Philippe Prévost avec sa sagacité habituelle nous livre une nouvelle étude sur la condamnation de l’Action française dont il est l’un des très rares spécialistes, ayant consulté sur le sujet un grand nombre d’archives, tant au Vatican qu’au Quai d’Orsay.
Dans cet opuscule, il cherche à comprendre l’esprit du pape Pie XI, en quelque sorte ce qui guidait la pensée de ce pape, connu comme autoritaire, implacable dans ses choix, intraitable dans ses décisions. Ce n’était pourtant pas un vulgaire politicien. Comment sa politique a-t-elle pu s’acoquiner – le mot n’est pas trop fort – avec les visées d’un Aristide Briand ?
L’abbé Ratti, futur Pie XI, eut d’abord une jeunesse studieuse. Il mena trois doctorats. Et c’est là que Philippe Prévost a découvert l’importance d’une formation qui se réclamait du thomisme, alors remis tout récemment à l’honneur, mais qui en fait relevait d’une conception nouvelle de la philosophie dite thomiste, celle des jésuites qui avaient fait ou faisaient encore florès à Rome en cette deuxième partie du XIXe siècle et qui avaient de l’influence sur le pape Léon XIII, inspirant ses actes et ses écrits.
Deux noms ressortent singulièrement : Luigi Paparelli et Matteo Liberatore qui, eux-mêmes, s’inscrivaient dans les suites de Robert Bellarmin, de l’école de Salamanque, des Vitoria et Suarez. Il y a, au-delà des querelles d’école, toute une conception du droit naturel, du pouvoir spirituel et temporel, du pouvoir dit indirect qui devient sous l’aspect moral, sub ratione peccati – et ça peut aller loin ! –, un véritable pouvoir direct, justifiant la pire des dictatures spirituelles. C’est passionnant. Et voilà pourquoi la décision d’un pape changea le cours de l’histoire, sans autre motif véritable que la revendication de son propre pouvoir.
Philippe Prévost, Aux origines intellectuelles des condamnations de l’Action française et du thomisme. Préface de l’abbé Guillaume de Tanoüarn. Éditions La seule France, 145 p. 15 €

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