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La fin de toute chose

Henri Béraud, « né à Lyon le 2 septembre 1885, d’un père boulanger à l’enseigne de la Gerbe d’Or », homme de gauche devenu « de droite », par la force des circonstances, par le jeu des relations, par la pente de sa nature, fait partie des écrivains foudroyés par la politique et brisé par la prison.

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La fin de toute chose

Il y est entré sans comprendre, ou presque, ce qui lui arrivait. Quinze jours avec la mort – La chasse au lampiste (paru en 1951, chez Plon) raconte l’arrestation, le procès (il est condamné à mort et à être radié de la Légion d’honneur, ainsi qu’à la confiscation de tous « [ses] biens présents et à venir »), le cachot. Dans TF 677 – journal de prison, il raconte comment il est accueilli dans l’atelier de papeterie de la centrale de Poissy, où on le met aux étiquettes, en tant qu’écrivain ! Il y croise le rebut criminel de l’humanité, dont Rouget, postier condamné pour faux en écriture : « Répudiant manches de lustrine, cartons verts et rond-de-cuir, l’ancien bureaucrate vivait dans la fange pénitentiaire avec une sorte de volupté, ainsi qu’un buffle dans un marécage. » Évidemment, être en prison entre 1944 et 1950 permet de croiser d’anciens commissaires et autres déchus de Vichy, et surtout de mesurer ce qui sépare Sarkozy de Béraud pour ce qui est du confort et de la propreté des cellules : Béraud est clinique dans ses descriptions, avec une manière de ton badin qui serre le cœur. Mais je commence par la fin, alors que ce gros volume, très bien édité par Xavier Meystre, part de l’enfance du journaliste, avec La Gerbe d’Or et enchaîne avec la jeunesse (Qu’as-tu fait de ta jeunesse ?) et les souvenirs littéraires (Les Derniers Beaux Jours). Béraud est lyrique, sensible, taquin, cruel, enjoué, ému et féroce : « Où était donc l’imperator des beaux jours ? [Mussolini] portait maintenant une grosse tête blanche et rase, presque obscènement lisse, qui s’appuyait sur son col par une nuque à gros bourrelets. » cependant que dans le ciel de Rome « il y avait une buée de pourpre, une flamme somptueuse et funèbre, un ciel à l’image des destinées. » Cinquante ans de vie, précis, tumultueux et passionnants s’offrent à nous, surgissant d’un passé englouti.

Henri Béraud, Souvenirs et récits autobiographiques. Éd. Meystre, 2026, 1056 p., 50 €.

 


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