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Retrouver la France : Entretien avec Stanislas Berton

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Retrouver la France : Entretien avec Stanislas Berton

Propos recueillis par Henri Baclet

Stanislas Berton, pouvez-vous vous présenter et nous dire quel est le chemin intellectuel et spirituel qui vous a conduit à votre engagement ainsi qu’à l’écriture de vos livres ?

Ancien créateur d’entreprise enraciné dans sa Lorraine natale, j’ai pris conscience, il y a quelques années, des périls immenses qui menaçaient notre pays et compris que ce qui allait se jouer au cours des décennies à venir n’était rien de moins que le destin de la France et l’avenir de notre peuple. J’ai donc décidé de consacrer toute mon énergie à ce combat qui a pris, dans un premier temps, la forme de cette « trilogie française ».

En 2018, vous avez publié votre premier livre Être Français : lettre à ma sœur qui est une véritable déclaration d’amour à la France et à sa culture. Comment est né ce livre et pourquoi l’avez-vous écrit ?

Ce livre est né d’une conversation avec ma jeune sœur qui, expatriée, me disait ne plus se sentir française et davantage « citoyenne du monde ». Suite à cet échange, mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai écrit ce livre pratiquement d’un seul jet. À travers ce livre, j’ai surtout voulu parler à tous ces Français qui ne se sentent plus français, qui ne savent plus ce qu’être français veut dire et qui ont oublié le trésor unique dont ils sont les héritiers et les dépositaires.

Dans ce livre vous rappelez que tous les grands peuples ont en commun de se considérer comme « élus » et vous déplorez que la France a cessé de croire en elle-même au point de ne plus se considérer que comme une « puissance moyenne ».

Absolument, et c’est là que se trouve la racine de tous nos maux. Si la France a pu avoir l’histoire qui est la sienne, c’est parce que le peuple français fut, pendant des siècles, convaincu de son élection, une alliance divine scellée par le baptême de Clovis qui faisait du Roi de France le « lieutenant de Dieu sur terre ». Ce que nous vivons aujourd’hui est la conséquence directe de la rupture de cette alliance : la France est sortie de l’histoire et les traîtres qui nous gouvernent ont acté, voire encouragé son effacement en tant que puissance.

Fort bien, mais comment un pays comme la France pourrait-il aujourd’hui peser face à des géants comme les États-Unis ou la Chine ?

Cet argument n’est que l’excuse que se donnent les peuples fatigués qui « n’ont plus la force de se tenir debout et qui se couchent pour mourir ». Ce qui compte, c’est avant tout la volonté comme en témoigne l’exemple de la Chine, qui est passée en l’espace d’un demi-siècle du statut de pays arriéré et occupé à celui de deuxième puissance mondiale ! Ou celui d’Israël, « petite » nation qui malgré sa jeunesse parvient pourtant à exercer une influence considérable sur les affaires du monde. En réalité, la grandeur n’est pas une question de taille et je tiens par ailleurs à signaler que dans le monde qui vient, la masse va être un inconvénient plutôt qu’un avantage : la Chine et les États-Unis sont déjà morts mais ils ne le savent pas encore !

Dans votre deuxième livre, L’Homme et la Cité, vous abordez justement à travers plusieurs essais économiques des thèmes très rarement abordés qui sont ceux de la contraction énergétique, de la fin de la croissance et de l’épuisement des ressources naturelles. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Il est essentiel de comprendre que la croissance des deux derniers siècles est une anomalie économique et historique qui repose sur l’exploitation massive des énergies fossiles, charbon puis pétrole, ainsi que sur celles des ressources naturelles. Tous les géologues savent que les ressources les plus abondantes et faciles d’accès sont toujours celles exploitées en premier et tous les physiciens savent qu’aucun système ne peut connaître une croissance continue et infinie. Pour résumer la situation de façon un peu brutale : nos stocks sont épuisés ou ont atteint des seuils de rentabilité économiquement non viables, une réalité parfaitement mesurée via un indicateur méconnu qui est le Taux de Rendement Energétique (TRE ou EROI en anglais).

Vous voulez dire qu’il est inutile de placer nos espoirs dans le développement durable ou « la croissance verte » ?

Ces termes si prisés par les journalistes ou les politiques ne correspondent à aucune réalité physique et servent à masquer cette vérité dérangeante qui est celle de la fin de la croissance et l’épuisement des ressources. En ce qui concerne les énergies dites renouvelables, il suffit de calculer les tonnes de cuivre ou de terres rares nécessaires pour accomplir cette « transition énergétique » pour se rendre compte de la supercherie. En réalité, à travers cette contraction énergétique, l’homme du XXIe siècle se retrouve confronté à la seule chose qui lui absolument insupportable : le retour des limites.

Dans votre dernier livre, La France retrouvée, vous affirmez que la destruction de la France et de la civilisation occidentale est le fruit d’un groupe que vous appelez les mondialistes. Êtes-vous complotiste ?

Je suis surtout un lecteur de Baudelaire qui nous avertit que la plus grande ruse du diable est de nous faire croire qu’il n’existe pas. Cette destruction de notre pays n’est pas le fruit du hasard, de l’incompétence ou de la bêtise mais procède d’un plan porté par une minorité qui a su s’emparer de tous les leviers critiques du pouvoir : université, justice, finance, medias… Sous couvert d’égalité, de rationalité et de progrès, cette minorité d’idéologues a créé un système totalitaire qui a pour but d’arracher les français à leurs identités et à leurs racines pour en faire des hommes « nouveaux » condamnés à errer sur le champ de ruines d’un monde en contraction !

Au-delà de la trahison des élites, notre société ne souffre-t-elle pas d’une perte de sens, d’un rejet de la transcendance, du refus de toute limite et de toute hiérarchie ?

Vous avez absolument raison. Sauver la France passe par une profonde rénovation spirituelle et par la remise en cause de tous les dogmes de cette modernité qui se trouve aujourd’hui à bout de souffle. Il ne vous aura pas échappé que, dans la première partie de La France retrouvée, je détaille longuement les causes profondes et notamment spirituelles de notre effondrement tout en proposant, dans la seconde partie, des mesures très concrètes, pour y répondre.

Justement, dans cette dernière partie de La France retrouvée, qui est pratiquement un programme politique, vous proposez une réforme profonde de nos institutions ainsi qu’un ensemble de mesures pour le moins radicales comme, par exemple, la restauration du statut de chef de famille supprimé en 1970, n’êtes-vous pas utopique ?

Pas du tout, je suis au contraire quelqu’un de très pragmatique qui a pris conscience que nous sommes en train de vivre un moment historique de rupture et que seul un changement radical de paradigme peut nous aider à surmonter les défis immenses auxquels notre pays doit faire face. En temps de crise structurelle comme celle que nous traversons, la pire politique est celle de la demi-mesure et je suis convaincu, qu’au fond d’eux-mêmes, les Français le savent mais qu’ils attendent les dirigeants capables de leur proposer un véritable projet de rupture.

La France retrouvée se termine par la phrase de saint Mathieu : « Aux hommes, cela est impossible mais à Dieu, tout est possible » : ora et labora ?

La France ne pourra être sauvée que si les Français placent à nouveau leur confiance en Dieu mais également si chacun, à son niveau et selon ses capacités, refuse de se résigner et jette toutes ses forces dans la bataille. La France possède tous les atouts pour ressurgir triomphante de l’abîme dans lequel la trahison de ses chefs l’a plongée mais pour cela, les Français doivent retrouver confiance en eux, sortir de la passivité pour entrer dans l’action et surtout arrêter de jouer selon des règles qui ont été fixées par leurs adversaires.

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