Civilisation
Un festin royal et symphonique
La collection Château de Versailles Spectacles ressuscite la splendeur orchestrale des mariages princiers du XVIIIe siècle.
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En Poësie, les oiseaux volent comme des âmes…
Enflammé par l’éclat de tes yeux impérieux
Je sonnerai sonnet, forgé selon tes vœux !
Sera-t-il régulier, ronflotant comme un poêle ?
Sera-t-il insolent, joyeux jusqu’à la moelle ?
Faudra-t-il à tout prix avoir l’air malheureux
Comme l’inconsolé, si veuf, si ténébreux ?
Verlaine titubant, du gros temps dans la voile
Doit-il me traverser ? Non, poëte, toi, le
Patient enlumineur, le tapissier des mots,
Gorge-toi de soleils, crains la raison des sots,
Vénère les anciens mais accepte l’errance,
Sonne l’amour, la mort, tout l’enfer et le ciel
Que tu peux récolter à grand’peine et souffrance,
Et que ton vrai jardin demeure le réel !
Que le piano s’épanche goutte à goutte, et que se lève le délire dionysiaque, le délire scandé, le délire brandi au milieu des thyrses et des bras levés, spiralés de pampres rouges ! Mais le piano décidément s’enchante : alors, électrisons-nous de l’insupportable et délicieuse tension des notes qui se posent, noires ou blanches, en neige parabolique ou en fruits étrangement chromatiques, gaulés par on ne sait quel maraudeur des vergers du ciel ! Ciel, ciel, que ce mot recèle d’amour, d’éblouissements, de chutes et de douceur, sans compter l’enivrante et tonique fierté des altitudes ! Je ne compte pas non plus (car on ne compte pas, perdu dans la beauté profuse et multiple du délire sacré), la gloire déchirante, le cri somptueusement déclinant des soirs limpides, où l’on meurt un peu de précieuse ivresse et d’angoisse exquise…
Mais place à l’autre délire, qui survient plus tard, lorsque les feux couvent ou s’éteignent, que, furtive et soyeuse, la lune vient raser les toits puis s’embusquer derrière les branches ébahies des hêtres de lisière. À ce moment, le cœur se livre et se délivre et joue au ludion inspiré entre étoile et rosée, goulûment se soûle de liqueur bleu-vert-argent, secoue comme castagnettes les sanglots suaves répandus dans les prés tintinnabulants de crapauds laudateurs… Et soudain, c’en est trop ! Ton corps, ta tête et ton cœur éclatent en mille morceaux de lumière, en mille fusées pétaradantes, tandis qu’une cosmique fanfare se lève sur les bois, les étangs de brume, les collines de lait, les cimes extasiées, le ciel habillé de cuivre noir, de vent stellaire, et de galactique vertige…
C’est après ce magnifique désordre qu’advient parfois l’heure du mufle et du souffle rauque, l’heure des monstres gluants, l’heure des bulles noires qui crèvent, l’heure de la sollicitation blême et oblique, l’heure de la litière fumante et menteuse. Ami, c’est que le temps du délire est passé, et l’heure qui sonne est celle d’un autre cadran, celle du miserere, l’heure de la tendresse de Dieu !
Illustration : Gravure de Claude Melin, tirée de la série du Traité de l’harmonie de Jean-Philippe Rameau.
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