Jacques Perret est, selon les cas, un souvenir d’enfance ou une découverte tardive mais toujours un signe de reconnaissance et même un mot de passe.
On a grandi avec ses livres dans la bibliothèque familiale ou on les a chinés un à un (Perret appelle la chine, et même la boîte-à-livres), s’émerveillant de tomber sur une édition inconnue ou une couverture de « poche » particulièrement réussie, comme celle des Biffins de Gonesse pour Folio, dessinée par Beuville.
Quel que soit le chemin, on finit toujours par rouvrir Le Vent dans les voiles, L’Oiseau rare ou La Bête mahousse en y goûtant toujours plus le vocabulaire, précis et fantasque, rare et familier, le patriotisme, discret mais aussi nécessaire qu’une charpente cachée sous le toit, la foi, encore plus discrète mais apparaissant ici et là comme une bête aussi fantastique que familière, telle une loutre.
Mais on y trouve surtout une voix française unique, unique par sa francité essentielle, où que se situe l’histoire, quelque époque évoquée, que Perret se mette en scène ou fasse parler Cadoudal. Il exprime parfaitement cette âme française chère à Péguy mais qui, justement, ne parle pas comme Péguy : l’aventurier en bretelles, le prisonnier goguenard, le mourant détaché (très loin du pathos de Cyrano), l’artisan habile sans la ramener, tous ces doubles de Perret qui ne veut pas « avoir l’air de » parce qu’un Français n’en fait pas des tonnes après, même s’il a mobilisé pendant des trésors d’énergie, de courage et d’espérance, lentement accumulés (et quelques réserves de colère, aussi). Parce qu’un Français aime vivre dans la tranquillité tempérée de son pays, et qu’il préfère être allusif plutôt que fanfaron, ce qui va bien pendant la bataille mais fatigue les gens bien élevés une fois le combat terminé.
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