Recevez la lettre mensuelle de Politique Magazine

Fermer
Facebook Twitter Youtube

Article consultable sur https://politiquemagazine.fr

Républicains britanniques : l’impossible union contre la Couronne

Souvent présenté comme une alternative structurée à la monarchie britannique, le républicanisme apparaît en réalité éclaté en une multitude de courants aux objectifs divergents. Entre républicains anglais, indépendantistes écossais, nationalistes gallois et partisans de la réunification irlandaise, l’unité du front républicain face à la Couronne est toute relative.

Facebook Twitter Email Imprimer

Républicains britanniques : l’impossible union contre la Couronne

À chaque apparition publique du roi Charles III, à chaque débat sur le coût de la monarchie ou à chaque polémique entourant la famille royale, les journalistes en France évoquent régulièrement « le mouvement républicain britannique » comme s’il constituait un bloc homogène, animé par une vision commune de l’avenir institutionnel du Royaume-Uni. La réalité est pourtant bien plus complexe car derrière le terme générique de « républicanisme » se cachent des sensibilités parfois contradictoires, des projets politiques différents et même des conceptions opposées de l’avenir du Royaume-Uni. Loin de former un mouvement national cohérent, le républicanisme britannique se révèle être une mosaïque d’aspirations souvent incompatibles.

Dans le passé, le Royaume-Uni a déjà connu une expérience républicaine dont l’existence a été plutôt brève comparé à celui de l’institution monarchique. Il demeure d’ailleurs le seul point de référence des partisans de l’instauration de la République. C’est peu après l’exécution du roi Charles Ier en 1649, dont le règne a été marqué par des fréquents conflits avec le Parlement, que l’Angleterre est devenue officiellement une république sous la direction d’Oliver Cromwell. Cette période, connue sous le nom de Commonwealth, devait inaugurer une nouvelle ère politique. Elle débouchera finalement sur un régime autoritaire dominé par l’armée, la censure, les tensions religieuses et une concentration du pouvoir entre les mains du Lord Protecteur. À la mort de Cromwell, en 1658, le système s’effondra rapidement. Deux ans plus tard, la monarchie sera restaurée avec le retour de Charles II Stuart, fils du précédent monarque.

Le républicanisme britannique n’émerge véritablement qu’au cours du XVIIIe siècle dans les colonies d’Amérique et aboutira à l’indépendance des États-Unis (1775-1783). Même si la Révolution française permet à certains de hisser un drapeau tricolore du cru ou si quelques revendications peuvent être entendues lors de manifestations sociales au cours du XIXe siècle tant en Angleterre qu’en Irlande, l’idée républicaine refait réellement surface sous le règne de la reine Elizabeth II (1926-2022) avec Republic UK. Créée en 1983, cette association est dirigée par Graham Smith.

24% à peine des Britanniques soutiennent la république

Depuis plus de vingt ans, il mène une campagne permanente contre la monarchie. Son organisation multiplie les manifestations lors des grands événements royaux, interpelle les élus et cherche à convaincre l’opinion publique qu’un chef d’État élu serait plus légitime qu’un souverain héréditaire. Selon lui, aucune fonction publique ne devrait être transmise par héritage dans une démocratie moderne. Republic UK critique régulièrement le coût global de la monarchie en estimant que les dépenses réelles seraient supérieures aux chiffres officiellement présentés sans jamais opposer les retombées financières que génère la monarchie sous sa fonction touristique. Le mouvement affirme qu’un président élu pourrait remplir les fonctions de représentation nationale tout en étant davantage redevable devant les citoyens.

Malgré une forte visibilité médiatique, Graham Smith peine toutefois à transformer cette exposition en véritable dynamique populaire. Republic UK demeure essentiellement un mouvement militant, influent dans certains cercles universitaires, médiatiques ou politiques, mais encore loin de constituer une force capable de fédérer l’ensemble des oppositions à la monarchie. 24% à peine des Britanniques soutiennent la république contre 64% qui souhaitent le maintien d’institution royale d’après YouGov.

En Écosse, la question républicaine se mêle étroitement au débat sur l’indépendance et reste très éloigné du débat amené par Graham Smith sur la place publique. Une partie des militants du Scottish National Party (SNP), comme des écologistes locaux, considère que la rupture des liens avec l’Angleterre (réalisée avec l’avènement du roi Jacques Ier Stuart en 1603) devrait conduire à l’instauration d’une république écossaise (53%). D’autres indépendantistes défendent au contraire le maintien du souverain britannique comme chef d’État d’une Écosse indépendante (47%), sur le modèle du Canada ou de l’Australie, comme le mentionne l’enquête réalisée en 2025 par le quotidien The National. Cette question resurgit souvent avec la question d’un nouveau référendum sur l’indépendance, avec en toile de fond le retour d’une nation écossaise au sein de l’Union européenne.

Une institution associée à la centralisation du pouvoir

Au Pays de Galles, la critique de la monarchie prend une autre forme. Les discussions portent souvent sur le titre de prince de Galles que portent les héritiers à la couronne et sur la place des symboles royaux dans l’identité galloise contemporaine. Les mouvements proches du nationalisme gallois voient parfois la monarchie comme une institution associée à la centralisation du pouvoir à Londres. Là encore, la revendication nationale précède souvent la revendication républicaine. Le combat principal demeure celui de l’autonomie politique et culturelle, peu associées aux revendications de Republic UK. D’ailleurs, le soutien à la monarchie (52%) demeure plus important face au 28% en faveur de la république d’après un sondage réalisé en 2023 par l’institut YouGov.

Le cas nord-irlandais est plus particulier encore. Dans cette région, le terme « républicain » renvoie historiquement au mouvement nationaliste irlandais favorable à la réunification de l’île. Colonisée par les Anglais au cours du XIIe siècle, la domination de la couronne s’est aussi accompagnée d’un fort antagonisme entre catholiques et protestants qui persiste encore aujourd’hui. Si une partie de l’île a obtenu son indépendance (1921) dans le cadre d’accords avec le Royaume-Uni, une autre reste fermement attachée à Londres. Durant des décennies, la partie britannique de l’Irlande a été le théâtre d’affrontements violents entre communautés (comme le Bloody Sunday de 1972), d’attentats et d’assassinats (dont le plus célèbre reste celui qui a tué Lord Mountbatten, oncle du roi Charles III, en 1979) perpétrés par l’Irish Republican Army (IRA). Pour une grande partie de ces militants, l’objectif n’est pas simplement de remplacer le roi par un président. Il s’agit avant tout de mettre fin à la souveraineté britannique sur l’Irlande du Nord. Si à peine 36% de Nord-Irlandais soutiennent la monarchie, le républicanisme nord-irlandais relève donc davantage d’une logique nationale irlandaise que d’un projet institutionnel britannique.

Plusieurs républicanismes, aucun projet commun, c’est là toute la faiblesse du camp républicain au Royaume-Uni. Ces mouvements peuvent ponctuellement partager une critique de la monarchie mais ils ne s’accordent ni sur les institutions à mettre en place, ni sur les frontières de l’État concerné, ni même sur l’existence future du Royaume-Uni. Parler d’« un » républicanisme britannique relève donc largement du raccourci puisqu’il existe en réalité plusieurs républicanismes concurrents, parfois complémentaires, souvent contradictoires, qui peinent à dépasser leurs divergences fondamentales.

Face à eux, la monarchie bénéficie d’un avantage considérable : elle demeure l’une des rares institutions capables de transcender les fractures territoriales, partisanes et identitaires du Royaume-Uni. Malgré les critiques, malgré les controverses autour de membres de la famille royale et malgré l’activisme de ses opposants, la Couronne continue d’incarner pour une majorité de Britanniques un point d’équilibre que les républicains, divisés entre plusieurs visions de l’avenir, n’ont pas encore réussi à remplacer.

 

Illustration : On comprend les Britanniques qui veulent les garder, et ceux qui veulent s’en débarrasser.

 


Politique Magazine existe uniquement car il est payé intégralement par ses lecteurs, sans aucun financement public. Dans la situation financière de la France, alors que tous les prix explosent, face à la concurrence des titres subventionnés par l’État républicain (des millions et des millions à des titres comme Libération, Le Monde, Télérama…), Politique Magazine, comme tous les médias dissidents, ne peut continuer à publier que grâce aux abonnements et aux dons de ses lecteurs, si modestes soient-ils. La rédaction vous remercie par avance.

Facebook Twitter Email Imprimer

Abonnez-vous Abonnement Faire un don

Articles liés