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Périscolaire parisien : P comme pédophilie, pétaudière, pédalage…

C’est un des aspects amusants du débat politique contemporain : quand on décide de réduire à néant la légitimité de l’adversaire, et de ses idées, et de rendre vain tout débat, on l’accuse d’être pédophile, ou complice de pédophilie.

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Périscolaire parisien : P comme pédophilie, pétaudière, pédalage…

Certains à droite ont longtemps accusé, avec plus ou moins de conviction, mais parfois non sans raison, l’esprit 68, ses zélateurs et ses cadres – nous ne donnerons pas de noms –, la gauche libertaire et ses lois sociétales. Puis la gauche catholique et la gauche laïque ont ainsi attaqué l’Église catholique, ses mouvements de jeunesse et ses écoles, la domination masculine et la hiérarchie cléricale, on a estimé au doigt levé quelques centaines de milliers de victimes, on a créé puis supprimé des commissions nationales, la renommée de Notre-Dame de Bétharram s’est étendue au-delà de la bourgeoisie du Sud-Ouest. Aux ÉtatsUnis, les tenants du « Pizzagate » et de QAnon ont vu dans l’affaire Epstein la confirmation de la corruption absolue des élites. Les actrices ont rappelé avec #MeToo qu’elles avaient commencé jeunes. Il n’y avait pas de raison que l’école publique demeurât à l’abri. L’exploitation politique n’empêche pas l’existence des faits évoqués. Mais le fait divers le plus scandaleux ne révèle, et souvent à la fin, que quelques pauvres individus. Parmi les 14 000 animateurs, il y eut, cette année, 78 suspensions, dont 31 sur des présomptions d’agression sexuelle. Le premier procès, à huis clos, a montré des gestes déplacés, des attouchements, et le procureur a requis une peine avec sursis. Un coup de filet, médiatisé, s’est soldé par l’arrestation de deux animateurs. Onze procédures sont en cours. Un autre procès en correctionnelle vient de commencer : il est aussi question d’attouchements, plus sordides encore. Mais pour les agressions sexuelles pédophiles comme beaucoup des autres agressions sexuelles, c’est à la fin parole contre parole ; et encore, pour les plus petits, il y a à peine une parole, quelques mots qu’il faut interpréter, des angoisses, des énurésies, des cauchemars. Face à cela, l’accusé a beau jeu de nier, a-t-il fait autre chose que toucher des enfants et jusqu’à quel point peut-on les toucher, ne pas les toucher, d’autant qu’ils sont petits. Et peut-être est-il innocent, même si les enfants sont malades et angoissés, même s’il n’est pas sympathique et que l’on se demande comment il s’est retrouvé là, comme animateur, parmi les petits enfants.

Pédagogie dogmatique et rythmes scolaires

Mais si le scandale éclate surtout dans le Paris d’Anne Hidalgo, ce n’est pas par hasard, ni parce que les journalistes sont méchants et réactionnaires, comme ceux de Politique Magazine. C’est que, treize ans plus tôt, la municipalité socialiste s’est lancée avec enthousiasme dans la réforme éducative des ministres socialistes de l’Éducation nationale, Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem : la réforme des rythmes scolaires. Car pour ces vrais pédagogues, l’échec de l’école à supprimer les inégalités sociales, mais aussi désormais à faire lire, écrire, compter, ne s’explique pas par la réalité du monde – les parents éduquent leurs enfants, inégalement –, ni par la succession des réformes progressistes – lecture globale, presque suppression de la mémorisation, de la vraie dictée, des tables de multiplication, passage systématique dans la classe supérieure et au collège unique. Ces réformes progressistes ne se discutent pas, et d’ailleurs la science est là pour attribuer génialement les différents échecs de l’école à une cause simple : une journée de travail trop longue. La solution est simple, également, il convient de raboter cette journée d’une heure si possible ; on remplace donc à midi ou en fin de journée les instituteurs-professeurs des écoles par des animateurs. Et cela vaut pour les écoles primaires comme pour les écoles maternelles, où les tâches intellectuelles n’étaient pourtant pas épuisantes. Mais quand la logique dogmatique coïncide avec la logique administrative… Les maires ruraux constatent que c’est impossible, les maires de droite protestent, les instituteurs sont mécontents, les ministres partent, et l’on revient au statu quo ante, sauf à Paris qui se veut à l’avant-garde de la modernité pédagogique. Dans la capitale, deux journées par semaine, les animateurs, formés au sport, à la musique peu classique, aux arts divers, continuent de remplacer en milieu d’après-midi les enseignants dans leur classe ; ce sont pour beaucoup des travailleurs précaires, sans formation spécifique à la petite enfance, mais il y a pénurie de candidats. De surcroît, comme les directeurs d’école ne sont pas choisis par la mairie, on leur a retiré l’encadrement des animateurs, pour le confier à des responsables au niveau de la mairie d’arrondissement, qui surveillent vaguement les associations qui, contre subvention, fournissent les animateurs.

Pétaudière, l’incurie municipale à la parisienne

Le dogmatisme parisien n’est pas affaire de climat ou d’esprit, il a des racines profondes. Paris est une très grande commune, longtemps administrée par un préfet comme un service de l’État. Après 1977, les élus gaullistes issus de la haute fonction publique de l’État ont su la diriger ; après 2001, les élus socialistes ont eu plus de mal. Ils ont donc recruté des cabinets pléthoriques formés de militants, ce qui a d’ailleurs servi d’armature à bon marché au parti. Tout ce beau monde s’est consacré à ce qu’il connaissait, les sujets militants et de communication, et a abandonné la gestion municipale à d’autres… ou à personne. La circulation, les transports en commun, l’entretien des espaces verts, la propreté, la gestion des finances, les rats, autant d’exemples de ce mélange de dogme, de pétitions de principe, d’excuses arrangeantes et de refus de voir le fonctionnement réel de la ville et comment vivent au quotidien ses habitants. Anne Hidalgo a été jusqu’à se féliciter de la diminution du nombre d’habitants de sa ville. Face à un problème dans une école, du plus petit– un animateur énervé non sans raison contre un enfant turbulent – au plus grave – un véritable pervers qui profite d’un large recrutement permanent –, le directeur, quand il est là, constate et pressent, mais il n’est pas le supérieur : il avertit un chef lointain, qu’il voit au mieux une fois par mois, dans une autre administration. Celui-ci parfois réagit, mais il n’est pas là, il n’a pas vu travailler l’individu, alors de quoi est-on sûr ? De toute façon, on n’a personne pour le remplacer, on déplace le problème, et l’animateur, dans une autre école. Et sans doute, on a un certain temps abreuvé de bonnes paroles les parents inquiets qui réussissaient à trouver un interlocuteur, et on a maîtrisé la communication : il a fallu douze ans, une campagne électorale et des élections pour qu’il y ait scandale ! Le parquet semble soudain préoccupé et diligent, avec ses onze procédures. Le plus surprenant n’est pas le scandale, on a vu qu’il s’explique trop bien, mais qu’il se produise si tard. Est-ce l’attention médiatique, qui est capricieuse, ou le succès des services de communication de la Ville, ce qui mériterait en ce cas d’être longtemps étudié dans les cours de communication, comme un véritable cas d’école. Une chose est sûre, on n’a pas observé d’élévation du niveau scolaire des élèves parisiens. Pédalage dans la semoule Les élections ont eu lieu, la majorité de gauche a été sauvée. Le nouveau maire, Emmanuel Grégoire, a déclaré : « Je veux dire aux parents qu’ils doivent avoir confiance en leur école ». Il a dit qu’il préférait être « injuste vis à vis des agents plutôt que de prendre le moindre risque vis à vis des enfants ». Il a évoqué au Conseil de Paris une dépense de vingt millions d’euros, assurant que le règlement du problème était « son absolue priorité ». Il a annoncé une « convention citoyenne sur la protection et les temps des enfants à l’école ». En attendant, il restait « favorable à la semaine de quatre jours et demi », « dans le sens des recommandations des scientifiques », « mais organisés de façon différente ». On a changé d’adjoint aux affaires scolaires : c’est Madame Anne-Claire Boux qui aura charge de s’occuper des petits Parisiens. Son curriculum vitae atteste de sa compétence : elle est ingénieur spécialisé dans le secteur de l’éolien. Saura-t-elle brasser autre chose que du vent ?

 

Photo poitevin de M : Emmanuel Grégoire, maire en lutte.

 


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