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Jacques II, roi tragique

Cet ouvrage de Bertrand de Ramondy est un véritable feu d’artifice. On sort de chaque chapitre essoufflé tant le style au tournant de chaque page tient le lecteur en haleine sur la tragédie d’un roi d’Angleterre dépossédé de son trône à la fin XVIIe siècle pour avoir osé entreprendre de recatholiciser son royaume.

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Jacques II, roi tragique

Récit de nature épique, bien souvent impétueux à la manière de Bossuet. Picaresque par sa liberté de ton, laissant croire que l’auteur est assis à côté de vous pour deviser sur les soubresauts de l’histoire. Un tantinet rabelaisien par la cascade de substantifs qualifiant ce personnage peu recommandable qu’était Guillaume d’Orange. Plutôt ironique et mordant vis-à-vis des démolisseurs de la vieille Angleterre, Henri VIII le Tudor et Olivier Cromwell. On se régalera du portrait du duc de Marlborough, ami d’enfance de Jacques II, le trahissant au moment fatidique, provoquant de facto sa chute sans le moindre remords, bref le prototype d’un coup tordu à la britannique. On reste ébloui par ce vagabondage historique, littéraire, philosophique, religieux, politique et parfois poétique. Chacun trouvera au fil des pages des motifs de jubilation ou de méditation, découvrant ici et là une observation, un jugement, une fulgurance correspondant à ses propres réflexions sans jamais avoir osé les exprimer avec une telle force de conviction.

Dans des pages qui font feu de tout bois, de nombreuses citations émaillent de façon pertinente ce récit au souffle énergique et coloré. Pascal, Bossuet, Châteaubriand, Racine, La Fontaine, Machiavel, Chesterton, Shakespeare et bien d’autres apportent leur contribution pour la plus grande joie du lecteur.

Vous l’aurez compris, nous sommes loin, bien loin de sentiers battus. Sans être un ouvrage strictement historiographique sur la fin de règne de Jacques II d’Angleterre, on apprend bien des choses sur la dynastie Stuart, sur l’histoire entremêlée des royaumes d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, sur le catholicisme britannique, la conversion de Jacques II, son long exil en France, la domination drastique de l’anglicanisme insulaire, l’audace indomptable qui habite l’âme aventureuse des peuples celtes indéfectiblement liés à la grande épopée des Stuart. On comprend mieux pourquoi l’Angleterre, à l’image du rutilant Henri VIII, a depuis longtemps choisi de faire bande à part en prenant toujours plus ses distances avec l’Europe continentale et la latinité.

Mais le plus remarquable dans ce récit littéraire aux accents mousquetaires réside dans une défense et illustration des valeurs souveraines qui font la pérennité et la force de toute société. L’argumentation est habilement distillée à travers d’imaginaires dialogues entre les différents acteurs, l’auteur leur prêtant parfois par ce biais ses propres convictions. C’est d’ailleurs ainsi que Molière procédait. Mais ici il ne s’agit pas de comédie. Il s’agit d’une tragédie de l’histoire qui se termine mal pour les droits légitimes d’un roi catholique appelé à régner sur un peuple gagné au protestantisme. Louis XIV, se souvenant que Jacques II était le petit fils d’Henri IV, tentera d’atténuer la cruauté de son sort en l’accueillant sur la terre de France. Aussi le premier contrecoup de la perte du trône de Jacques II fut le crépuscule de la monarchie des Stuart sur le sol d’Angleterre. Le second contrecoup fut la rupture du lien franco-anglais établi patiemment par Richelieu dès l’an 1625 en concevant le mariage de la princesse Henriette-Marie, sœur de Louis XIII, avec Charles Ier d’Angleterre, instituant par ce geste que le sang des Bourbon coulerait désormais dans les veines des Stuart. 600 ans d’inimitié. 60 ans d’amitié. En cette fin du XVIIe siècle, tout est en place pour rouvrir les plaies du grand duel ancestral entre deux frères ennemis. L’Angleterre allait s’inscrire comme le pivot de vastes coalitions contre la France et ce jusqu’au XIXe siècle.

Sur ces terres endiablées de Britannia, nul plus que Jacques II n’aura été traîné dans la boue et agoni d’injures. L’heure n’a-t-elle pas sonné de réhabiliter un roi qui, en dépit d’hésitations et d’erreurs de jugement aux moments décisifs, fit plus d’une fois montre d’un sacré tonus pour s’insurger contre la décrépitude des principes souverains qu’une élite implacable voulait fouler aux pieds.

Bertrand de Ramondy, Jacques II d’Angleterre, la tragédie d’un Stuart. Éditions Godefroy de Bouillon, 2025, 370 p., 35 €

 


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