Editoriaux
L’avenir de la droite
Éric Ciotti l’a déclaré dans le Figaro, « À Nice s’est incarné l’avenir de la droite. »
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RPF, RPR, UMP, LR : l’irréversible et lente dérive centro-gauchiste des gaullistes, les menant du pouvoir au piteux « socle commun », s’accompagne d’une absence de programme, de doctrine et, sans doute, de fierté.
Sous des noms divers, du Rassemblement du peuple français au Rassemblement pour la République, en passant par les Unions « pour la nouvelle République » ou « des démocrates pour la République », le parti gaulliste a tenté d’exister de manière indépendante jusqu’à la volonté chiraquienne de créer un parti unique de la droite et du centre. Après la réforme du mandat présidentiel et « l’inversion du calendrier », qui consista à placer l’élection présidentielle avant les élections législatives, la mode n’était en effet plus seulement à la bipolarisation mais au bipartisme. Pour les élections de 2002 ce fut donc une coalition de la droite et du centre qui, sous le nom baroque d’Union en mouvement d’abord, puis sur celui plus circonstancié d’Union pour la majorité présidentielle, mêla RPR et Droite libérale – avant d’absorber d’autres composantes résiduelles du centre, dont une part de l’UDF, pour devenir après les élections un parti, l’Union pour un mouvement populaire.
D’aucuns diront que l’UDF et les centristes apportèrent alors les cadres et le programme, le RPR les militants. L’ex parti de masse gaulliste venait en effet de sauver les partis de cadres centristes et, loin d’en tirer bénéfice, abandonnait ses ultimes velléités souverainistes – si tant est que le chiraquisme en eût encore. Dès lors, les guerres intestines qui ne cessèrent de secouer le parti furent plus des rivalités de personnes, des conflits d’écuries présidentielles, que des débats d’idées, puisqu’un accord existait sur le fond. Il portait sur l’absolue nécessité, pour vivre heureux, de tout céder à la gauche sur le plan sociétal, à l’Union européenne sur les grandes compétences, aux juges sur l’interprétation des textes et au patronat sur ses demandes en main d’œuvre allogène.
Prenant en 2004 la barre de ce navire qui courait sur son erre, Nicolas Sarkozy allait-il la redresser ? Il le fit croire une première fois lors de l’élection de 2007, mais la trahison d’un électorat pourtant grossi par la « ligne Buisson » comme ses vibrionnantes et bien inefficaces rodomontades lui coûtèrent l’élection de 2012. Il le tenta une seconde fois par un inutile ravalement de façade, changeant le nom de ce qui n’était plus que le très lointain souvenir de ce qui avait tenté d’être un parti gaulliste, mais, sous l’appellation nouvelle des Républicains, la ligne de flottaison de la barcasse continua de s’enfoncer.
Sur la passerelle, de vieilles fausses gloires et de plus très jeunes loups se battaient pour guider à leur tour le navire. Départager tous ces capitaines potentiels pour l’élection présidentielle de 2017 mena nos Républicains à des « primaires ouvertes », chapeau d’où sortit, à la surprise de beaucoup, le nom de François Fillon. Qu’aurait-il fait à l’Élysée, nul ne le saura jamais, car la seule perspective qu’il puisse y parvenir en lieu et place de l’auteur de Révolution conduisit le bras armé de la caste au pouvoir à stopper net sa possible ascension. Ce que l’on sait en revanche, c’est que ses amis du parti le soutinrent alors comme la corde soutient le pendu. Quelques semaines plus tard, nombre des espoirs autoproclamés des Républicains, inquiets de laisser passer leur tour de maroquin, profitèrent du bouleversement né de l’élection de l’homme nouveau dont le parti partageait les initiales pour quitter le navire.
Ensuite, les Républicains survécurent : ils n’étaient pas la cible prioritaire de la manœuvre macronienne de 2017 démantelant le PS, et les ralliements d’alors ne firent pas couler la vieille coque. Mais c’était un navire fantôme. « Est-ce le châtiment cette fois, Dieu sévère ? » À Valérie Pécresse, choisie à l’issue d’une nouvelle primaire et ses 4,7 % de suffrages en 2022, à François Bellamy – 8,5 % en 2019, 7,24 % en 2024, personne ne se souciant de partir au front à sa place –, ou la cinquantaine de députés renvoyés en déroute dans leurs foyers cette même année 2024, la voix répondait : « Non ! ».
Au soir du 11 juin 2024, Éric Ciotti, entre-temps élu président du parti, prôna une alliance avec le Rassemblement national. La suite eut tout du théâtre de boulevard, entre les indignations surjouées, les manifestations devant le siège où le Niçois s’était retranché et les actions en justice. « L’union des droites » ne se fit pas ; le temps du « socle commun » entre LR et le « bloc central » macroniste était venu. Onze Républicains rentrèrent au gouvernement de Michel Barnier et les guerres intestines reprirent de plus belle. Ils étaient présents encore dans le gouvernement Bayrou, et ce n’est qu’avec l’arrivée de Sébastien Lecornu à Matignon que Bruno Retailleau, entre temps élu à la tête du parti, claqua la porte.
Pourtant, les élections municipales de 2026 le montrent à l’envi, pour les partis démonétisés de la droite et du centre l’alliance du « socle commun » est la seule garantie de survie politique. D’où ces appels vibrants à l’union contre les extrêmes, au « ni, ni », et, surtout, à la désignation, pour espérer être présents au second tour de l’élection présidentielle de 2027, d’un candidat unique d’un bloc que l’on peine à définir autrement que par ceux qui en sont exclus. Une alliance déjà faite dans nombre de communes et qui entraîne les Républicains toujours plus à gauche : il ne leur suffit plus de céder devant les centristes, il leur faut maintenant composer avec les anciens socialistes passés chez Renaissance qui menacent, sinon, de rejoindre les concurrents socio-démocrates. Gageons que la formule du « gaullisme social » servira de voile pudique à ces ultimes renoncements.
En 2026, il n’y a pas de de parti Les Républicains au sens profondément politique : pas de programme, pas de doctrine, pas de colonne vertébrale. Les guerres picrocholines de l’appareil font les beaux jours de médias massivement de gauche. On recycle ainsi sans fin sur les plateaux des vieillards aigris et sentencieux qui furent autrefois « aux affaires » – sans que l’on sache bien ce que le terme recouvre et s’il faut prendre en compte leurs liens privilégiés avec des pays étrangers. On fait se succéder sur d’autres scènes ces ex-jeunes espoirs qui sentent que leur temps est déjà passé et n’en sont que plus acharnés à attaquer leurs rivaux.
Mais ce parti mort continue pourtant d’exister dans les urnes, comme ces étoiles éteintes depuis des milliers d’années dont nous recevons encore la lumière, car les élus de terrain ont sauvé le parti – et ses finances. Ne voir dans leurs relatifs succès que l’effet d’un vote réflexe de ces résidents d’Ehpad qui achètent les mémoires du « prisonnier politique » Sarkozy serait oublier leurs dons. Car, pour survivre, ils se sont faits dans leurs circonscriptions amuseurs de kermesses, assistantes sociales de proximité et défenseurs acharnés des « valeurs humanistes ». Pas un méchoui des chasseurs, pas une décoration de sapeur-pompier volontaire, pas une de ces cérémonies des vœux dans lesquelles les maires de communes oubliées entendent expliquer la géopolitique, pas une inauguration d’œuvre d’art sur un rond-point qui se fasse sans eux. Dans ce parti d’auto-entrepreneurs, on capitalise sur les « like » de sa page Facebook – TikTok étant décidément trop jeune, et X trop à droite.
Nos élus Républicains ont tellement bien compris la nouvelle donne que certains, au lendemain mêmes des élections municipales de 2026, abandonnent le palais Bourbon pour (re)devenir des « barons » locaux. Une région pour les uns, un département pour les autres, une mairie et son intercommunalité pour tous, avec peut-être ensuite, grâce aux réseaux, un siège au palais du Luxembourg. Une vie publique commencée il y a trente ans dans les combats fratricides entre assistants parlementaires dévorés d’acné et d’ambition se termine en espoirs de rentiers : « Qu’ils nous méprisent, pourvu qu’ils nous payent ».
L’existence nationale ? Le vote du 19 avril (60 % d’abstention), qui désigne avec près de 74 % Bruno Retailleau, le président du parti, comme son candidat « naturel » à la présidentielle, écartant la primaire « fermée » réservée aux adhérents (12 %) comme la primaire « ouverte » accueillant les sympathisants (14 %), n’apporte rien. Certes, moins de 2 % des votants ont choisi l’option de Laurent Wauquiez, voter blanc. Mais ce dernier a raison en disant que c’est reculer pour mieux sauter, car la question n’est plus celle d’une candidature LR à la présidentielle.
Le « bloc central », soit la macronie (Renaissance, MoDem, UDI et Horizons), a tenu sa réunion. Maintenant que LR a son candidat, les voix se multiplient au sein du parti pour permettre à l’automne ou plus tard la désignation du candidat commun. Sur quelles bases ? On évoque bien sûr avec force trémolos un programme destiné à sauver la France, mais il est clair qu’il s’agit aussi de sauver ceux qui l’ont défaite. « Considérer que toute personne macroniste est radioactive, qu’elle doit s’autoflageller sur la place publique est absurde » déclare Laurent Wauquiez, partisan d’une grande primaire intégrant Reconquête ! – ou pour être plus exact Sarah Knafo – et bien disposé à l’égard du gouvernement Lecornu. « Ne jetons pas d’anathèmes » sur les personnalités associées à l’action d’Emmanuel Macron, lance Michel Barnier, pour lequel : « Le temps d’un grand parti présidentiel dominant les autres n’existe plus. Le futur président de la République devra défendre l’idée d’une coalition, d’un accord de gouvernement ». « Gaullistes », vous disiez « gaullistes » ?
Illustration : Bruno Retailleau, le visage d’un gaullisme usé.
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