Si les abscisses et les ordonnées sont essentielles en matière de statistiques pour former de beaux graphiques d’analyses et de tendances, force est de constater qu’appliquées à la vie, les courbes un peu trop horizontales ne rendent pas très heureux.
À l’heure où nos entreprises se glorifient d’être LGBTQ+++ compatibles et proposent des petits déjeuners sur le thème « comment travailler avec une personne homosexuelle » (véridique), te faisant penser que nous sommes perpétuellement un 1er avril, à l’heure où les lycéens vocifèrent pour avoir le droit au portable, à leur sweat capuche ou à dormir en cours, où ton voisin de palier qui ne fout rien de ses journées s’insurge contre le grand patronat et pense faire œuvre de charité en se syndiquant pour sauver ses fesses, où la moindre remarque à l’un de tes collaborateurs au bureau te fait passer des nuits blanches par crainte de l’arrêt maladie ou de la menace de l’avoir harcelé, où tu es rappelé à l’ordre pour avoir parlé politique (de droite) ou religion (catholique) – toutes choses assez plates.
Malheureux es-tu, Ô pauvre réactionnaire, nostalgique et juste bon à cotiser qui ne fais pas partie de ces délicieuses catégories qui, étant par nature victimaires, te font de facto passer dans la catégorie des affreux dominants !
Toi qui prônes avec panache et non moins de bravoure des choses un peu élevées comme la saveur du bien commun, le goût de l’effort, le sens des responsabilités, un soupçon de transcendance, le respect de l’autorité, la quête de vérité, la recherche d’excellence et la méritocratie, le dévouement, la transmission, que n’as-tu pas dit, vilain bougre ! piètre luron ! tout juste bon à être jeté au cachot et à recevoir des avanies en pagaille, inversement proportionnelles aux louanges et attentions portées à nos pauvres hères qui n’exultent que dans la satisfaction tirée de leurs souffrances revendiquées et entendues.
Il n’est pas nécessaire d’être un grand mathématicien ni un génie (quoique) pour constater que la coordonnée, qui est ce petit point qui permet de positionner le curseur dans le système de repérage, tend plus vers le bas de la feuille et ses abysses que vers le haut du panier et le goût de l’ordre.
So what ou what else ? dirait Monsieur le représentant du café en capsule.
Si encore la société suintait le bonheur et exsudait la joie de vivre, affichait une sérénité lénifiante, ressuscitait les dépressifs et guérissait les écrouelles, se targuait d’institutions florissantes et d’une justice apaisée, si encore le vegan n’avalait pas son tofu de travers en croisant un journaliste de CNews ou si le conducteur d’un SUV n’avait pas envie d’embrocher le cadre en sac à dos qui enfourche sa bicyclette de bon matin en pensant sauver la planète, peut-être qu’effectivement l’emplacement de la coordonnée sur la carte aurait aussi peu d’importance dans l’esprit collectif qu’un discours de Manu.
Mais lorsqu’on voit que la maison brûle de tous les côtés, que Madame Michu considère ne pas travailler dans de bonnes conditions si son fauteuil de bureau ne s’incline pas ou que le savon des toilettes râpe les mains, que certains amis de vos enfants vous traitent de blanc colonialiste droit dans les yeux parce que vous leur dites que non, Notre-Dame de Paris n’a pas été érigée par des migrants, que rappeler qu’arriver à l’heure à une réunion le matin relève de l’acte d’héroïsme, et que la seule option présentée par nos politiques pour obtenir la paix sociale, c’est la rustine et le pansement à l’effigie Hello Kitty, il est peut-être légitime de se demander s’il ne faudrait pas redonner un coup de perfusion aux valeurs de la ligne verticale qui, d’ordonnée d’appellation, tire également vers le haut.
Sache pauvre malheureux qui ne te reconnais plus dans ce monde hostile et fixes désespérément le nord en voyant la boussole s’affoler en tous sens, que Madame te comprend.
Madame pense que chacun peut bien s’agiter comme il veut mais que manifestement il est simple de comprendre que certaines pensées ont une visée plus haute, plus vraie, plus belle, et que si le champ de soja des adorateurs des abscisses peut bien côtoyer le parterre de fleur de lys des amoureux des ordonnées, il faut bien s’interroger sur laquelle des deux plantes mériterait de figurer sur le drapeau pour hisser toutes nos angoisses et nos droits personnels vers de plus grandes aspirations.
Alors vive les graphiques, mais n’oublions pas qu’un excès d’abscisses, c’est désordonné.
Ora et labora.
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