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Du Pape, de la République et du Roi

Il n’est question ici malheureusement ni de Joseph de Maistre et de son chef-d’œuvre Du Pape, ni de Jean Bodin et de sa République qui est royale. Pourtant ces deux auteurs auraient beaucoup à nous apprendre sur la légitimité des deux pouvoirs, spirituel et temporel.

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Du Pape, de la République et du Roi

François est venu à Marseille. Non pas en France. Il a tenu à le préciser. Comme en 2014, quand il s’était rendu à Strasbourg pour rendre visite et discourir au Conseil de l’Europe et au Parlement européen. Il avait spécifié avec brutalité qu’il n’était pas question de considérer qu’il venait en France ; il avait à cet effet réduit son voyage au simple déplacement dans les enceintes européennes. Il ne voulait en cette circonstance ni d’une invitation de l’État français ni d’une réception quelconque de l’Église de France. Pas même une rencontre ! Presque outrageant et ressenti comme tel. C’est ainsi avec François. C’est répétitif et voulu délibérément.

Pour ce 16 septembre 2023, il n’était question dans son esprit, à l’origine du déplacement, que de présider la réunion de clôture des Rencontres méditerranéennes. Certes, 70 évêques du pourtour méditerranéen devaient être présents à ces rencontres, mais l’assemblée avait pour objet de discuter pastoralement, ou mieux, pour parler le langage actuel, synodalement, des milieux culturels et religieux concernés. Ce qui intéressait François dans cette affaire, selon l’habitude d’esprit qui le caractérise, c’était d’amener pratiquement et, d’abord, du côté des chrétiens, à vivre effectivement la rencontre entre eux et à acquiescer en conséquence au mélange des cultures ; puis d’élaborer, dans une sorte de nouveau métabolisme ecclésial, un consensus culturo-cultuel, tel que celui qui est projeté dans l’Instrumentum laboris de la future réunion synodale si longuement préparée depuis presque quatre ans et qui doit se tenir à Rome en octobre, là, maintenant. Bref, une façon d’offrir comme des prémices en Méditerranée, mer de brassage et de communication, de cette future communauté humaine à constituer urgemment dans la diversité de ses spécificités religieuses et sociales, mais englobant dans une fraternité universelle tous les besoins et tous les soucis de l’humanité, y compris des minorités et des exclus. L’avenir de la terre y est engagé.

Une religion qui n’en est plus une

Tel est, en effet, le vaste projet pour demain auquel l’Église d’aujourd’hui souscrit, singulièrement par la voix du pape François, d’une société renouvelée par l’Esprit – quel Esprit ? – et où chacun pourrait, devrait enfin se retrouver avec l’autre et tout l’autre selon des formules et des pratiques communes, relevant s’il le faut de prescriptions religieuses, et qui auraient pour but de provoquer, d’entraîner, de façonner des engagements humains et sociaux effectifs dont la réalisation serait la preuve concrète de l’efficacité du chemin choisi, synodal par définition. Dans pareille configuration, tout le reste n’est qu’idéologie, comme l’a répété en mille occasions François, surtout en ces derniers temps. Lorsque quelqu’un se permet de lui objecter les dogmes de la foi de l’Église, François a vite fait de réduire ce qu’il considère comme des poussières de mots à des considérations idéologiques chez de tels opposants et donc, pour lui, à des vues de puissance personnelle et des prétextes de domination. Pire : de domination cléricale ! Ce qui peut être vrai, mais – faut-il le préciser ? – ce vice ne tient pas au dogme – qui n’est pas vicieux en lui-même ! –, c’est un sophisme de l’affirmer ou de le supposer, la malignité humaine en étant cause à l’encontre même de la vérité exprimée. Une telle fausseté d’esprit, si terrible dans ses successions indéfinies de paralogismes, est capable de tout détruire dans l’ordre aussi bien religieux que social et politique. Rien n’est pire que la manipulation spirituelle.

Ainsi, à l’entendre, la Trinité, l’Incarnation, Jésus, Fils de Dieu, sa sainte Mère, la grâce, le salut, la sanctification, les sacrements n’ont de valeur et de sens pour François que dans le vécu personnel hic et nunc. Pas d’objectivité absolue du mystère en soi ! Comme chez Blondel, l’un de ses maîtres à penser, dit ou non dit, – en tous cas dans cette filiation –, le théoricien ou prétendu tel de l’action. Et comme, malheureusement, il apparaît de plus en plus dans l’enseignement courant des officiels de l’Église. Tel dernièrement Mgr Wintzer, archevêque de Poitiers. C’est le vécu qui prouverait la foi, sa sincérité, et qui, en quelque sorte, la définirait selon les contextes. Rien ne sert de se tourner vers la chrétienté du passé, vers les normes et les pratiques d’autrefois ; il n’y a pas à chercher de modèle dans un passé revisité ; ce qui est passé est passé. La vérité de foi en soi, le donné révélé lui-même avec son exigence intellectuelle et morale intrinsèque a disparu comme norme. Reste un usage à habilement combiner avec les nécessités du temps et l’ouverture large aux aspirations du monde et de ce que l’on appelle « le peuple de Dieu ». L’Évangile n’est plus la vérité de Dieu révélée et enseignée pour le salut éternel, transmise et éclairée par la tradition et le magistère de l’Église, mais serait une manière de vivre avec Jésus adaptée selon les temps. Vision évidemment progressiste puisqu’il s’agit de toujours mieux s’adapter, et à tendance moderniste, car il faut faire valoir le message pour aujourd’hui au-delà des mots employés.

C’est une inversion complète du catholicisme dans sa tradition magistérielle. Tradition que François, même quand il emploie abusivement ce mot pour faire passer sa conception, cherche à balayer par son action gouvernementale d’un autoritarisme révolutionnaire sans scrupule, par ses nominations, surtout aux postes-clefs, en particulier à Rome et dans les divers dicastères, singulièrement celui pour la Doctrine de la foi où il a désigné récemment son ami et complice argentin – en fait sa plume et, spécifiquement, son théologien du « peuple de Dieu infaillible » –, Mgr Victor Manuel Fernandez dont les œuvres, les écrits, les propos sont aux limites du scandale en matière de foi et de morale ; ce pour quoi un de ses prédécesseurs, le cardinal Müller, l’a jugé avec la plus extrême sévérité. Mais François aime transgresser. Dans la lettre d’accompagnement de la nomination, il lui a été impéré de revoir tout de fond en comble dans une congrégation dont les méthodes passées sont jugées par François « immorales ». Et il ne s’agit pas de l’Inquisition, mais des actes récents de la congrégation d’Ottaviani et de Ratzinger. Il n’est pas difficile de deviner ce qui est visé ! Et pas un cardinal en exercice pour admonester et, s’il le faut, jeter l’anathème sur cette prodigieuse inversion de la doctrine du salut !

Le pontificat de François va se jouer au cours du mois d’octobre, à Rome, lors du synode où s’éclaireront les desseins secrets et profonds qui animent sa pensée et son action, celles aussi de ses affidés, tel le jésuite James Martin dont la prétendue charité compassionnelle aboutit à la reconnaissance, dans l’Église et même le magistère, du droit LGBTQ. Il faut changer l’Église de l’intérieur, dit-il, et il aide ainsi son ami le pape François.

Mais il y a toujours plus moderniste et progressiste, et François aura eu beau, avec ses réseaux, tout disposer pour le succès de son entreprise, il risque très gros.

Mgr Aveline qui a l’oreille de François a réussi à introduire dans le voyage marseillais de François une prière à Notre-Dame de La Garde avec le clergé et une messe publique avec les fidèles. L’ambiguïté était cependant visible entre la satisfaction qu’il fallait accorder aux conventions rituelles auxquelles les gens sont attachés, et le discours essentiellement politique qui aura été retenu de ce voyage, avec la leçon faite à la France au nom d’on ne sait quelle morale humanitaire qui n’a plus rien à voir avec la norme de sagesse du catholicisme.

Une religion politique

La religion est devenue une politique ; et cette politique est destructrice des nations. La distinction des ordres, chère à Pascal, est abolie par le pape François. D’où cette confusion d’idées où nul ne sait s’il s’agit de sainteté, de prudence, de devoir ou de charité, de sagesse naturelle ou d’exigence surnaturelle. Tout est brouillé et, c’est à craindre, volontairement brouillé. En fait et très concrètement François n’aime pas la France. À l’inverse de ses prédécesseurs qui, à quelques exceptions près, ont tous eu une dilection particulière pour la « fille aînée de l’Église », nommée par eux comme telle. Il ignore la France catholique, celle qui fut dirigée pendant des siècles par des rois qui se qualifiaient eux-mêmes de « très chrétiens », « La France des Bourbons, de Mesdames Marie, Jeanne d’Arc et Thérèse, et Monsieur saint Michel ».

Elle ne compte pas dans son esprit, contaminé par un péronisme de mauvais aloi, un démocratisme pseudo-chrétien qui fausse toute sa théologie et toute sa politique comme il ressort de ses nombreuses confessions faites aux journalistes complaisants et, d’ailleurs, tous athées, auxquels il a aimé se confier. Pas plus que la France, l’Europe chrétienne n’a d’importance dans ses calculs politiques. Au contraire de Benoît XVI et de Jean-Paul II qui n’ont cessé de chercher à la réveiller.

C’est qu’il n’a rien compris à la géopolitique du monde, enfermé qu’il est dans son univers de clerc progressiste et démocrate. Il rêve de la Chine communiste ; et d’une révolution universelle de la pauvreté et du métissage comme force de dissolution et de renouvellement social. Rien à voir avec la pauvreté évangélique ! Et c’est la même raison qui le fait détester – car, de fait, la caractéristique de ce pontife, c’est de détester – l’Église catholique, sa propre Église, en tant que telle, dans ses institutions, son histoire qu’il réprouve, ses saintes coutumes qu’il condamne. Il se sent chargé de la pulvériser. Jusqu’où ? Jusqu’au risque de se pulvériser lui-même ? C’est bien ce qui peut arriver.

Macron a si bien compris que François ne faisait sous motif religieux que de la politique, qu’il s’est imposé à Marseille. Il a eu le culot d’insister et François ne peut rien lui refuser. Il a eu son entretien avec François qu’il tutoie et papouille avec la familiarité d’un copain de connivence. Et même il a assisté à la messe avec Brigitte – sans communier ! Ce fut précisé – tout ça pour le bénéfice politique de jouer une carte religieuse. Que de grotesques discussions sur le sujet !

Une politique devenue une religion

Car – et c’est bien là tout le problème – si la religion est devenue une politique, la politique, elle, est devenue une religion. Et, pour la France, le pontife en est Macron. Il fait le pape, pas seulement pour la France, mais encore pour l’Europe et même pour le monde. Il parle, il prononce ses oracles, il est le prophète, il sait le présent et l’avenir, il juge le passé qu’il condamne avec vigueur comme François. Il discourt sur tout, à propos de tout ; il voit ce qu’il faut faire et que personne n’a jamais vu. Il trouve les solutions ; il légifère, il décrète ; il est derrière tous les actes du gouvernement. Il se lève tôt, il ne se couche pas. Il prend des décisions soudaines, mais tout aussi bien il manœuvre à couvert et à découvert. La France est trop petite et trop mesquine pour lui ; il le dit carrément. Il rêve d’Europe et du monde. Les intérêts français n’existent pas pour lui ; il les brade, ce qu’il a fait cent fois déjà dans le passé. S’il réindustrialise, c’est avec les autres, l’étranger. Peu importe si les Français ne le comprennent pas, ils seront forcés de suivre et de comprendre un jour. Car il a la vision, comme il l’a dit dans ses grands discours fondateurs en Sorbonne, au forum de Davos. Encore récemment.

L’Europe explose en intérêts divergents ; il continue à ne jurer que par elle. L’Allemagne le contredit ; il poursuit dans sa conception germano-européenne Bientôt les sous vont lui manquer et il n’est même pas dit que l’Europe honorera ses promesses de crédits à une prétendue relance ; rien n’y fait, il manie le chéquier et agit comme s’il n’était pas proche de la faillite. Il invente des trucs invraisemblables, comme la vente à perte. C’est que tout doit céder devant sa décision. Il sait où est le bien et où est le mal : il les définit. Le mal, c’est le nationalisme, mais pas n’importe quel nationalisme, le nationalisme français, d’abord. Il se sent chargé de détruire cette force maligne, ce qu’il accomplit avec une vigilance extrême. Il ressemble à François sur ce point comme un fils à son père. Cette connivence se sent dans leur relation. Elle s’est manifestée encore l’autre jour.

«La leçon faite à la France au nom d’on ne sait quelle morale humanitaire n’a plus rien à voir avec la norme de sagesse du catholicisme.»

Comme le pape François se donne pour vocation de créer une démocratie dans l’ancien cadre de l’Église, Macron, lui, se voit pour rôle de faire advenir en France une République enfin vraiment républicaine, épurée de toutes ses scories du passé et détachée de ses liens sordides à son histoire si sale. Cette République de rêve et à portée universelle est sa religion dont il définit les dogmes et impose les pratiques. Sa politique n’est plus qu’une religion au nom de laquelle il est prêt à tout. Comme, en apparence inverse, la religion de François ne se ramène plus qu’à une politique. C’est pourquoi ils s’entendent si bien. Pour le malheur de l’Église et pour le malheur de la France. Dans un monde qui va correspondre de moins en moins à leur chimère. Comme disait le perroquet de Bainville, tout ça finira mal.

La société ecclésiale, surtout en Occident, comme la société française, se délite. La cause en est évidente, mais qui veut la voir ? Avec de pareilles autorités au sommet, il n’y a plus d’autorité nulle part et c’est un drame affreux qui s’étend partout dans les villes, les villages, les familles, les écoles. Comment s’imaginer que plus de police rétablira l’ordre ? L’ordre est une question de principe. Il n’y a plus de principe. Les voyous sont les maîtres en bas tandis que des voyous de la politique règnent au sommet. La politique est devenue une affaire de saltimbanques et la religion a tendance sous le pontificat de François à devenir une diseuse de bonne aventure dans une foire à tous les désirs.

Et comme la République avec sa laïcité érigée en religion niaise et absolue – qui ne fut conçue que dans une lutte acharnée contre la France catholique, faut-il le rappeler ? – manque de sens du sacré, Macron a profité du voyage d’État du roi Charles III pour se faire une publicité facile. Le dîner à Versailles en fut le sommet le plus prestigieux. On a beau dire, et malgré tous les jugements sévères portés sur la couronne d’Angleterre, le roi et la reine avaient de l’allure, « de la gueule » comme on disait. Ils savaient se tenir. Le roi était roi et la reine, reine. Question de fonction et d’habitude de fonction. Macron avec sa bande d’invités où on ne reconnaissait pas un seul vrai Français digne de ce nom, à deux ou trois exceptions près, – pas un officier, pas de personnalités dévouées à la France et aux Français, personne qui ait risqué sa vie, que des gens à fric et à spectacle, des truands parvenus – s’est comporté comme un goujat, tripotant comme à son habitude son hôte et jouissant d’une mise en scène qui le mettait en valeur grossièrement. N’est pas roi qui veut. Il y a quelque chose de ridicule et d’inconvenant dans ce simulacre de royauté où s’essayent nos républicains forcenés. Versailles prête son cadre éblouissant à ce qui n’apparaît que trop comme une mascarade. La République ne sait pas faire. Elle n’a jamais su faire. En dépit qu’elle en ait, elle reste ce qu’elle a toujours été : une fausse religion, une fausse royauté. La République macronienne encore plus que toutes les autres. Elle n’échappera pas à son sort qui est de finir misérablement. Comme toutes les autres.

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