Au bout d’une année d’un pontificat plus médiatiquement discret que le précédent, on peut faire une première constatation : si la forme a profondément changé, le pape Léon XIV a bien mis ses pas dans ceux de tous ces prédécesseurs, depuis le premier, saint Pierre, jusqu’au dernier, François.
Toutefois, comme le fait remarquer le cardinal Bustillo, l’une « des priorités du pape concerne la paix et l’unité de nos sociétés », la paix qui « doit entrer dans le cœur [de chacun pour] atteindre toutes les familles et toutes les personnes ». Toute son action récente en porte témoignage.
« La paix soit avec vous »
Il y a un an, ses premiers mots en tant que souverain pontife avaient été pour lui l’occasion de proclamer au monde : « La paix soit avec vous ». En prononçant ces paroles, le pape Léon XIV n’oubliait pas que l’évangéliste saint Jean ajoute deux éléments importants : d’abord qu’à cette salutation du Ressuscité les apôtres furent remplis de joie, et ensuite qu’aussitôt le Christ les a envoyés en mission. Si la paix qui vient de Dieu – cette « paix désarmée et désarmante » – emplit de joie le cœur de ses fidèles, ce n’est pas pour qu’ils en jouissent d’une manière égoïste mais pour qu’ils aillent l’annoncer par toute la terre.
Au cours d’une homélie prononcée le 30 mars 2008, le pape Benoît XVI avait expliqué : « Ces paroles du Seigneur, « la paix soit avec vous », sont avant tout réconciliation, pardon de l’infidélité […]. Le Seigneur leur donne sa paix, les accueille de nouveau dans sa paix, les réconcilie avec lui-même et avec Dieu. Car seule la paix avec Dieu est la vraie paix ». Dans une autre homélie, le 11 avril 2010, il avait poursuivi : « La paix revêt à cet instant une nouveauté extraordinaire, car il [le Seigneur] vient de la nuit de la mort […]. Mais en même temps, il vient de la puissance de Dieu, de la lumière ; Dieu lui-même apporte sa lumière et sa paix. Ainsi Jésus change le monde, y entrant avec sa paix divine, en vainqueur de la mort, de toutes ces « prisons » qui retiennent l’humanité captive ». La proclamation de la paix par le pape Léon XIV se situe dans la droite ligne de cet enseignement.
La paix antidote à l’idolâtrie
Si le pape a choisi Léon comme nom de règne, c’est en mémoire de celui qui fut le grand promoteur de la Doctrine sociale de l’Église, laquelle est « un instrument de paix et de dialogue pour construire des ponts de fraternité universelle ». Dans son homélie prononcée à Monaco le 28 mars 2026, Léon XIV a précisé avec force que « les guerres […] sont le fruit de l’idolâtrie du pouvoir et de l’argent ». Cela lui a donné l’occasion de rappeler que « la paix n’est pas un simple équilibre des forces, elle est l’œuvre de cœurs purifiés, l’œuvre de ceux qui voient dans l’autre un frère à protéger, et non un ennemi à abattre ». C’est pourquoi, « la paix véritable commence par la reconnaissance et la protection de la dignité donnée par Dieu à chaque personne ». Et, le 13 avril 2026, devant les autorités politiques algériennes, il a précisé que, sans la justice dans l’action politique, « il n’y a pas de paix authentique » puisque la paix – « tranquilitas ordinis » selon les termes de saint Augustin – est toujours « le fruit de la justice, née d’une autorité humblement mise au service de chaque être humain et de toute la famille humaine ».
Pas de paix sans justice ni humanité
L’Église catholique, a-t-il tenu à rappeler, « annonce l’Évangile de la paix et enseigne à obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, surtout lorsqu’il s’agit de la dignité infinie d’autres êtres humains, mise en péril par les violations constantes du droit international ». Dans la fidélité à l’appel de saint Paul VI, « Plus jamais la guerre », et aux engagements de saint Jean-Paul II contre les guerres en Irak, il a exhorté les fidèles à briser « la chaîne démoniaque du mal » et à se mettre « au service du Royaume de Dieu : un Royaume où il n’y a ni épée, ni drone, ni vengeance, ni banalisation du mal, ni profit injuste, mais seulement dignité, compréhension et pardon ». Il a terminé en reprenant à son compte les paroles de Pie XII : « Avec la paix, rien n’est perdu ; mais tout peut l’être par la guerre ».
À peine arrivé en Algérie, Léon XIV a été conduit devant le monument commémorant la lutte menée contre la France de 1954 à 1962. Il s’est alors adressé au peuple algérien en ces termes : « Rappelons-nous que Dieu souhaite la paix pour toutes les nations : une paix qui ne soit pas seulement une absence de conflit, mais l’expression de la justice et de la dignité. Et cette paix, qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié, n’est possible que par le pardon. La véritable lutte pour la libération ne sera définitivement gagnée que lorsque la paix des cœurs aura enfin été conquise ». En se souvenant de la décennie noire (de 1992 à 2002) qui a ensanglanté l’Algérie ainsi que de la haine qui perdure entre les factions, il a poursuivi : « Je sais combien il est difficile de pardonner, cependant, alors que les conflits continuent de se multiplier partout dans le monde, on ne peut pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération. Et cette paix, qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié, n’est possible que par le pardon ».
Toute guerre n’est pas juste
Quelques jours plus tôt, tenant compte des autres théâtres de conflit, il avait successivement appelé au téléphone le président Herzog et le président Trump pour leur dire que la guerre qu’ils menaient en Iran n’était pas une guerre juste et pour leur demander de « rouvrir tous les canaux de dialogue ». Sur ce point, sans qu’aucun commentaire n’en ait été donné, on peut penser qu’à l’école de saint Augustin il pensait que cette action ne permettait pas de « résister aux principautés, aux puissances et aux esprits du mal » (Eph VI, 12), montrant ainsi qu’il n’adhère pas au messianisme des évangéliques qui semble dicter au moins en partie l’action du président américain.
Alors que s’ouvraient des premières négociations de paix entre l’Iran et les États-Unis, le 11 avril 2026, au cours du chapelet pour la paix, le pape Léon XIV a une fois de plus dénoncé l’idolâtrie – notamment « du moi et de l’argent » – comme facteur de guerre et promu la dignité de l’homme comme fondement de la paix. Cette incompatibilité entre la paix d’un côté et l’idolâtrie de l’argent d’un autre est pour lui quelque chose de fondamental puisqu’il est revenu dessus le 15 avril 2026 en s’adressant aux représentants des autorités du Cameroun : « Pour que la paix et la justice s’affirment […] il faut libérer le cœur de cette soif de gain qui est une idolâtrie ».
S’il a ainsi mis les détenteurs de pouvoir – dont l’exercice est un « élément essentiel pour construire la paix au sein des nations et entre elles » – devant leurs responsabilités individuelles, il n’a pas manqué de viser aussi les institutions : « Une paix authentique naît […] lorsque la loi est un rempart sûr contre l’arbitraire des plus riches et des plus forts », cet arbitraire qui conduit à toute forme d’idolâtrie. Il reliait donc encore une fois les notions de paix et de justice puisque ce discours s’inscrivait dans la suite du message qu’il avait délivré la veille en Algérie : « Est injuste celui qui accumule des richesses et reste indifférent aux autres ». C’est pourquoi, avait-il conclu : « le critère de l’action politique réside dans la justice, sans laquelle il n’y a pas de paix authentique ».
Il ne s’agit pas là d’une simple opinion puisque, à l’issue du Regina Coeli récité place Saint-Pierre le 12 avril 2026, il a tenu à rappeler : « Le principe d’humanité, inscrit dans la conscience de chaque personne et reconnu dans les lois internationales, comporte l’obligation morale de protéger [toute] population civile des effets atroces de la guerre ».
Illustration : Venir rappeler aux Algériens, qui en conviennent, que leur terre fut d’abord chrétienne, et les appeler au pardon, qui ne leur convient pas.
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