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Une affaire d’États

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Une affaire d’États

A l’aube du 19 octobre 1995, l’on découvre, au pied d’une falaise de Djibouti, le cadavre calciné du juge Bernard Borrel, magistrat français détaché auprès du ministère de la Justice djiboutien. Dans les heures qui suivent, sans avoir procédé à une autopsie impossible faute de médecin légiste dans le pays, l’on assène à la veuve que son mari s’est « immolé par le feu ». Sous le choc, Élisabeth Borrel, mère de deux jeunes enfants, adhère d’abord à cette thèse, sans comprendre ce qui a pu pousser son époux à un tel geste. Mais, rentrée en France, reprenant ses esprits, la magistrate qu’elle est aussi, commence à mesurer les failles de l’enquête et les absurdités de ces conclusions. Pour elle, il devient évident que son mari a été assassiné par le gouvernement djiboutien. Quelques journalistes, spécialistes des questions africaines, informés, partagent ses convictions ; avant d’être empêchés de poursuivre leur enquête. Les ordres viennent de l’entourage direct de Chirac.

David Servenay fit partie de ces journalistes brutalement réduits au silence. Avoir perdu son travail ne l’empêcha pas de continuer ses recherches, tandis que l’obstination de Mme Borrel empêchait de refermer un dossier brûlant.

Plus de vingt ans après, les expertises médicales ont prouvé que le juge Borrel avait été assassiné. Aucune poursuite n’a été officiellement diligentée.

Appuyée sur des dessins austères aux teintes volontairement neutres, cette « bédé » retrace sobrement la longue lutte d’Élisabeth Borrel et de ses fils pour la vérité et dénonce l’un des nombreux secrets sanglants et crapuleux de la Ve République.

En rappelant qu’une question essentielle n’a jamais trouvé de réponse : que sont devenues les armes nucléaires, probables causes de l’assassinat de Bernard Borrel, objet à l’époque d’un lucratif trafic dans la Corne de l’Afrique ?

Une affaire d’État,
David Servenay et Thierry Martin, Soleil, 88 p,17,95 €.

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