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Nour ou la coquetterie pétrifiante

Les années passent et les débats médiatiques sur le drame syrien s’éternisent en écœurements primesautiers ou en dissertations nuageuses. Ceux qui affirmaient, fiers d’eux, que le président Bachar El Assad n’en avait que pour quelques mois, peu après 2011, dispensent encore leurs élucubrations sur les plateaux et dans des missions coûteuses pour les États comme pour les entreprises. À croire que la pertinence et la vérité de leurs vues comptent moins que leur conformité à quelques présupposés dogmatiques.

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Nour ou la coquetterie pétrifiante

Les sanctions américaines et européennes étouffent discrètement un peuple à peine remis d’une dizaine d’années de guerre civile mais les acteurs usuels, Human Right Watch ou les affidés des chancelleries turque et américaine, continuent leurs démonstrations accablantes. Il existe tout un monde qui ne pardonnera jamais à ceux qui ne se réjouirent pas des tentatives d’imposition de gouvernements « Frères Musulmans » partout où cela était possible en 2011.

Anne-Lise Blanchard dispose de bien des atouts en comparaison de ces voix pontifiantes. D’abord, elle n’a jamais cessé de sillonner la Syrie depuis 2014 avec l’association SOS chrétiens d’Orient. Ce n’est pas à la mode chez Médiapart mais cela donne une vue plus sérieuse de la situation que la collation de dépêches écrites depuis Beyrouth. Ensuite, Anne-Lise est un trésor de délicatesse. Formidablement énergique, elle a la souplesse de la danse et la fermeté des amoureuses de la langue exacte. Enfin, Anne-Lise ne craint aucun sujet : islam, rapport au pouvoir, à la politique, à la guerre ; elle n’esquive rien des tabous syriens comme elle ne craint pas grand-chose des compromissions républicaines.

Ces atouts mis en musique nous offrent un ouvrage passionnant : Syrie, les Femmes parlent chez Investig Action. Anne-Lise Blanchard y dépeint des visages et des consciences jetés dans la tourmente du conflit syrien. Ni Damas, ni Alep, ni le Qalamnoun, ni la vallée des chrétiens ne manquent à son entreprise. Les forces s’altèrent, les traits se durcissent, les souffrances évoluent avec une sourde espérance : sortir de la guerre. Comme l’écrit Éric Dénécé en préface : « Finalement, en s’en prenant au peuple, la coalition occidentalo-islamiste n’a fait que renforcer son soutien au régime, lequel n’était pas forcément aussi marqué avant 2011. Entre deux maux, la majorité des Syriens ont choisi le moindre. »

À chaque page le lecteur croise une femme libre, affichant son égalité salariale et professionnelle, matraquant sa volonté d’effacer le sectarisme, affirmant son amour de la culture (théâtre, littérature, musique). C’est Zoubeida, la vice-doyenne de l’Université d’Alep qui « ne voulait pas laisser sa famille en danger ni son pays. » La traductrice de Gide et de Genet resta donc sous les bombes islamistes ignorées de Télérama et encouragées par les chancelleries européennes. C’est Zeina qui affirme qu’elle ne se sentira pas en sécurité tant que la province d’Idleb est infestée de djihadistes. C’est ce photographe d’Alep qui maintint coûte que coûte son exposition internationale. Ce sont ces jeunes éprises de culture qui gravitent autour du centre culturel ouvert par SOS chrétiens d’Orient à Alep. Toute cette farandole respire la volonté de vivre et de s’attacher au raffinement à proximité de la barbarie, de choisir l’espérance quand une coalition du silence voulut décrire leur résistance comme un crime contre l’humanité. C’est Nour aussi « une jolie jeune fille dont on devine que sous la coquette apparence, le fort intérieur s’est pétrifié ».

La coquetterie contre la barbarie. La pétrification comme seul remède aux mensonges d’un monde qui asphyxie économiquement et socialement un pays qu’il avait voulu vouer aux groupes les plus fanatiques. Sortir des nuées et connaître toutes ces Nour est le meilleur antidote qui soit à toutes les manipulations fomentées sur la situation syrienne.

 

Anne Lise Blanchard, Syrie. Les femmes parlent, Investig Action, 15 €.

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