Recevez la lettre mensuelle de Politique Magazine

Fermer
Facebook Twitter Youtube

Article consultable sur https://politiquemagazine.fr

Le triomphe absolu de la passion

Né d’une initiative pédagogique, l’Orchestre de Douai s’est développé et affirmé au fil des ans grâce à la volonté et au dévouement de son fondateur Henri Vachey. Il fête cette année le cinquantième anniversaire d’une aventure humaine et artistique exceptionnelle.

Facebook Twitter Email Imprimer

Le triomphe absolu de la passion

Compositeur et chef d’orchestre, Henri Vachey prit la direction du Conservatoire de sa ville natale en 1961 et mit aussitôt en œuvre d’ambitieuses réformes. Il entendait faire de Douai un lieu qui comptât dans le paysage musical régional et, surtout, qui rayonnât. L’établissement totalisait à son arrivée moins de 300 élèves. Ils étaient 800 en 1978. Il revitalisa la Société des Concerts avec laquelle il monta les grandes pages du répertoire symphonique et les oratorios d’Honegger. En 1974, il créa les Mercredis du conservatoire, série de musique de chambre qui attira environ 15 000 auditeurs en 25 ans. 

Un pédagogue visionnaire

Vachey organisa des concerts scolaires dès 1963, introduisit les méthodes dites actives en 1966 et imposa le principe des classes à horaires aménagés de musique à la rentrée de 1968. Le Conservatoire se transformait en fourmilière ! S’inscrivant dans la nouvelle politique musicale lancée par Marcel Landowski, il comprit la nécessité de puiser dans cet exceptionnel vivier. L’Orchestre symphonique des Cadets – composé exclusivement d’étudiants – vit le jour en 1971 et constitua l’aboutissement et la consécration de sa pédagogie. À partir de ce moment, il délaissa peu à peu la composition pour se consacrer entièrement au développement de son orchestre dont il importait d’élargir l’audience. Après une période de rodage, l’ensemble, dont la moyenne d’âge était de 18 ans, prit véritablement son envol en 1976. Son ascension fulgurante s’effectua dans l’enthousiasme impulsé par son directeur. Trois tournées annuelles furent organisées ainsi qu’un stage estival de perfectionnement au cours duquel les jeunes devaient assimiler rapidement les nouveaux programmes. La formule originale et unique en France attira l’attention des pouvoirs publics qui lui octroyèrent des subventions.

Encore mineur, il joue déjà en majeur.

L’énergie et l’efficacité d’Henri Vachey portèrent leurs fruits. En 1978, changement de dénomination : le concert inaugural du Jeune Orchestre Symphonique de Douai eut lieu en l’Auditorium de Douai avec la Symphonie fantastique de Berlioz. Maurice Fleuret apprécia « une présence immédiate et absolue à la musique, une ardeur, une foi, un engagement collectif auxquels on ne peut résister » tandis que Jacques Charpentier, inspecteur de la musique, n’hésitait pas à le sacrer « meilleur ensemble de jeunes en France » !

Vachey multiplia les initiatives pour faire connaître son orchestre en France comme à l’étranger (Allemagne, Angleterre, Belgique, Espagne, Italie, Pays-Bas, Pologne). En 1985, l’ensemble obtint le Grand Prix de la ville de Vienne lors des rencontres Jugend und Musik et décrocha l’année suivante le Premier Prix du Concorso internazionale di musica per i giovanni à Stresa.

En sus de nombreux passages sur France 3 Régions, le J.O.S. se fraya une place parmi les stars et fut régulièrement invité par Jacques Martin dans sa célèbre émission dominicale sur Antenne 2. Des millions de téléspectateurs se prirent de sympathie pour les musiciens de la cité de Gayant. L’orchestre participa à des représentations lyriques (Théâtre de Douai, Opéra de Lille) et chorégraphiques (Ballets du Nord, Opéra de Paris). Alternant grand répertoire et créations, récitals d’opérettes, musiques inspirées par le cirque et « scores » cinématographiques, il était désormais abonné aux salles combles.

Des enregistrements discographiques contribuèrent à asseoir sa renommée. Le deuxième 33T de l’orchestre consacré à La Danse des Morts d’Honegger obtint le Grand Prix du Disque de l’Académie Charles Cros en 1981. Explorateur privilégié du répertoire français, il réalisa d’autres disques consacrés à Massenet, Lalo, Pierné, Vachey, Jansen, Yagoubi, Bacri, Wissmer,…

Orchestre de Douai – Région Nord-Pas-de-Calais 

Disposant désormais d’une formation à la qualité grandissante, Vachey conçut une opération d’envergure en 1987 : un concours ouvert aux jeunes instrumentistes dont la finale se déroulerait avec grand orchestre. Le succès fut au rendez-vous. Des artistes à l’aube de leur carrière furent couronnés : Marc Coppey, Jean-Marc Philips, Guillaume Sutre, Yue Zhang, Diana Ligeti, David Lefevre, Akiko Yamada, Svetlin Roussev,… ainsi que le chef d’orchestre Gianandrea Noseda.

Stéphane Cardon, chef associé de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse, succéda à Henri Vachey en 1995. Sous sa baguette se poursuivit l’irrésistible expansion de la structure qui nécessita une mise en conformité des statuts en 2001. Désormais, l’Orchestre de Douai – Région Nord-Pas-de-Calais n’employait plus que des professionnels partageant leur activité entre l’enseignement et leur fonction de musicien d’orchestre. En 2007, à l’occasion du millième concert, Cardon dirigea une inoubliable superproduction des Carmina Burana de Carl Orff à Gayant Expo rassemblant 400 interprètes faisant face à près de 4600 personnes.

Une mission d’évangélisation

Adepte de la conception malrucienne de la « culture légitime », Henri Vachey voulait « rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité et d’abord de la France au plus grand nombre possible de Français » et ainsi apporter la musique à tous sans distinction d’âge ni de classe. Il s’imposa une fois de plus en précurseur. Les interventions en milieu scolaire s’étendent de la maternelle à l’université, complétées par des actions sociales en faveur des publics défavorisés (RMIstes, prisonniers,…). « Nous voulons faire consommer l’intelligence » affirme encore comme un défi sa fille Emmanuelle Raës, actuelle directrice de l’orchestre. 

Dans la cour des grands

L’immense Jean-Jacques Kantorow entra en fonction de chef principal à partir de 2013. Et la cohérence de l’orchestre se transfigura de manière phénoménale. En 2015, le tout jeune Alexandre Kantorow – qui remporta quatre ans plus tard le prestigieux Prix Tchaïkovski – époustoufla les mélomanes dans le 2e Concerto de Brahms sous la direction de son père. L’Orchestre de Douai rassembla en 2019 plus de 28 000 auditeurs, soit plus de la moitié des habitants de la ville ! 

Fidèle à une tradition artistique immémoriale et à l’esprit de son fondateur, la formation estudiantine s’est transformée en cinq décennies en un véritable orchestre professionnel composé de musiciens qui lui demeurent viscéralement attachés et n’ayant cessé d’occuper une place primordiale sur le territoire régional. Les chefs d’orchestre qui le dirigent l’ont amené à se dépasser toujours davantage. Quel est donc le secret de sa réussite ? « Il n’y a pas de recette affirmait Henri Vachey, à part un enthousiasme et une passion de la musique partagés par tous. » Puisse cet engagement constituer le gage d’une heureuse et exceptionnelle longévité.

 

Illustration : Concert symphonique de l’orchestre de Douai en pleine période COVID19 avec le guitariste Thibault Cauvin (1 guitare, 13 premiers prix, 1000 concerts, 120 pays et 10 albums) – 13 octobre 2020

 

À écouter : 

Arthur Honegger, Musiques de films et de scène, dir. Henri Vachey, Fy Solstice, 1996 

Carl Orff, Carmina Burana, solistes, chœur et orchestre, dir. Stéphane Cardon, DVD Intégral Classic, 2007

Pierre Wissmer, Concertos, Paul Meyer. Thibault Cauvin, dir. Jean-Jacques Kantorow, Claves, 2021

 

À lire : 

Orchestre de Douai – Région Hauts-de-France, une histoire de passions, Bleu Nuit Editeur, 2021 

Site internet : www.orchestre-douai.fr

 

Facebook Twitter Email Imprimer

Abonnez-vous Abonnement Faire un don

Articles liés

Civilisation

« Dompter la matière selon ses pulsions »

« Dompter la matière selon ses pulsions »

Par Madeleine Gautier

Née en 1930 à Paris, Francine Simon, de son nom d’artiste Narkis, a toujours vécu dans un milieu artistique. Écrivain, musicienne, peintre dont le maître fut Mac Avoy, sa rencontre, en 1990, avec Stéphane Rozan, sera un choc artistique profond qui la ramènera à sa première passion : la sculpture. Pour sa contribution au développement culturel, elle reçoit la Médaille de vermeil Arts-Sciences-Lettres en 2019, puis, en 2020, la Médaille d’argent, en tant que compositrice-parolière. Entretien.

Civilisation

Vivre dans l’air

Vivre dans l’air

Par Richard de Seze

Les meilleurs films et bandes dessinées de science-fiction sont ceux où l’équipe artistique et technique s’efforce d’être crédible en imaginant vaisseau et scaphandre. Il y a une indéniable poésie de l’ingénieur dans cette manière de rendre réel l’exploit impossible, et Dieu sait qu’Objectif lune doit beaucoup de son charme et de son intérêt au réalisme de ses décors qui contraint presque la narration, la tire vers le documentaire.