Même si ce sont eux qui tuent, qui frappent, qui cassent, qui provoquent et jettent partout le désordre, de l’université à la rue, des campus aux cités. Ils tiennent la société sous leur emprise, les quartiers, les villes et jusqu’aux villages. Ils règnent dans l’agitation continue, le chaos permanent, les heurts perpétuels, les règlements de comptes, les attaques ciblées, s’il le faut les embuscades et les assassinats. Police et gendarmerie, renseignements et hauts fonctionnaires encore lucides et courageux savent pertinemment comment ce système fonctionne. Mais le Président ne veut pas voir, ni son Premier ministre, ni son ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez qui minimise exprès la gravité de la situation, ni l’entourage des conseillers. Comme s’il existait des liens tacites, non explicites, mais bien réels, comme il y en a toujours eu, au moins sur un fond idéologique, depuis que la République existe, entre le gouvernement républicain en place et son aile gauche : une sorte de connivence, qui ne dit pas son nom, où le radical montagnard n’est à la fin combattu et abattu que pour la bonne raison qu’il rend par ses excès la République impossible, tout en étant par lui-même la logique même de cette République. Et, donc, il faut alors la rhabiller en ordre social bourgeois et lui redonner l’allure d’un paisible conservatisme où peuvent prospérer les ambitions politiques et les bonnes affaires. Il y aurait de ce point de vue à écrire une histoire vraie de la République depuis ses origines et qui serait singulièrement éclairante.
Mais de nos jours, l’affaire se corse : il se crée des liens qui n’existaient pas auparavant, des accords plus ou moins concertés, en fait, chez certains, sciemment voulus. La France insoumise de Mélenchon, avec tout son joli petit monde de Rima Hassan, de Mathilde Panot, de Manon Aubry, de Raphaël Arnault et toute la bande hurlante de l’Assemblée nationale couvre de sa représentativité républicaine tout un arrière-corps de bataille prêt à fonctionner avec elle, sur ses ordres et même au-delà de ses ordres, pour répondre aux besoins de sa politique, pas seulement les groupuscules comme la Jeune Garde, prétendument dissoute, mais toujours active et militante, mais encore et plus gravement toutes les ramifications dans les groupes islamistes et salafistes autour des Frères musulmans avec leur réseau de mosquées et d’associations sociales et sportives bien connues des services de police, et qui ont servi et serviront de plus en plus dans les campagnes électorales, comme ce fut le cas en Avignon lors de la campagne législative de Raphaël Arnault. Tout cet ensemble pratiquement non surveillé ou fort peu est libre d’agir à sa guise avec des chefs et des imams payés à cet effet, en particulier par l’Algérie. L’État français n’y voit rien à redire, et n’y peut mais. Là se trouve effectivement le problème de demain, aux municipales déjà comme on le verra très bientôt, plus encore aux présidentielles.
L’ennemi n’est qu’à droite
Eh bien, pour Macron, non, cet islamo-gauchisme n’existe pas, sauf à s’en servir pour balancer ses discours entre les extrêmes. Qui se souvient de la rencontre à Marseille en 2018 de Macron et de Mélenchon ? Ils avaient un accord fondamental au-delà de leurs divergences. Ils haïssaient l’un et l’autre, et en premier lieu, tout ce qui pouvait apparaître comme national et français, en l’occurrence le Rassemblement national, qui, de fait, fut leur ennemi commun à toutes les élections subséquentes, justifiant toutes les alliances du front républicain, dit l’arc républicain, y intégrant la prétendue droite elle-même. N’est-ce pas assez clair ? La question se pose dans les mêmes termes aujourd’hui. Et la macronie et, derrière elle, tout le centre ridiculement lâche, est prête à se jeter dans les bras de la France insoumise, oui, encore et encore !
Car l’ennemi pour les tenants de la République telle qu’elle fonctionne, n’est pas à gauche, sauf occasion de discours et de manœuvres récupératrices. L’ennemi n’est qu’à droite. Et la droite, ce n’est même pas le Rassemblement national qui évite d’ailleurs cette classification, c’est tout ce qui pourrait apparaître comme franchement national, à la fois traditionnel et moderne, résolument français, fermement pensé politiquement, économiquement, financièrement, socialement, en dépit de toutes les lois prétendument sociétales, bref, tout ce qui viserait à refaire de la France une grande nation, cette vraie grande nation qu’elle mérite d’être avec des familles fortes, des patrimoines solides, des professions et des métiers bien à elles, indépendante, souveraine, maîtresse de sa monnaie, de son économie, de ses finances, de ses techniques. Le rêve de tous les Français de France ! Et pour lequel, à la vérité, ils n’ont pas besoin de cette République d’apatrides et de canailles qui tiennent tous les leviers de la mécanique qui broie la France depuis si longtemps avec ses lois absurdes et destructrices.
Ainsi, donc, l’ennemi, pour nos gouvernants, ce n’est dans leur esprit que ce qu’ils appellent l’extrême droite, devenue l’ultra-droite, qui ne peut être que fasciste et nazie. C’est si facile et si vieux comme procédé dès l’après-guerre, et même dès l’avant-guerre. Être « Algérie française » sous De Gaulle, c’était être fasciste : des gens qui, pour la plupart, ne voulaient que le maintien de la souveraineté française avec tout ce qu’elle comportait comme ouvertures possibles.
Tous ces gens récitent bien leur leçon de catéchisme mondialiste
Mais les gens qui pensent autour de Macron – car il y en a – imaginent maintenant que ce fascisme renaissant serait relié à une internationale de la réaction. Jusqu’à présent, l’internationalisme était une conception de gauche ou un technocratisme financier et économique, quelquefois les deux « en même temps », comme dirait Macron, et comme est effectivement Macron, qui n’a jamais cru dans la France, sauf pour le système républicain qui lui a permis de parvenir au pouvoir. L’internationalisme de Macron, de Davos et des sbires qui tournent autour de Davos – Klaus Schwab, puis Borge Brende ont été tour à tour obligés de démissioner ! –, de Soros, de Bill Gates, d’Epstein, car c’était ça, cet immense trafic d’influence où se retrouvait et se compromettait tout ce beau monde de l’internationale de l’argent, du pouvoir, de la corruption et de la dégueulasserie pédocriminelle à la manière d’un Jean-Jacques Augier, le trésorier de campagne de Hollande, avec toute la bande du socialisme à la Jack Lang, cet internationalisme-là qui défraie ou plutôt devrait défrayer la chronique tant les compromissions sont nombreuses et énormes, est couvert d’un noble voile moral : tous ces gens récitent bien leur leçon de catéchisme mondialiste, juridico-individualiste et jouisseur où toutes les notions sont inversées, le mal appelé le bien, la mort appelée la vie, le mensonge la vérité.
Par un habile retournement, ce sont les artisans et partisans de cet internationalisme funeste qui s’avisent de dénoncer une internationale dite réactionnaire. Et ça marche. La presse officielle répercute la nouvelle dans toutes les directions. Oui, « l’Internationale réactionnaire », il faut le faire ! Parole du président Macron qui la dénonçait en janvier 2025. Son siège, à l’époque, d’après les dires macroniens, était aux États-Unis d’Amérique et se situait intellectuellement et surtout pratiquement entre Elon Musk et Donald Trump, deux hommes puissants, politiquement, socialement, financièrement, bien qu’ils fussent déjà séparés l’un de l’autre. Ils n’avaient ni l’un ni l’autre les mêmes vues ni les mêmes visées qu’Emmanuel Macron sur l’ordre international ni sur les critères de ce qu’il est convenu d’appeler l’État de droit. C’était encore plus vrai pour un Vance ou pour un Rubio qui sortaient en pleines réunions internationales des vérités dérangeantes, singulièrement sur l’Europe si chère à Macron.
Or, déjà, Macron voulait contrôler l’information et prenait le prétexte moral, au demeurant fort judicieux, des dérives des réseaux sociaux et des risques, de fait considérables, de la liberté d’accès à tout ce qui se trouve sur le net, y compris pour les mineurs et jusqu’aux plus jeunes enfants, pour mettre en garde et exiger des contrôles, des limitations législatives, des règles. Pourquoi pas ? Mais pourquoi ne pas dire la vérité ? Le souci moral n’est certes pas prioritaire chez Macron, lui qui, à 14 ans, commençait une liaison avec sa maîtresse d’école, de théâtre et, enfin, de lit, en cocufiant le père de ses copines d’école qui, semble-t-il, ne lui en ont jamais tenu rigueur.
L’ambassadeur américain sanctionné de manière minable et dérisoire
Ce qui tracassait le président, c’était bien plutôt la libre circulation de l’information, de toute information, en particulier des analyses critiques de ses propres conceptions sur la direction sociale et politique. Ce qui le motive, c’est sa situation personnelle qui se fragilise et la crainte qui le tarabuste d’avoir en 2027 l’obligation de remettre les clés de l’Élysée à un successeur qu’il n’ose envisager. Alors il est important pour lui, afin de disqualifier d’avance ce successeur, non seulement de le qualifier d’extrême droite, mais de préciser que cette extrême droite relève elle-même d’une internationale réactionnaire. Ce mot, il l’a utilisé à plusieurs reprises pour désigner une sorte de pieuvre qui étendrait ses tentacules à travers le monde, et qui serait la seule et vraie menace pour la démocratie, pour la France en tant que modèle républicain, pour l’Europe bien sûr, cette Europe dont il rêverait de détenir une direction, sinon la direction, mais plus encore, ajoute-t-il, pour l’équilibre international. Ainsi fait-il face à un complot. Contre lequel il doit lutter. D’autant plus que le siège de l’Internationale réactionnaire se déplace aussi et régulièrement en Russie, à Moscou. D’où la nécessité pour lui d’appeler au réarmement, de courir le monde, de faire des discours alarmistes, des sermons sur la vertu et le courage, de bâtir des contre-fronts, ce qui échoue avec la Chine, avec l’Afrique, mais peut réussir demain en Inde si la France livre à New Delhi toute sa technologie.
Et quant à l’intérieur du pays, il lui faut tout boucler. À l’avance ! Conseil constitutionnel, Conseil d’État, maintenant Cour des comptes, bientôt Banque de France, l’armée, la magistrature, les postes stratégiques. Tout le monde voit et comprend, mais personne ne sait jusqu’où une telle frénésie peut aller.
Alors, tout est théâtre. Meloni exprime-t-elle son inquiétude sur une extrême-gauche si puissante en France et dont l’Italie a eu tant de mal à se purger, la mitterrandie s’y opposant ? Aussitôt, Macron intervient, là-bas, en Inde, sans respecter aucun protocole, pour stigmatiser l’insolente Italienne. L’administration américaine s’étonne-t-elle de voir la France ainsi livrée aux bandes, elle qui sait de quoi il retourne. Aussitôt, le ministre des Affaires étrangères, le ridicule Jean-Noël Barrot, convoque l’ambassadeur des États-Unis en France, au Quai d’Orsay, pour ingérence et dénonce, bien sûr, « l’Internationale réactionnaire ». L’ambassadeur américain, Charles Kushner, ne se rend pas à cette insultante et grotesque convocation. Eh bien, le voilà sanctionné de manière minable et dérisoire : il n’a plus le droit d’accéder directement aux membres du gouvernement français. Il est sûr qu’il doit en être fâché ! Et maintenant, il ne reste plus qu’à attendre la suite. Macron, tel Picrochole, va développer son nouveau discours guerrier : « l’Internationale réactionnaire » n’a qu’à se bien tenir.
Illustration : Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, interdit à l’ambassadeur des États-Unis d’entrer en rapport avec les membres du gouvernement français. Il lutte contre l’Internationale réactionnaire. De quoi effrayer Donald Trump !
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