Livre singulier que celui proposé par le brillant essayiste belge-alémanique, David Engels (qui se fit connaître chez nous par son essai majeur, Le Déclin, une comparaison historique entre la République romaine tardive et l’Union européenne actuelle), que son Retour du roi.
Biographie romancée, essai biographique, ce sera au lecteur de dresser sa propre typologie littéraire. Quoi qu’il en soit, les initiés (car il s’agit bien, au moins, de cela, un récit initiatique, sans être ésotérique) s’accorderont pour reconnaître un Patagon raspailien sous la plume de son auteur, qui se met en scène sous les traits d’un universitaire se rendant à divers colloques et conférences à l’intérieur d’une Europe dystopique dressant des listes de sympathisants de « droite ». Le fameux roi du titre est celui de Syldavie (la référence à Hergé est évidente et, surtout, lourde de sens ; comprenne qui pourra…) et son ombre plane comme un soleil dont les rayons tenteraient de percer les nuages sombres et épais d’un totalitarisme de type orwellien qui plombe le vieux continent. L’errance intellectuelle du narrateur est ponctuée de réflexions sur la vie et la mort des civilisations. Si l’on doit se résoudre à la nôtre, n’est-ce pas par désespérance mais « parce que notre mission humaine ne se limite pas à la défense de notre civilisation, mais consiste essentiellement en notre quête personnelle de transcendance ». C’est pourquoi, à la manière de Jean Raspail incitant à créer des « isolats », exhorte-t-il, à son tour, à « former de petites sociétés parallèles de résistance tant qu’il est encore temps ». Ici, cependant, le chantre de l’hespérialisme impérial s’éloigne de l’écrivain des Sept Cavaliers… qui ne croyait qu’au seul empire du rêve. Mais Engels nous invite au moins à la méditation.
David Engels, Le Retour du Roi. Les Éditions du Verbe Haut, 2026, 292 p., 25 €

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