur apparence physique[2], et ensuite ce n’est pas « ont fait l’objet » mais « déclarent avoir fait l’objet ».

On me dira qu’il n’y a pas de raisons particulières de douter des déclarations des personnes interrogées. Voire. Lorsqu’on lit le rapport d’enquête de l’Ifop, on découvre que les principales situations de discriminations citées par ces personnes sont un contrôle par les forces de l’ordre (28% des répondants concernés), la recherche d’un emploi (24%), la recherche d’un logement (22%), l’attitude des enseignants d’un établissement scolaire (18%), l’entrée dans un bar ou une discothèque (18%), face au guichet d’une administration publique (15%) et lors d’une visite chez un médecin ou dans un hôpital (12%). Cette nomenclature me suggère deux réflexions. La première, concernant la recherche d’un emploi ou d’un logement et les contrôles policiers, rejoint ce que j’ai dit plus haut : il me paraît évident que l’enquête confond ici « discrimination fondée sur la religion » et « discrimination raciste fondée sur l’apparence ou le patronyme », ce que confirme d’ailleurs la mention des difficultés rencontrées pour entrer dans une discothèque. La seconde consiste à se poser la question : à quel moment au juste certains musulmans peuvent-ils se sentir « discriminés à cause de leur religion » ?

Une approche idéologique

L’enquête repose sur des déclarations, donc sur l’expression d’un ressenti. Or, « se sentir discriminé » n’est pas forcément « être effectivement discriminé ». Prenons par exemple les 12% de personnes affirmant avoir été discriminées lors d’une visite chez un médecin ou dans un hôpital. On sait qu’éclatent régulièrement des incidents dus aux exigences de musulmans rigoristes refusant de voir leur épouse auscultée par un homme. Si on interroge un musulman rigoriste impliqué dans ce type d’incident, il affirmera certainement avoir été « discriminé en raison de sa religion » lors de sa visite à l’hôpital. Même chose pour la musulmane intégriste qui aura dû retirer son voile pour attester de son identité au guichet d’une administration publique, ou pour l’élève voilée à qui un enseignant aura refusé l’entrée dans l’école… Dans tous ces cas, ce qui sera déclaré comme « discrimination » n’aura été en fait que l’application d’une loi ou d’un règlement considérés par le déclarant comme injustes et humiliants. Un point de vue qui peut se comprendre, mais que rien ne nous oblige à partager.

Et je ne mentionne que pour mémoire les déclarations de « discrimination » qui pourraient être inspirées par une susceptibilité chatouilleuse (absence de menu halal à la cantine d’une école ou d’une entreprise, refus de pause-prière sur le lieu de travail ou d’horaires aménagés pendant le ramadan, etc.) ou carrément par cette mauvaise foi à laquelle les dirigeants du CCIF, par exemple, nous ont habitués depuis longtemps.

Ainsi donc, d’une part cette étude présente comme visant « les musulmans » des discriminations racistes fondées non sur la religion mais sur l’origine ethnique, et d’autre part elle prend pour argent comptant des déclarations dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles devraient être regardées de plus près. Au bout du compte, il me semble bien que la fondation Jean-Jaurès fait de cette enquête fort discutable une exploitation clairement idéologique. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’en remettre une couche sur le thème, déjà largement orchestré par diverses associations islamistes, de la victimisation des musulmans de France. La seule question que l’on peut se poser, c’est : quel est au juste l’intérêt de la fondation – et derrière elle, du PS – à jouer cette partition ?

Par Christian Clamecy

Illustration : Au regard des spécificités de la population musulmane, l’Ifop a privilégié le téléphone, sachant que par rapport à internet, il réduit certains risques comme celui d’interroger des musulmans présentant trop de particularités (notamment en termes de niveau d’éducation, de profession et de niveau de revenu) pour être représentatifs de l’ensemble de leurs coreligionnaires. La gestion téléphonique des interviews permet aussi une répartition optimale des points d ’enquête, ce qui s’avère essentiel pour toucher des personnes résidant dans des quartiers où les enquêteurs en face-à-face auraient des difficultés à travailler (ex : quartiers sensibles) ou à contacter en raison d’horaires décalés (ex : femmes de ménages, taxis, chauffeurs…).

 

[1] : https://jean-jaures.org/nos-productions/etat-des-lieux-des-discriminations-et-des-agressions-racistes-envers-les-musulmans?fbclid=IwAR33-LTwODaz-SwxUixhSZG4ItxkW3zLWum482cDrWzTqCPzn6zkWstax7E

[2] : Ce qui ne rend évidemment pas la chose moins révoltante.

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