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Quelle nature protéger ? La question des espèces invasives

Baisse du nombre d’abeilles, accidents de voitures et de trains, destruction des berges des étangs, diffusion de maladies dangereuses pour l’homme. Le point commun de ces ravages ? Ils sont causés par l’une des 2 780 espèces invasives présentes sur le territoire français, pour une facture estimée depuis 1970 à 11 milliards d’euros.

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Quelle nature protéger ? La question des espèces invasives

L’ouvrage passionnant de Romain Lasseur et Olivier Vial ne traite que des espèces animales, quand il y aurait beaucoup à dire aussi – mais ce sera peut-être l’objet d’un autre livre – sur ces espèces végétales invasives dont une bonne partie sont arrivées pour soi-disant égayer nos jardins, de l’herbe des pampas au buddleia. Mais quel bilan !

Les estimations des dégâts causées par les espèces qui prolifèrent sont en effet très largement sous-estimée : les fourmis de feu peuvent obliger à quitter un terrain ; il y a 30 000 collisions annuelles avec des sangliers, 5 000 trains retardés ou annulés en 2024. Et l’homme est une victime plus directe encore : Le moustique tigre diffuse le chikungunya, qui peut être mortel, reste dans le meilleur des cas très douloureux, et dont une épidémie pourrait bloquer nos structures hospitalières ; les punaises de lit sont des parasites physiquement et psychologiquement insupportables ; les tiques provoquent la redoutable maladie de Lyme.

Certaines de ces espèces sont arrivées en France par hasard – dans un pot de fleur, un colis –, d’autres ont été introduites ou au moins relâchées volontairement. C’est le cas des perruches à collier dont les cris stridents égayent l’Ouest parisien, des silures introduits dans nos fleuves pour amuser les pêcheurs – et qui les prive maintenant d’espèces locales –, ou des tortues de Floride, importées petites pour amuser les enfants, relâchées dans la nature dès qu’elles prenaient trop de place, et qui y concurrencent la cistude d’Europe. Car certaines espèces animales autochtones menacées d’extinction le sont en partie à cause de l’arrivée de prédateurs étrangers qui les concurrencent dans leur niche écologique. Le frelon asiatique s’attaque aux abeilles, l’écrevisse de Louisiane remplace l’écrevisse à pattes blanches, le crabe bleu envahit certaines zones du sud de la France, les crépidules limitent la biomasse accessible aux autres coquillages filtrants que sont les moules et les huîtres, et la pyrale du buis ravage les jardins à la française.

Nuisible ou espèce susceptible d’occasionner des dégâts ?

En ce sens, certaines associations qui prétendent défendre l’environnement nuisent à la biodiversité en voulant protéger ces espèces. La question se pose notamment pour les sites Natura 2000, créés pour protéger un biotope précis modifié par la pression des espèces invasives. Leurs gestionnaires devraient les éliminer, mais ils n’en ont ni les moyens… ni parfois le droit. La volonté, louable en soi, de limiter la diffusion des substances chimiques pose ainsi des problèmes pour éliminer les moustiques ou les rats. De plus, certains « écologistes » expliquent que ces derniers ne sont pas vraiment dangereux pour la santé et qu’il faut apprendre à cohabiter avec eux, quand s’intéresser à la condition animale en conduit d’autres à politiser le débat, prétendant parler au nom des animaux « sans voix », pour terminer par des opérations de sabotage.

Les solutions existent pourtant, mais elles supposent des mesures rapides et drastiques, comme celles prises par la Nouvelle-Zélande ou l’Australie – échaudée, rappelons-le, par l’importation des lapins pour amuser ses chasseurs. En France, quand on veut agir, il est trop tard : on aurait pu éradiquer le frelon asiatique, on peut à peine le contenir, et la progression du raton laveur dans l’Est et le sud-ouest de la France va dans le même sens. Mais le classement, non plus en « nuisible » – quelle malheureuse petite bête ne serait nuisible –, mais en « espèce susceptible d’occasionner des dégâts » (ESOD) est trop lent et problématique. Il faut pourtant accepter l’idée de devoir mener la lutte contre ces espèces faute de voir se multiplier les risques pour les humains, les coûts des dégâts et, plus grave encore, les atteintes à une biodiversité bien menacée.

 

Romain Lasseur et Olivier Vial, La guerre contre les espèces invasives aura-t-elle lieu ? éditions du Rocher, 2026, 270 p., 19,90 €

 


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