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Un monde disparu

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Un monde disparu

Montparnasse, ses peintres, l’école de Paris… La Galerie Les Montparnos poursuit depuis quelques années une œuvre de redécouverte des peintres moins célèbres que Chagall, Pablo Pinchus Kremegne, Le Scouëzec, Pascin et Foujita, même si eux aussi fréquentaient La Coupole – et l’ont même décorée. Clergé peindra l’un des piliers, désormais couronné d’un indien à cheval perçant un fauve d’une lance. Mais qui se souvient d’Auguste Clergé, qui fonda le Salon Populiste en 1933, et de sa muse, peintre elle-même, Colette Chasseigneaux ? Les Montparnos. L’exposition en cours se concentre sur leurs dernières œuvres. Regarder Clergé aujourd’hui, c’est voir ressurgir un pittoresque parisien qui n’existe plus, comme cet ouvrier assis sur une planche suspendue à deux cordes pour réparer une gouttière ou la cour d’un chiffonnier avec sa charrette, ou encore ce café dans les fortifs (pendant la guerre, le peintre avait installé un deuxième atelier dans la zone, porte des Lilas). Petit café sur la zone de Paris (1953) concentre les qualités du peintre : une touche large et généreuse qui ne s’attache pas à l’exactitude des formes, le sens de l’espace, le goût du détail et surtout un usage libre et joyeux de la couleur, avec une palette très étendue qui n’a pas peur de poser côte à côte vert, rouge jaune et bleu, aux tonalités parfois assourdies, et réussit à accuser fortement les reliefs et à faire jaillir la lumière d’un pan de mur au ras du sol, qu’on aperçoit derrière une chaise blanche.

Si Clergé, à qui Les Montparnos ont déjà consacré une exposition en 2016, a presque valeur documentaire, autant par sa manière que par ses sujets, ce sont les œuvres de Colette Chasseigneaux, son modèle, sa femme, son inspiratrice (et réciproquement), qui créent la surprise. Les deux amants peignaient les mêmes sujets, et deux vues de la zone, par Colette, sont à rapprocher de celles d’Auguste : c’est le même angle, sans doute la même position de l’artiste. Mais le point de vue de Colette est plus lumineux, même en tenant compte qu’il s’agit d’aquarelle : La verrière de l’atelier, sujet tout simple, représente un chevalet avec sa toile, à côté de la fenêtre ouverte sur la cour. On y retrouve la même générosité dans les couleurs, d’une tonalité plus lumineuse, et un sens de la composition très sûr qui, grâce au cadrage resserré, fait prendre conscience de toutes les verticales – appui, fenêtre, chevalet, toiles, armoire, rythmant l’espace, le découpant et permettant d’opposer sans artifice les grands aplats successifs. Ses aquarelles ont le même charme, où les masses monochromes sont soigneusement posées sans se mélanger, donnant un tour aérien et acidulé, presque pop, aux paysages (Montalivet, 1971). Une jolie découverte, que le galériste a heureusement enrichie de plusieurs documents permettant d’admirer la beauté du modèle et de mieux comprendre le rôle moteur que joua Clergé dans les années trente.

Par Richard de Seze

 

Rue de la Grande Chaumière, les peintures du dernier atelier. Galerie Les Montparnos, Paris, jusqu’au 20 mai 2019.

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