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Théâtre. HAMLET de William Shakespeare

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Théâtre. HAMLET de William Shakespeare
Mise en scène de Xavier Lemaire. Avec Grégori Baquet, Christophe Charrier, Pia Chavanis….

Le Théâtre 14, animé par Emmanuel Dechartre, est un lieu de répertoire. Il a donc été tentant d’assister au chef-d’œuvre du grand William. Tout d’abord saluons l’excellente trouvaille de l’utilisation de deux escaliers mobiles, qui permettent les changements à vue et qui rappelle l’architecture du théâtre londonien du Globe Theater. Les acteurs talentueux ont bien saisi cet art particulier de l’interprétation élisabéthaine, alternant confrontation entre les personnages et interventions à l’adresse du public, et utilisant une diction qui sans être déclamatoire doit aussi projeter les mots.

Toutefois nous exprimerons deux réserves. Le talent de la costumière n’est pas en jeu, mais le parti pris du metteur en scène en ce qui concerne l’accoutrement des personnages nous a paru incompréhensible. Tout d’abord, la genèse de la plupart des pièces shakespeariennes réside dans la distance entre les rois et reines que le public londonien venait admirer, et l’exposition de leurs malheurs, leur intimité et parfois leur loufoquerie. C’est un théâtre de rupture.

On ne saisit pas à cet égard l’habillement de certains personnages et surtout celui d’Hamlet. Il est prince, ses facéties et son drame intérieur causé par l’assassinat de son père ne peuvent prendre de l’ampleur que si le personnage se déchire et se livre en opposition à ses atours royaux. L’affubler d’un jean troué et d’un singlet n’est pas une bonne trouvaille. Entendons-nous, nous ne sommes pas partisan de reprendre exclusivement les costumes d’époque, mais là où le smoking aurait pu être crédible, la prolétarisation de son vêtement ne sert pas l’acteur, Grégori Baquet, au demeurant excellent.

De même, traduire la représentation des bouffons qui singent les acteurs du crime, par l’intervention d’un orchestre de rock, même si l’idée au départ est intéressante, perd de son intensité, de par le manque de représentation, et de mouvement. Le texte mis en chanson ne peut pas tout…

On se retrouve heureusement avec la scène des fossoyeurs qui renoue avec le sens intrinsèque de la pièce, celle qui mêle la farce et la question existentielle en alternance. De même la scène d’Ophélie, tout en pudeur et simplicité, est bouleversante ; elle est servie avec une particulière sensibilité par Pia Chavanis. Reste aussi le rythme soutenu et très bien maîtrisé, qui permet de ne pas décrocher durant les deux heures trente sans entracte ; la gageure est tenue. n BSC

Théâtre 14 – 20 avenue Marc Sangnier, 75014 Paris. Réservations au 01 45 45 49 77

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