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Polars entre rires et larmes

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Polars entre rires et larmes

La peste, en ce milieu du XVIIIe siècle, serait-elle à Paris ? La rumeur enfle, même si les autorités nient obstinément l’existence de toute contagion, moyen infaillible de convaincre le bon peuple qu’il y a bel et bien de quoi s’alarmer…

D’ailleurs, Hérault, le lieutenant de police, est inquiet au point de faire revenir de son exil lorrain le sieur Arouët qui, dans le passé, lui permit déjà par sa sagacité de résoudre quelques énigmes.

Pris entre un mal mystérieux qui décime médecins et apothicaires, un étrange touriste anglais décidé à rapporter à Londres toutes les curiosités dignes d’intérêt du continent, dont un philosophe subversif, un frère aîné janséniste fanatique et les éternelles menaces de la police prompte à le faire chanter, Voltaire devra faire preuve de toutes ses Lumières afin de comprendre qui a ainsi intérêt à terroriser Paris en simulant une épidémie mortelle …

Du roman historique, Docteur Voltaire et Mister Hyde ( Lattès ; 335 p ; 18 €.) n’a que l’apparence. Il faut la parfaite connaissance de l’époque et du contexte de Frédéric Lenormand pour lui donner un vernis d’authenticité. Cependant, cette histoire trépidante, déjantée, loufoque, satire pertinente de notre société, non de celle de Louis XV, amuse beaucoup. Et l’on a si peu d’occasions de rire de nos jours …

Si la Canadienne Louise Penny, encore peu connue de ce côté de l’Atlantique, se révèle une grande dame du polar anglo-saxon, force est d’avouer que son remarquable Enterrez vos morts (Actes Sud ; 460 p ; 21, 80 €.) ne prête pas spécialement à sourire.

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L’inspecteur chef Armand Gamache, chef de la police criminelle du Québec, est un homme brisé : la dernière opération qu’il a menée, dont il se refuse obstinément à parler et au cours de laquelle il fut grièvement blessé, a causé la mort de plusieurs de ses hommes. Il ne s’en remet pas. Pour fuir des souvenirs obsédants, Gamache s’est réfugié dans le Vieux Québec enfoui sous les neiges hivernales, chez l’ami qui, jadis, lui a tout appris du métier et reste le seul peut-être à même de le comprendre.

Il espérait y être tranquille. C’était compter sans le crime. Alors qu’il ressasse une affaire classée, se demandant s’il ne s’est pas trompé de coupable, hypothèse fâcheuse, Gamache se retrouve malgré lui entraîné dans une autre : qui a tué Augustin Renaud, original un peu fou, archéologue amateur dont l’innocente marotte était de rechercher aux endroits les plus saugrenus la sépulture perdue de Samuel de Champlain ? Que faisait ce monomaniaque dans la cave de la Litterary and Historical Society, bibliothèque méconnue et ultime bastion de l’ancienne élite anglophone, aujourd’hui submergée par les francophones et réduite à la défensive ? Qui tuerait pour une vieille tombe ? Mais Gamache a déjà vu plus bizarre dans sa carrière et il se sent pris soudain d’une douloureuse empathie envers tous les perdants de l’Histoire, ce qui n’aide pas à lui remonter le moral.

Louise Penny ne donne pas, à la différence de tant d’autres, dans l’horreur complaisante, préférant se plonger dans les méandres de l’âme humaine. Ce choix confère à ce roman une puissance, une densité qui dépassent, de très loin, sa solide intrigue policière. L’on s’attache aux personnages, leurs drames, ce Québec proche et lointain, son passé que nous connaissons peu, ces tensions mal cicatrisées nées de la mésentente entre communautés francophones et anglophones. La traduction québécoise, avec ces idiotismes, ajoute au charme dépaysant du livre. C’est très réussi.

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