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Harmonium et chalumeau : le vocabulaire catholique

Quartier canonial, capsella, boîte à crâne et baldaquin, chrémeau et gloire, cire de deuil et serpent, dalmaticelle, claquoir et carillon, tampon de pèlerinage, cippe funéraire, chalumeau eucharistique et astérisque : on pourrait égrener ainsi les centaines d’entrées de ce vocabulaire catholique auquel les éditions du patrimoine ont consacré un monument de mille pages dans sa collection des « Principes d’analyse scientifique de l’Inventaire général du patrimoine culturel ».

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Harmonium et chalumeau : le vocabulaire catholique

Mille pages pour décrire les édifices, les sacrements et les rites, du baptême aux funérailles, entrecoupés de processions et illuminés par des images omniprésentes, des missels aux vitraux, de la plus humble des chapelles à la cathédrale la plus splendide. Objets somptueux comme les monstrances ou bruit codifié comme le glas, ce sont vingt siècles de catholicisme ici analysés, avec d’ailleurs le sentiment de l’urgence : « bien que le patrimoine catholique s’avère très abondant, il devient au fil des décennies de moins en moins familier, reconnu, ce qui fragilise sa conservation. » Oui, ces dernières décennies ont été redoutables, car ce qu’on n’utilise plus se dégrade et, pire encore, perd son nom en même temps que son utilité. Tous ces instruments se perdent et, ne les reconnaissant plus, on ne sait même plus qu’ils ont servi à honorer Dieu, à réjouir le cœur des fidèles ou à faciliter la vie de l’officiant ou du sacristain. Tant de béquilles ôtées à la foi ! tant d’ingéniosité ensevelie dans l’indifférence ! Tant de science engloutie dans l’ignorance, comme ces scènes que ne peuvent plus comprendre la plupart des visiteurs des musées et sans doute nombre de ceux qui rentrent dans une église.

L’ouvrage, cela dit, est savant, par l’étendue de l’objet d’étude, par la rigueur de ses descriptions, par sa volonté d’inventorier les mots autant que les choses ; et aussi par sa neutralité impavide qui nous vaut, après un paragraphe consacré aux « tombeau de cœur et tombeau des entrailles, contenant éventuellement une urne de cœur ou une urne de viscères », pratique prisée des maréchaux d’Empire ou en milieu conventuel, une conclusion qui passe rapidement des urnes funéraires aux « aménagement[s] uniquement végét[aux], particulièrement dans les nouvelles aires d’inhumation paysagères des cimetières, plus conformes aux enjeux de développement durable. » On ne l’avait pas vu venir mais il est bien là.

Des ossuaires aux reliquaires, des reliquaires monstrances aux ostensoirs, des ostensoirs aux gloires…

On sent aussi que l’iconographie veut être riche mais ne veut pas privilégier le bel objet au détriment du contemporain, ni l’œuvre consacrée par la renommée contre l’objet anonyme mais parlant. Les photos exposent, objectivent, démontrent, elles ne magnifient pas. J’ai pour ma part regretté de ne pas trouver dans le livre le marteau dont se servent les évêques, du moins le croyais-je, pour frapper les pierres d’autels nouvellement consacrés, afin qu’elles rentrent en résonance avec les autres autels du monde. Je trouvais l’histoire très belle. Mais j’y ai trouvé, aidé par l’un des auteurs, le chalumeau eucharistique et l’astérisque. Le premier au chapitre 2, « l’autel et l’eucharistie », dans la section des « vases sacrés et leurs accessoires » = « Le calice ministériel, de grande capacité et le plus souvent pourvu d’anses, destiné à la communion des fidèles [… qui] ont recours à une sorte de paille métallique ou exceptionnellement de verre, tenue par le diacre : le chalumeau eucharistique […] mentionné dès le VIe siècle. » L’astérisque, étoile métallique doré ou en or, « se pose sur l’hostie [dans la patène] pour la maintenir en place lors des messes en plein air », ou pour protéger l’hostie du voile qui recouvre le calice et la patène.

On chemine ainsi à sa fantaisie, partant des ossuaires pour aller aux reliquaires, des reliquaires monstrances aux ostensoirs, des ostensoirs aux gloires – ou aux découpoirs à hosties, juste à côté du couloire liturgique qui sert à filtrer le vin avant la consécration. Chaque notice précise l’usage, en donne l’historique, fait état des évolutions liturgiques, des changements de nom, de formes et de matières. C’est un monde à la fois défunt, poussiéreux et vivant qui s’élève des pages qu’on tourne, un monde où le prêtre pauvre ou bien organisé pouvait saisir son ciboire-chrismatoire pour emporter d’un coup les hosties consacrées et les saintes huiles. Ce vocabulaire typologique du patrimoine catholique permet d’envisager d’autres inventaires et d’esquisser d’autres typologies, et ce n’est pas son moindre mérite même si ce n’est pas son objet.

 

Sous la direction d’Isabelle Duhau, Catholicisme. Vocabulaire typologique du patrimoine, en deux volumes. Éditions du patrimoine, 2026, 1002 pages, 120 €

 

Illustration : Reliquaire de crâne de saint Victurnien, Henri Nesme, 1er quart du XXe siècle, église Saint Victurnien, Saint-Victurnien (Haute-Vienne). © Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel / Philippe Rivière

 


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