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Bernard Charbonneau, le vrai précurseur du « Grand remplacement » : L’homme est sa Grande Mue

Pourquoi ce qui vaudrait intrinsèquement pour la nature ne vaudrait pas intrinsèquement et uniment pour l’homme ? C’est ainsi que l’écologie « politique » apparaît tout à la fois comme une aporie et un non-sens quand elle prétend congédier l’homme (de préférence « à » ou « de » « droite ») de la nature au motif qu’il serait le principal artisan de sa destruction.

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Bernard Charbonneau, le vrai précurseur du « Grand remplacement » : L’homme est sa Grande Mue

Mais ce chiasme conceptuel ne serait rien si cette écologie ne portait en elle la plus insoluble des contradictions : l’ignorance des limites ou, plutôt, la variabilité d’icelles, afin que le réel continue de rentrer dans les cadres préconçus de l’idéologie de confort (intellectuel). C’est ainsi que l’on fustige, à bon droit, le tourisme de masse – sinon même le « surtourisme » – mais que l’on vante, promeut et encourage l’immigration de masse. Car, de ces deux figures, entre le touriste et le « migrant », cette dernière bénéficie seule d’une mansuétude sans limite, quasi énamourée, les chantres de l’écologie « politique » ne semblant pas saisir (volontairement ou débilement) l’incohérence pourtant manifeste d’un propos hémiplégique consistant à dénoncer partiellement les conséquences anthropolo-écologiques du déracinement (temporaire ou « durable ») et de sa transplantation corrélative. Cette imposture de la modernité, portée haut et fier par une certaine gauche activiste, ratifie en la couvrant de son autorité morale les grands élans progressistes, toujours plus destructeurs (de l’homme en/et son milieu), de ce que Bernard Charbonneau (1910-1996) avait lumineusement dénommé la « Grande Mue ». Ce phénomène est caractéristique de ce que l’on doit qualifier d’ère anthropocène, laquelle correspond, a minima, aux transformations de l’homme sur lui-même et sur son milieu, ce sur une période relativement courte à l’échelle de l’humanité. À suivre Jean Vioulac, ce concept s’est aujourd’hui imposé pour désigner une époque au cours de laquelle l’humanité est devenue une puissance globale en mesure d’affecter l’écosystème terrestre (Métaphysique de l’anthropocène I. Nihilisme et totalitarisme, 2023). Précisément, cette « Grande Mue » décrit une période qui débute à la fin du XIXe siècle et s’étend jusqu’à aujourd’hui. Dans la langue de Charbonneau, le syntagme va bien au-delà du « simple » épisode de la révolution industrielle qui a subsumé et engrené une grande partie de l’Europe occidentale. Le machinisme n’est en effet qu’une des multiples manifestations de la Grande Mue et ne se réduit pas à elle. Avec ce concept de Grande Mue, nous touchons une réalité effrayante, aux accents de cauchemar les yeux ouverts. Pour bien la saisir, nous risquerons cette non moins saisissante métaphore : la mue adolescente. Lorsque l’adolescence opère sa mue – c’est même ce qui caractérise en propre cette période d’entre-deux âges –, cette transition physiologique prend une direction incoercible à laquelle nul enfant ne peut échapper et sans laquelle nul adulte ne peut advenir.

La technique comme la plus grande catastrophe écologique

Avec la mue adolescente, tout se transforme dans ce corps en mutation profonde, aux prises avec un séisme hormonal dont l’ampleur de magnitude peut s’avérer plus que décisive dans la vie du futur adulte. La Grande Mue opère à l’échelle plus grande des sociétés humaines ce que la mue réalise physiquement et psychiquement chez les pubères : un bouleversement incontrôlable, irrésistible et irréversible. La Grande Mue est ce mouvement cinétique qui emporte l’humanité « par la force des choses » ; rien ne peut humainement – encore moins techniquement – l’arrêter et l’on est condamné à subir son joug et à vivre – ou survivre – selon sa loi implacable. Disciple de Charbonneau, Daniel Cérézuelle observe que « Charbonneau a recours à cette notion de mue pour désigner un processus de transformation qui est fondamental, en ce sens qu’il affecte non seulement tel ou tel aspect de l’organisation de la société mais aussi la condition humaine dans son ensemble. On peut dire qu’il a la conviction d’assister à l’émergence d’une nouvelle civilisation humaine, phénomène qui par son ampleur et ses conséquences est comparable à ce que les historiens appellent la « révolution du néolithique » qui a résulté de l’invention des techniques agricoles. ». Ne perdons pas de vue que Charbonneau tenait la perte de liberté de l’homme résultant de l’usage de la technique comme la plus grande catastrophe écologique qui soit. De la technique, son avancée inexorable comme sa prétention à se substituer à l’intelligence de l’homme – pas seulement cérébrale, mais aussi celle de la main – en font un « esprit ». Or celui-ci s’est désencastré de l’homme. Telle est l’essence de la Grande Mue résidant dans la désincarnation absolue de l’esprit. « L’homme est un animal qui rêve de liberté mais ne la supporte pas », déplore Charbonneau. Ce faisant, l’humanité engendre les conditions mortifères de sa propre cécité, autre nom de la honte (jadis orgueil humain) prométhéenne décrite par Günther Anders. La Grande Mue « dépasse notre entendement ». « Elle se dresse à notre horizon comme une montagne avec l’énorme stupidité de l’évidence. […] Elle englobe la Terre, et pourtant elle est ici à chaque instant : dans cette ville et cette rue de tous les jours. Or l’homme est presbyte, il ne voit pas ce qui est trop énorme et qui le touche de près. […] Pour en avoir une vue, il faudrait du recul, et nous vivons en lui comme autrefois dans l’immuable nature. » (Le Système et le chaos, 1973). C’est dire que nous sommes devenus nous-mêmes la Grande Mue : remplaçants et remplacés. Et il est trop tard pour faire machine arrière…

 


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