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Feu la Maison de l’Histoire de France

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Feu la Maison de l’Histoire de France

Faut-il être vraiment attristé de la suppression de la Maison de l’Histoire de France décidée par le ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, le 31 décembre 2012 ?

Dans le sillage de nos présidents de la République, il est traditionnel de trouver en héritage de grands projets culturels. Nicolas Sarkozy, en homme de rupture, a souhaité renouveler le genre. Plutôt qu’une bibliothèque « d’un type entièrement nouveau », ou qu’un musée, fruit des amours étranges entre l’ethnographie coloniale et le marché de l’art, il souhaitait associer son nom à une institution dédiée à l’Histoire. L’Histoire : sujet neuf, matière explosive.

Le terme de Maison donnait à réfléchir. Par sa modestie, il inspirait confiance. L’Histoire, il y aurait bientôt une maison pour ça et de fiers maçons pour la construire. L’hystérie que le projet déclencha à gauche rendait l’initiative sympathique. Un élan encore renforcé par l’hostilité féroce des syndicats. Beaucoup d’ennemis, beaucoup d’honneur.

Les vieux habits d’un projet neuf

On se tromperait pourtant en voyant dans une telle démarche le souffle inspiré d’un entourage éclairé (où les historiens n’étaient pas rares), ou la volonté d’éteindre une revendication légitime des chercheurs. Souvent ils furent à la manœuvre : pour le Musée d’Orsay Madeleine Rébérioux, pour la Cité de l’Immigration Patrick Weil, pour le nouveau centre des Archives Nationales Georgette Elgey. Mais, en l’espèce, il s’est agi d’un pur projet « hors-sol ». Car, plus prosaïquement, il était en fait le parachute doré de l’un de nos précieux apparatchiks culturels, son plan d’atterrissage douillet après les jours et les nuits harassants passés à la tête du cabinet de la ministre de la Culture. Quoi de mieux qu’un projet culturel présidentiel ? Des crédits à dépenser, de jeunes gens à recruter, de prestigieux hôtels XVIIIe siècle dans le Marais – prochainement délaissés par les Archives nationales – à décorer de neuf, une surface sociale et intellectuelle à régir, et vous voilà roi d’un pays de cocagne.

L’instigateur avait été à bonne école. Il rêvait de réitérer un « coup » perpétré 20 ans plus tôt à la tête de l’établissement Public de la Bibliothèque de France. Le premier responsable d’un fiasco encore dans toutes les mémoires : le chantier de la BnF. Rien de plus simple alors que de neutraliser les Archives nationales en nommant à leur tête un intime (au prix du débarquement, dans des conditions particulièrement attristantes, d’un haut fonctionnaire remarquable, Martine de Boisdeffre), de trouver quelques idiots universitaires utiles pour montrer la pertinence du projet, et de faire endosser le tout par le président de la République.

Le diable fait la marmite mais pas le couvercle Hélas, le plan ne se déroula pas sans accroc. La ministre fut, à son tour, débarquée et l’homme qui voulait être roi relégué brutalement à Fontainebleau (une vraie punition pour quelqu’un qui ne sait pas conduire).

Les historiens, jusqu’aux plus respectables, s’émurent si fort que le doute se mit à planer sur le bien-fondé d’un projet à 80 millions d’euros « idéologiquement douteux ». Comme si le « mythe de la France éternelle » et le débat sur l’identité nationale formaient la ligne de l’institution présidentielle en devenir.

Enfin, le plan faisait fi du personnel des Archives nationales dont les représentants syndicaux menèrent une occupation de cinq mois, retardant de façon décisive le projet. Qu’ils soient remerciés ici très chaleureusement de se croire encore en 1917, à Pétrograd, eux et leur leader qui se prénomme (cela ne s’invente pas) Wladimir !

Ce fut une trajectoire chaotique jusqu’au trait de plume du 31 décembre 2012. Mais il n’est pas dit que ce canard désormais sans tête s’arrête pour autant de marcher.

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