Civilisation

Un écrivain maudit au Japon
Après nous avoir donné le splendide Grandeur et décadence des Caligny, Muriel de Rengervé nous emmène ce coup-ci au Japon. Mais il y a très peu d’exotisme, nous ne sommes pas chez Loti.
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« Il a frappé nos sens afin d’élever notre esprit » disait saint Augustin. Sœur Florence Michel, qui fut pendant un quart de siècle moniale chez les sœurs de Bethléem, a repris cette phrase comme titre de son maître livre. Un ouvrage qu’on aurait pu titrer au XVIIe : De l’importance des signes pour l’élévation de l’âme.
Rien n’est plus évanescent et nécessaire que les signes que Dieu nous envoie. Le signe, nous dit Sœur Florence, est ce lien qui relie deux infinis : Dieu face à l’aspiration du cœur de l’homme. L’homme aveuglé de rationalisme, saturé de matière, ne peut rien sans les signes divins qui le redressent, le libèrent de sa pesanteur animale, le tournent vers l’infini en touchant son cœur. La fonction du signe n’est-elle pas de réorienter le cœur de l’homme ? Sœur Florence pose la question doucement comme pour nous aider à y répondre. Et le cardinal Ratzinger, cité dans le texte, va plus loin : « L’événement qui ouvre l’intelligence du signe comme signe coïncide avec la conversion ». Pour se convertir, il faut s’identifier au signe envoyé par Dieu.
L’homme a-t-il besoin d’être secoué, choqué ? ce sont les terribilia, les signes du Jugement dernier, ultime appel à la conversion. L’homme a-t-il soif d’encouragements ? et ce sont les mirabilia, les signes-miracles qu’évoque Sœur Florence, telle l’eau qui jaillit d’un rocher pour étancher la soif des Juifs. Elle dresse un catalogue spirituel des signes divins, de l’étoile qui oriente les Rois Mages au signe de la Vierge Marie qui enfante : la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête. Les signes sont pleins de pièges : ils sont donnés mais il faut savoir les lire et ne pas les interpréter de travers. Parfois aussi, notre cœur est fermé aux signes : « Jusqu’à quand refusera-t-il de croire en moi, malgré les signes que j’ai produit chez lui ? » (Les Nombres 14-2). Souvent les signes s’effacent, deviennent diaphanes, prévient Sœur Florence. Il ne faut pas être esclaves des signes ! Ne pas nous y raccrocher, et savoir garder notre foi vivante en l’absence de signes.
Sœur Florence récapitule l’essentiel, et son écriture semble inspirée directement par le Saint-Esprit. Elle consacre une part importante de son livre aux sacrements et à la liturgie, ce qui nous rappelle l’excellent livre de l’abbé Barthe, La Messe, une forêt de symboles. Et elle exprime la nécessité d’une permanence du rite, soulignant l’appauvrissement des signes de la nouvelle messe, et chantant le rite de saint Pie V. Elle a, pour finir, cette phrase lumineuse : « L’effet ultime du sacrement est produit dans le cœur de l’homme pour développer son état de grâce ».