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« Ce saint qui ne fut qu’un pauvre homme »

Agnès de La Gorce écrivit en 1933 Un pauvre qui trouve la joie. Saint Benoît Labre.

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« Ce saint qui ne fut qu’un pauvre homme »

La Onzième Heure, maison qui s’est donné « pour mission de rééditer les indispensables de la pensée catholique sociale », réédite cette vie de saint qui est à cent lieues de ce qu’on imagine. Benoît-Joseph Labre, saint pouilleux parti de l’Artois pour aller mourir à Rome, pèlerin puant lapidé par les Romains avant qu’ils ne le placent sur les autels, fut l’inspirateur lointain de la CFTC (la préface éclairée et enthousiaste de Jacque de Guillebon vous dira tout sur cette filiation). Né en 1748, mort en 1783, Labre décida adolescent de se consacrer à son salut, qui lui paraissait compromis : il était baigné d’une piété XVIIe sévère et exaltée. Entré à la Trappe, mais congédié, il part pour Rome, désormais gyrovague, promis à tous les sentiers et à toutes les poussières. Agnès de La Gorce nous fait pénétrer dans son âme, nous promène avec lui, évoque les brumes de l’Artois avec autant de justesse que les routes pyrénéennes et les ruines du Colisée, mais surtout nous fait visiter le paysage intérieur du saint avec cette proximité cordiale à laquelle les biographes atteignent parfois, plongé par leurs lectures scrupuleuses dans le secret de l’âme d’élite qu’ils tentent de restituer. Benoît-Joseph nous est ainsi rendu familier dans son enfance et son adolescence ; puis il s’éloigne de nous. Le voilà happé par Dieu, jeté vers le ciel par son inquiétude. Il s’est découvert pécheur, parce qu’homme, il ne s’en remet pas. Il part en flèche, sur les routes visibles comme sur les mystiques, et nous voilà cheminant au gré des pages à la poursuite d’un modèle qui se dérobe sans cesse, sans coquetterie mais à force d’héroïsme tranquille et inconscient. Il sème quelques miracles au bord des chemins, comme par mégarde. Il meurt de même. Le Ciel s’ouvre aussitôt, il dut en être le premier surpris.

 

Agnès de La Gorce, Benoît-Joseph Labre, un pauvre qui trouva la joie. La Onzième Heure, 2026, 320 p., 22 €

 


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