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Le vrai Maurras

C’est plus qu’un livre sur Maurras, comme il en paraît régulièrement, bien qu’aujourd’hui le nom, l’œuvre, la pensée soient littéralement ostracisés. Au mieux, il n’a droit qu’à des a priori répétés indéfiniment qui servent de canevas aux réflexions que son nom in spire. Même chez ceux qui devraient le connaître !

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Le vrai Maurras

Ici, Axel Tisserand nous livre une étude ; une véritable étude qui n’hésite pas à aller au fond de difficultés. Sa rigueur intellectuelle est connue. Il a déjà publié plusieurs ouvrages sur Maurras, tous de grande qualité, dernièrement, en 2022, aux mêmes éditions de Flore, le meilleur livre paru sur Bernanos et Maurras, leur fameuse et terrible querelle de l’entre-deux guerres, intitulé Un tragique malentendu. Un certain bernanosisme à la mode dans nos milieux devrait le prendre en compte : c’est si facile d’être pour Bernanos, contrairement à ce que lui-même pensait, et c’est si difficile de comprendre Maurras !

Depuis longtemps, depuis toujours, Axel Tisserand s’intéresse à Maurras, le jeune, le vieux, le journaliste, le polémiste, le penseur et même le philosophe, si ce mot convient, puisque Maurras disait lui-même qu’il ne prétendait pas avoir de philosophie, ce qui, ajoutait-il, ne manquait pas de philosophie. Lui, Tisserand, est philosophe et même théologien, spécialiste de Boèce dont la pensée eut son importance dans la scholastique médiévale. Et donc notre auteur, en 2018, a écrit de sa plume philosophique une Introduction à une philosophie politique pour notre temps, intitulée à juste titre Actualité de Charles Maurras. Il y resitue le Martégal dans la lignée des grands esprits qui ont, au cours des siècles, défini en quelque sorte les vérités fondamentales de ce qu’il convient d’appeler l’anthropologie. Toutes les contestations du monde et, en particulier, celles de la prétendue modernité, remettent en cause ces données. Maurras est un rempart. Une muraille, mais qui s’est façonnée elle-même pierre à pierre comme le prouvent ses correspondances sur lesquelles Axel Tisserand s’est penché, singulièrement celle avec l’abbé Penon, si éclairante et si tragique.

Nul n’a plus d’autorité pour « dire Maurras », donc pour l’expliquer. Et d’autant plus qu’il est un disciple revendiqué de Pierre Boutang qui fut dans la deuxième partie du XXe siècle, lui aussi, « le disciple » par excellence du maître du nationalisme intégral, toujours fidèle en dépit des difficultés et qui, lui-même philosophe de l’Être, a revisité de fond en comble l’œuvre maurrassienne.

Ce que veut montrer et montre Axel Tisserand dans sa dernière étude sur Maurras, c’est que la pensée politique actuelle, réduite à des jeux binaires de mots idéologisés, est incapable d’appréhender une pensée complexe et nuancée comme celle de Maurras. Cette pensée dépasse largement tous ces clivages qui sont de faux instruments de connaissance. Racisme, antiracisme, entre autres, prétendent définir le tout d’une pensée. D’où, même chez les intellectuels et surtout les journalistes, les erreurs de jugement, grossières parfois, les malhonnêtetés intellectuelles qui reposent sur des amalgames de notions, en particulier des contresens voulus et entretenus sur le nationalisme bien spécifique du maître de l’Action française. De même pour l’antisémitisme de Maurras qui n’a rien à voir avec celui du nazisme et même est exactement à l’opposé.

Les citations sont abondantes, précises, la discussion menée de main de maître. Il s’agit là d’une œuvre de salubrité publique. La postface de Pierre-André Taguieff ajoute encore à cette compréhension supérieure de l’originalité et de la spécificité de la pensée de Charles Maurras. Il sort grandi de cette épreuve de purification.

Ce n’est pas le lieu ici d’entrer dans le détail ; j’émettrais cependant une réserve sur « la question juive » : elle existe bien, elle est même internationale, à preuve l’actualité. Les Juifs sont les premiers à le savoir. La régler, certes, n’est pas une mince affaire. Mais la nier ne sert à rien. La réalité première, aujourd’hui, comme le dit excellemment Axel Tisserand, c’est la nation, qui détermine un peuple. Une étude indispensable.

Axel Tisserand, Maurras, pour la nation, contre le racisme. Postface de P.-A. Taguieff. Éditions de Flore, 2025, 190 p., 10 €

 


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