L’association Sauvegarde de l’Art Français fut créée en 1921 alors que la France, ruinée et en lambeaux, commençait à abandonner son patrimoine.
Aliette de Rohan-Chabot, marquise de Maillé, succéda à son premier président et elle-même, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, se lança dans une course éperdue contre le temps, l’époque et les hommes : lancer des chantiers de restauration et un inventaire photographique, avec une méthodologie rigoureuse, lancer des souscriptions et harceler les ministères, jusqu’à André Malraux, alerter l’opinion sur l’état lamentable du patrimoine (comme tout a changé depuis !) et faire œuvre de chercheuse, peindre et dessiner ce qu’elle voit, s’intéresser au petit patrimoine rural autant qu’aux grands monuments. Des années 20 aux années 70, la voilà sur tous les fronts, traduisant Fortunat pour étayer une monographie sur Bordeaux, photographiant toute la Seine-et-Marne et vendant des chocolats pour financer fouilles et restaurations.
Une vie consacrée à l’art français
Veuve à la fin de 14-18, proche de l’Action française (elle se rendit à Martigues en 1919), on sent que cette « sauvegarde de l’art français » se confond avec d’autres devoirs de mémoire et elle dirige son action inlassable vers les églises de France, en grande pitié, détruites, pillées, sans protection juridique. L’exposition qui lui a été récemment consacrée à Meaux, et dont ce livre est le catalogue, rend compte de cette vie consacrée à l’art français, et sans doute aussi à l’art d’être français. Tout partit de l’affaire de la Vache d’Alan, haut-relief subsistant dans les ruines d’une résidence épiscopale de Haute-Garonne, qu’un margoulin voulait démonter et vendre aux Américains. On a vu mieux depuis mais l’affaire déclencha un scandale. Rien n’arrêta plus Arlette de Maillé, qui se battit contre les antiquaires qui, « très organisés, vont, en soutane, se faire passer pour des membres du clergé pour confondre les curés des paroisses » et leur faire vendre les statues antiques, lit-on p. 86 ! Ça ne marcherait plus aujourd’hui. En 1958, elle alerta sur les effets de la circulaire sur les îlots urbains défectueux (sujet dont Perret tira la nouvelle Les Insulaires), en 59, 66 et 68 elle alerta sur le mobilier des églises de France (les évêques furent évidemment attentifs), et elle finit ses travaux et ses jours en se consacrant à l’étude des cryptes de Jouarre.
De pierre et de papier. L’Œuvre de la marquise de Maillé au service du patrimoine. Catalogue d’exposition. Éditions du patrimoine, 2026, 160 p., 25 €

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