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Dictature étalon

Longtemps, on a pris Ceausescu pour ce qu’il n’était pas : un communiste qui résistait à Moscou. Il fut en réalité un autocrate mégalomane et sans scrupules.

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Dictature étalon

L’écrivain Radu Portocala, qui a connu cette période, vient de publier un livre saisissant, où il réussit l’exploit de décrire, froidement, le cauchemar où le « Danube de la pensée » plongea la Roumanie ; et de dessiner, en creux, les contours de toutes les tyrannies. D’abord, Ceausescu monopolise le pouvoir et installe aux étages inférieurs sa famille et ses proches ; il lance la Roumanie dans une politique économique absurde, qui plonge la population dans la misère ; il la met sous surveillance, et la transforme en « vingt-trois millions de suspects » : le mouchard, l’enquêteur et le tortionnaire deviennent les trois rouages de l’oppression.

Le but du tyran ? Créer un « homme nouveau », suivant ainsi les directives de la Russie soviétique. Pour y parvenir, il détruit des dizaines de villages, de villes, une large partie de Bucarest ; il encourage une politique nataliste dont les premières victimes sont les femmes ; et il se lance dans une politique industrielle sans queue ni tête, au détriment de la paysannerie traditionnelle. C’est l’héroïsme conjugué des intellectuels (Doïna Cornéa, Dan Petrescu, Paul Goma, Liviu Cangiopol, etc.) et des ouvriers (notamment ceux de Brasov, en 1987, « excédés par la misère grandissante ») qui commencera à ébranler la tyrannie…

Ce livre impressionnant pourrait servir de mètre-étalon à la description de toutes les dictatures, avec les nuances propres à chaque pays. Si la situation n’a évidemment rien à voir, on ne cesse de penser à des signes avant-coureurs, en France (censure, propagande, délations, fascisation de l’adversaire, destruction partielle des villes et des villages soumis à une écologie délirante, etc.). De ce point de vue, ce livre est aussi un avertissement.

 

Radu Portocala, Descente dans la Roumanie de Ceausescu. Éd. Non Grata, 2026, 152 pages, 14 €

 


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