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« Le destin tragique de Louis XVII touche les cœurs »

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« Le destin tragique de Louis XVII touche les cœurs »

« L’enfant du Temple » est-il mort en 1795 ? La question de la survivance du fils du roi Louis XVI et de Marie-Antoinette a enflammé l’imaginaire de générations entières, autant passionné que divisé la communauté des historiens durant deux siècles. En 2004, après une série d’analyses ADN pratiquées sur son cœur, lui-même objet de controverses historiques, par le docteur Jean-Jacques Cassiman et à l’initiative de l’historien Philippe Delorme, « Louis XVII » a pu enfin rejoindre ses parents dans la basilique royale de Saint-Denis. Le 8 juin prochain, l’Institut d’Histoire des Monarchies remettra à Reynald Secher, auteur de Vendée, du génocide au mémoricide, un buste du fils de « Louis Capet », œuvre de la sculptrice Catherine Cairn qui répond ici aux questions de Politique Magazine.

PM : On vous connaît à travers diverses œuvres comme le buste de Saint Louis que nous pouvons admirer à la cathédrale de Versailles ou encore la statue en pied du même roi, adolescent, à Saint-Germain-l’Auxerrois. Pourquoi cet intérêt personnel pour Louis XVII, le « petit roi des Chouans » ?

CC : Étant originaire de Nantes, j’ai très tôt entendu parler de Louis-Charles, le petit roi de la Vendée. Le musée de la Chouannerie et des Guerres de l’Ouest, près de Quiberon, est un haut-lieu du souvenir dans ma région qui a connu un véritable génocide sous la Révolution, comme Reynald Secher ne cesse de le rappeler. Tellement de familles y ont été persécutées à partir de 1793, pour leur foi, pour leur culture et pour des raisons politiques ! Je ne peux oublier leur combat pour leur liberté de penser. Ce petit prince, d’abord très privilégié, est devenu un symbole puissant de l’enfance en souffrance. Sa vie a basculé, du soleil de Versailles à l’horreur la plus sombre. On lui a tout pris. On l’a privé de liberté dès l’âge de sept ans, puis on a décapité ses parents. On a corrompu son esprit en pratiquant sur lui un véritable « lavage de cerveau ». On a violenté son âme, extirpé son cœur, fauché sa vie. Qui pourrait ne pas être touché par son infortune ?

PM : Au-delà de l’aspect historique de votre œuvre, qui marque la fin d’un mystère, c’est donc aussi l’illustration d’un combat en faveur des droits des enfants ?

CC : C’est vrai. La condition des enfants a toujours été une de mes préoccupations. J’ai aussi façonné cette sculpture pour ouvrir les consciences à la réalité des enfants persécutés dans le monde, encore aujourd’hui. Je pense aux enfants soldats, aux enfants esclaves, aux enfants kamikazes, à ceux volontairement affamés, torturés pour leurs croyances, violés, abusés et cela même dans les institutions religieuses ou laïques ! C’est un crime contre l’humanité, c’est pervertir les paroles bienveillantes du Christ : « Laissez venir à moi les petits enfants ». Le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette est un jeune prince dont l’existence est connue dans le monde entier et dont le destin tragique touche les cœurs. Il reste un exemple plus que jamais d’actualité.

PM : Votre statue, intitulée Louis XVII – enfance martyrisée traduirait donc un langage universel et fédérateur ?

CC : Vous savez, mon buste a été exposé dans plusieurs lieux du souvenir vendéen, mais aussi au Musée de l’Histoire de la Médecine de Paris. Des journalistes m’ont alors suggéré que cette statue pourrait avoir sa place à l’Unesco, en tant que monument dédié à l’enfance. L’idée me paraît pertinente. Le rôle de l’art n’est-il pas de fédérer tout le monde autour d’une cause, de transmettre, d’éveiller les cœurs et les consciences ? N’est-il pas un langage universel depuis la nuit des temps ? Une communication, d’âme à âme ?

PM : On sait le prince Jean d’Orléans très sensible à l’art et à la spiritualité. Avez-vous présenté votre œuvre au nouveau chef de la maison royale de France ?

CC : Le prince Jean, nouveau comte de Paris, est une personnalité attachée au sens religieux des choses. Il a été l’une des premières personnes auxquelles j’ai tenu à présenter la statue. Et quelle connexion extraordinaire, cette année, pour le nouveau chef de la Maison de France, qui se trouve dans la même situation que Louis-Charles, devenu « roi » un 21 janvier ! Cette œuvre constitue donc aussi un lien avec ce passé, intimement ancré à notre présent. Il en va de même avec le buste du feu comte de Paris, « Henri VII », que j’ai réalisé à la demande du prince défunt. Au-delà d’un message intemporel, ces deux œuvres témoignent de la continuité d’une famille qui a fait l’histoire de France.

PM : On peut participer au financement de votre œuvre, afin qu’elle puisse trouver toute sa place dans le lieu qui lui a été réservé ?

CC : En effet, une souscription a été mise en ligne par l’Institut d’Histoire des Monarchies, présidé par Patrice Vermeulen. Le but est de réunir 5000 euros, et toute somme supplémentaire sera versée au Bureau international catholique de l’enfance, qui œuvre pour le respect de la dignité des enfants dans le monde. En participant à cette souscription, non seulement vous rendrez justice à l’histoire mais vous accomplirez un geste à portée universelle.

Par Frederic de Natal

 

Pour participer à la souscription :

  • https://louisxvii.jimdofree.com/
  • On peut aussi envoyer un chèque à l’ordre de l’Institut d’Histoire des Monarchies, 18 avenue de Paradis, 63130 Royat.

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