Civilisation
Ressusciter les pardons bretons
Alors, christianisme identitaire ou retour aux sources, le Tro Breiz ?
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Alain Cugno, qui est philosophe et aime les libellules, aime aussi les chauve-souris, sans doute pour des raisons analogues : l’animal est aussi familier qu’étrange, vivant mais d’une manière si différente de la nôtre qu’on éprouve par lui une espèce de vertige métaphysique sur ce que peut bien être le monde pour des êtres qui le perçoivent d’une manière radicalement différente de la nôtre.
La Chauve-souris. Petite métaphysique en vol, permet de comprendre, comme par une expérience de pensée, cette différence radicale – et permet surtout, comme dans toute bonne rencontre interculturelle, de mieux comprendre qui nous sommes. Entre deux considérations sur le vol des murins des marais et les territoires de chasse des rhinolophes, des révélations sur les accouchements simultanés des femelles, qui mettent bas toutes ensemble au même moment ou presque (qu’il s’agisse de la grande noctule ou du vespertilion bicolore) et des aperçus surprenants sur les mythologies des peuples australiens, Alain Cugno distille des réflexions pertinentes sur la perception, la relation, la communauté du vivant, l’interculturalité, qui permet moins de connaître une autre culture que de découvrir dans la sienne des potentialités inexploitées. À mi-chemin entre traité naturaliste et traité philosophique, La Chauve-souris. Petite métaphysique en vol nous entraîne dans l’expérience de l’étonnement fructueux, au point qu’apprendre que le cri de ces bêtes « est si puissant que leurs tympans n’y résisteraient pas si elles l’entendaient » (un dispositif musculaire les rend donc sourdes quand elles crient) m’a paru être une de ces leçons que la nature nous enseigne : nous-mêmes passons notre vie à guetter chez les autres l’écho de nos paroles pour être bien certains que nous existons et pour bien comprendre ce que nous ressentons, et qui ne se vérifie réellement que dans la relation. Excellente collection qui réunit de tels auteurs.

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