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Maurras et les « anges » de Lisieux

Août 1936. Mère Agnès de Jésus, sœur aînée de Ste Thérèse de Lisieux (Pauline, la deuxième des cinq sœurs Martin), devenue prieure à vie du Carmel de Lisieux, s’est vu, depuis sept ans, confier secrètement une mission : le Carmel devait prier quotidiennement pour la conversion de Charles Maurras.

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Maurras et les « anges » de Lisieux

Conscient des dégâts spirituels liés à la condamnation de l’Action française en 1926, Pie XI s’est convaincu que la seule issue était la conversion de Maurras. Celui-ci, en fils soumis, ne pourrait alors que collaborer au grand projet pontifical de développement de l’Action catholique.  Deux carmélites de Lisieux – deux sœurs – avaient, enfants, rencontré Maurras. L’une d’elles, qui s’était consacrée à sa conversion, est morte, tuberculeuse, le 15 août 1935. Un an plus tard, Mère Agnès a l’intuition que la sœur survivante, Sœur Madeleine, pourrait prendre prétexte de cet anniversaire pour tenter de créer un lien avec le chef royaliste : le 15 août 1936 est ainsi rédigée la première lettre d’une correspondance qui ne s’interrompra qu’à la mort de Maurras en novembre 1952.

Saisie par la réponse de Maurras, Mère Agnès décide de prendre l’affaire en mains. L’autorité morale de la prieure est alors immense : son rôle dans la vie de la petite Thérèse, la canonisation en 1925 et le succès d’Histoire d’une âme lui assurent un contact direct avec le Pape. Elle lui envoie aussitôt copie de la lettre de Maurras. Dès lors les choses s’accélèrent. Elle suggère à Maurras d’écrire à Pie XI. Maurras prépare un projet signé, qu’il envoie à Lisieux, en demandant timidement : « Est-ce que c’est ça ? » Le texte est tel que Mère Agnès l’expédie directement à Rome. Et là l’extraordinaire intervient : Maurras, emprisonné à la Santé pour avoir menacé des députés irresponsables d’un « couteau de cuisine », reçoit une réponse personnelle de ce pape qui l’avait condamné dix ans avant, manuscrite, en français, et pleine d’empathie et de confiance paternelle ! 

Que cette lettre repose sur un malentendu – les Carmélites s’attendait à une conversion rapide de Maurras et en avaient convaincu Pie XI, mais on ne convertit pas un Maurras comme ça ! – n’a pas empêché que la dynamique était lancée : deux ans et demi plus tard – pendant lesquels Maurras ne cessera de refuser une conversion de convenance, malhonnête et déshonorante –, l’Index frappant l’Action française sera finalement levé.

Commence alors une autre phase, marquée par la Défaite, l’Occupation, la Libération et l’abjecte condamnation de Maurras. Comment la présence des « anges » de Lisieux accompagnera le vieux prisonnier jusqu’au terme est appelé à demeurer l’un des plus fascinants mystères de cette âme. Au moins peut-on en prendre la mesure en plongeant dans cette correspondance de seize ans, un véritable évènement, inattendu au cœur de ce siècle de fer et de sang.

 Un chemin de conversion. Correspondance de Charles Maurras et deux carmélites de Lisieux, rassemblée par Xavier Michaux. Préface de Jean Sévillia. Téqui, 2022, 482 p., 28 €

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