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Enfin libres !

Voici que la France est enfin dotée d’une loi euthanasique qui manquait à sa panoplie républicaine fraternelle. On va pouvoir, enfin ! mourir à nouveau des mains de l’État. Ça manquait à tous ceux qui ont aboli la peine de mort, sauf pour les fœtus.

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Enfin libres !

Mais on ne tuait pas vraiment, à vrai dire, comme aux joyeux temps de la Terreur, puisque la République avait décidé que le fœtus humain avait moins de droits que celui d’un dauphin, puisqu’on nous disait que le fœtus n’était qu’un amas de cellules tant qu’il n’était pas un projet parental, puisqu’on avait déshumanisé le fœtus. Mais qu’est-ce qu’une République française sans meurtres de masse, qu’est-ce qu’un président sans son quota de cadavres ?

Il fallait donc qu’on puisse pousser à la mort des humains bien constitués pour renouer avec les délices des sacrifices humains. Ce pauvre Macron en était réduit à annexer les Invalides et le Panthéon, on en a parlé ici, mais il avait le sentiment que tous ces morts n’étaient pas les siens. Là il pourra dire fièrement, en commentant la première euthanasie, puis la première dizaine d’euthanasiés, puis le premier millier : « ce sont mes cadavres, à moi. » Il avait loupé le coche avec les Gilets jaunes, ses pandores ont hésité à flinguer les croquants, le temps pressait, il a jeté Yaël Braun-Pivet et Sébastien Lecornu dans la bagarre, c’est le progrès ! les Français le réclament ! seringues pour tous !

Et il n’y aura qu’un médecin pour valider le désespoir, la collégialité n’est pas fraternelle, et on empêchera les gens de proposer autre chose, et on forcera les Petites Sœurs des Pauvres à trucider dans leurs établissements, et on dira aux faibles d’esprit qu’ils ont le droit de mourir mais pas de signer les chèques, parce que signer un chèque c’est complexe alors que mourir c’est digne, oui mon gars, c’est de la dignité en piquouze que je t’offre, prends, y en aura pour tout le monde, c’est pas comme les soins palliatifs, ça coûte cher, tu voudrais pas ruiner le pays, toi aussi ?

La mort vous rend libre, l’euthanasie est la même pour tous

C’est une loi comme on en voit peu, avec des amendements de bon sens, de prudence et de charité systématiquement rejetés par ivresse macabre, parce qu’on ne veut pas se priver du spectacle des vieux heureux, et des malades heureux et de tous ces gens si heureux de mourir après avoir signé le formulaire ; ou peut-être pas si heureux mais en tout cas fiers d’être responsables ; ou peut-être pas fiers mais résignés, qui sait, on ne sait pas ce qui se passe dans la tête des gens pauvres, des gens fatigués, des gens seuls, des gens qui ne trouvent pas de médecins, des gens à qui on a dit qu’être inutile était indigne, et que leur dignité réside peut-être, sans doute, sûrement, dans ce dernier acte d’utilité sociale – allez, d’efficacité sociale – qui consiste à disparaître pour ne pas être une charge.

C’est d’ailleurs de cette manière que tous les eugénistes ont raisonné, et tous les utopistes, et les nazis n’étaient pas les premiers et, visiblement, ils n’étaient pas les derniers non plus : pas de bouches inutiles, pas de corps qui coûtent plus qu’ils ne rapportent, pas d’esprits faibles qui ne savent pas prendre le rythme de la foule pressée. Pas de minus habens. L’État exige des citoyens sains dans des corps sains, des citoyens responsables qui savent prendre librement la décision qui les libère du fardeau d’une vie indigne – et libère donc leurs frères du fardeau qu’ils sont devenus.

Voilà le nouvel évangile républicain : la mort vous rend libre, l’euthanasie est la même pour tous, la mort vous garantit l’estime de vos frères. Ne vous arrêtez pas à ce honteux détail qu’est l’absence de soins organisée, qui vous a forcé à choisir la mort parce qu’on ne vous offrait pas la vie, vous êtes libres, la loi le dit ! Cette même loi qui organise une mort égalitaire sur tout le territoire et qui veillera à ce que tous aient accès à la seringue, à la moindre demande.

Et bientôt la France, qui a rattrapé son retard euthanasique, pourra peut-être se vanter d’être à nouveau ce phare qui éclaire le monde ? Avorter jusqu’après la naissance, pour ne pas laisser l’Angleterre triompher, autoriser l’euthanasie des moins de dix ans, pour damer le pion aux Pays-Bas, par compassion affirmer que toute souffrance de quelque nature mérite qu’on y mette fin sans discuter et enfin, oui, enfin, euthanasier de force ceux qui s’accrochent à leur vie par un évident manque de discernement qui nécessite qu’on décide pour eux. Là on aura vraiment renoué avec 1789. Bientôt on nous forcera à être libres.

 


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