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Le mépris méprisé

Politique intérieure, politique extérieure, à force de s’imaginer au-dessus de tout et de tous, Macron est finalement lui-même dédaigné. Il aura fini de casser l’image de la France.

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Le mépris méprisé

Credit:Jacques Witt/SIPA/2302252100

Macron est en quête de prestige. Il en a besoin pour légitimer sa personne et, en conséquence, son action. Surtout en ce moment où elles sont contestées. Et de toutes parts. Dans l’opinion et, donc, dans la rue, avec ce qui va suivre le 7 mars et qui est loin d’être fini, quelle que soit la mobilisation effective de la population. Les temps deviennent durs ; et une bonne partie des Français n’en peut plus. La misère est là. L’inflation momentanée et légère – tellement moindre qu’ailleurs ! nous répète-t-on – n’est une réalité perçue que par Bercy, Matignon et l’Élysée. Demandez à la ménagère !

La réalité immédiatement perceptible aujourd’hui est que Macron est exécré dans la France profonde et dans la France dite périphérique ; un petit tour en province suffit pour s’en rendre compte. Plus personne n’a confiance en lui. Il n’est jamais bon pour un pays, surtout dans les circonstances actuelles, de vivre dans cette incompatibilité d’humeur entre celui qui revendique hautement d’être le chef et un peuple qui, dans son ensemble, sauf les catégories privilégiées, a le sentiment d’être négligé, inexistant. Une telle distorsion n’augure pas bien de l’avenir et pose, dans le cadre de nos institutions, un problème constitutionnel sérieux. Qu’on y songe : ni le président de la République, ni, dans la suite de cette élection, les assemblées dites représentatives, ni les organes de la puissance publique, ne représentent effectivement le peuple français ni ne sont en adéquation avec ses sentiments profonds. La Nupes et Renaissance ne sont que des ersatz de partis politiques, encore moins représentatifs du pays réel que les partis traditionnels. Et la Nupes remplit parfaitement son rôle de faire-valoir de la macronie, avec toute l’outrance nécessaire pour faire de Macron le monsieur « ordre établi ». La démocratie est un jeu de dupes. Le problème crucial de la non-représentativité du système, et qui ne pourra aboutir un jour qu’à une crise majeure, ne date pas d’aujourd’hui, certes, mais il s’aggrave avec le temps et les difficultés qui s’accumulent. Quid, demain ?

Macron détesté

Il y a une France qui ne supporte plus Macron. Et elle n’est pas anarchiste. Au contraire. Plus il joue au chef, plus il l’exaspère. Quoiqu’il fasse, c’est le refus systématique : toutes les catégories professionnelles sont vent debout face à un État qui décide de tout sans rien comprendre aux préoccupations des protagonistes : médecins, artisans, paysans, industriels… Ses arbitrages sont toujours foireux, sauf – et ce point doit être relevé – quand ils se situent dans un cadre décentralisé. Là les représentants de l’État remplissent leur rôle pour peu que les administrations centrales leur en laissent la liberté, ce qui est loin d’être toujours le cas. Mais ce fut le cas lors de la crise sanitaire.

Macron paye sa façon d’être, mais plus encore le fait que la politique, encore plus avec lui qu’avec ses prédécesseurs, n’est plus qu’une affaire de communication ; et, de même, la conquête, puis la gestion du pouvoir n’est plus qu’une entreprise de spécialistes adonnés à leurs seuls objectifs. Tous idéologiques. Plus de France réelle dont on nie même l’existence ; seulement des concours de pressions et de contre-pressions dont on sort vainqueur par l’habileté de l’instant. Il est dangereux pour un vieux pays comme la France d’en être arrivé à ce degré de déchéance, de bassesse comme de futilité politiques. Plus aucun sens de la grandeur, de la continuité historique, de l’héritage dont on assume l’actif comme le passif sans rechigner, sans vitupérer contre les pères.

Cette France que Macron a ignorée superbement, s’est sentie justement méprisée jusque dans son être même par ses comportements personnels. Elle a parfaitement compris que son attitude politique lui était dictée par sa conception puérilement vaniteuse du pouvoir. De telle sorte qu’il croit, plus encore que ses prédécesseurs, l’avoir à sa disposition, ce pouvoir, qui n’est plus considéré que comme un objet de convoitise, au lieu d’être un service ; et donc dans son imagination il le possède comme un butin, pour l’avoir conquis, d’abord par une habile surprise, puis, une seconde fois, par une intelligente duplicité. Tel est l’aboutissement de la constitution de la Ve République, tant vantée, mais à la vérité ces vices se trouvent à son origine pour qui veut bien y réfléchir.

Il n’est donc pas étonnant que Macron donne l’impression d’user du pouvoir comme d’une affaire à lui, dont il a, seul, la maîtrise, et qui doit se plier à ses impulsions au gré de ses choix du moment qui peuvent aussi bien relever de ses caprices que de ses illuminations de la veille qu’il avalise comme des certitudes. Car ce garçon ne sait rien de l’histoire longue, il n’a aucune connaissance empirique de la France, même s’il affecte de tout savoir et de parler de tout avec compétence ; il n’apprend jamais que dans des dossiers feuilletés nocturnement ou dans des fiches consultées à la hâte. Il n’est absolument pas fait pour être chef de l’État. Dans les heures difficiles que nous traversons, il devient dangereux de devoir s’en remettre à son jugement. Que représente pour Macron l’intérêt de la France et des Français qui dans son esprit, comme il l’a dit à plusieurs reprises, n’existe pas ? Il est permis de s’inquiéter d’une telle vacuité qui a, de plus, l’outrecuidance de s’estimer géniale !

L’irresponsabilité érigée en système

En fait, sa théorie n’est jamais que celle d’un parvenu friqué qui dissimule fric et arrogance sous l’apparente nécessité politique. Avec une idée si suffisante de lui-même qu’il ne peut la partager qu’avec un cercle d’initiés, rejoint par des bandes d’affidés ralliés à sa réussite personnelle. Car ce n’est que cela la macronie ! Dans la persuasion déterminante qu’il est fait, lui, Macron, pour changer les choses. Tout, y compris la France, qu’elle le veuille ou non ! Il ne s’agit donc pas de sauvegarder une nation, de défendre ses intérêts, de maintenir son peuple dans la durée, mais de façonner le futur du monde. Mais voilà : de pareilles perspectives peuvent se révéler fausses, de telles considérations peuvent être grosses de lourdes erreurs. Ce qui se passe depuis quelques décennies devrait inciter à mesurer les risques : le nucléaire où la négligence de l’État pour raison idéologique est tout simplement criminelle, EDF sacrifiée aux lubies européennes et écologistes, et instrumentalisée par les intérêts allemands, la Défense nationale, parent pauvre des investissements stratégiques et variable d’ajustement des budgets – la loi de programmation concoctée dernièrement pourra-t-elle compenser des retards inadmissibles ? –, la désindustrialisation qui, malgré les discours et quelques décisions disparates, continue à frapper en France chaque jour avec ses fermetures sans compensations et à déchirer le tissu social, l’agriculture pour qui aucun plan n’est vraiment adopté, sauf à technocratiser à outrance, l’Éducation en total désarroi, tout… Il y aurait de quoi compiler des tomes entiers, rien qu’avec les aveux qui s’expriment dans les commissions parlementaires, les rapports des autorités compétentes, les articles spécialisés. Gabegies, sottises stratégiques, crétineries politiciennes, trahison patentée, aux dires, hélas trop tardifs, des plus hauts responsables et même d’anciens ministres. Pauvre France ! Et elle doit continuer dans le même système d’irresponsabilité. Il paraît qu’il est impossible de faire autrement ! Chapeau ! La crétinerie est donc systématique, systémique pour parler le langage à la mode et doit être érigée en système de gouvernement. Tel est l’aphorisme qui résume notre politique.

Mais voici que vient le temps où de tels messages ne passeront plus. Macron pour son deuxième quinquennat affronte de plus en plus une matière rebelle. Pas plus que son absurde grand débat lors du premier quinquennat, ses logorrhées explicatives d’aujourd’hui et sa prétendue pédagogie infantilisante ne réussiront à le créditer d’un souci national qu’il n’a pas, ni à améliorer son image de petit bourgeois bouffi d’orgueil. Tous ses efforts ne serviront à rien. Pas plus que ses déambulations démagogiques dans le Salon de l’Agriculture ou ses rencontres-surprises avec les citoyens. Tout le monde comprend que ce n’est plus que de la communication. Il n’est qu’un aventurier de la politique. Personnage sur lequel tout a été dit et écrit.

Il se présente comme un sauveur. Le tour est classique. S’imaginer que le système puisse enfanter un sauveur est l’illusion indéfiniment caressée par toutes les générations. D’ailleurs, que sauve-t-il ? La France ? Ou le système ? La réponse est évidente. En substituant au mot France le mot République, il est facile pour les politiciens de créer l’ambiguïté qui leur permet d’assurer la continuité de leur système. Et Macron peut poursuivre l’exploitation de son fonds de commerce initial, progressisme et modernisme – ce sont des mots mais terribles dans leurs conséquences – étant les deux mamelles de sa politique avec ses lois – et ses pratiques – transgressives de toute morale, de toute justice, de toute anthropologie et même de toute ontologie, au rebours des fondements de notre civilisation.

Macron, un fantôme qui cherche à exister

Cependant Macron qui s’imaginait tout renouveler en France et dans le monde, s’aperçoit que sa renommée et son destin politique se trouvent intimement liés à la place réelle de la France dans le monde. À force de la dégrader par sa politique systématiquement antinationale, il a porté un sacré coup à sa propre image. Dire que la France n’est rien amène à penser que Macron n’est rien. Ni l’Allemagne, ni l’Italie, ni l’Europe, tant mythologisée par ses soins – et même après tant d’avanies –, ne se soucient de lui. C’est à peine s’il existe. Ses propositions sont écartées ou rejetées. Les USA où il est allé faire des courbettes, ne le consultent même plus. Tout est décidé en dehors de lui. Biden commande à Berlin – ce fut manifeste dans l’affaire des chars pour l’Ukraine –, installe sa direction européenne du commandement états-unien et otanien en Pologne et dans l’est européen pour mieux affirmer et conduire sa politique interventionniste en Ukraine… La France n’a plus qu’à suivre. Ce que fait Macron qui s’aperçoit qu’il n’a plus de moyens politiques à sa disposition, et que son armée n’est pas en état, malgré sa haute technicité et sa valeur humaine, de soutenir un engagement dit de haute intensité ! Dans l’affrontement qui se précise de jour en jour entre la Russie et l’Amérique, entre Poutine et Biden qui se répondent par discours interposés, avec un Zelenski qui est prêt à déclencher une confrontation mondialisée, Macron n’est plus qu’un fantôme traînant ses illusions. Avec des risques immenses qui se profilent.

Et le voilà, ayant tout raté en Afrique avec ses méthodes démago-modernistes et son incapacité à comprendre le continent africain, comme le montre régulièrement Bernard Lugan, qu’il s’imagine initier une politique nouvelle. Grand discours donc le 27 février, car Macron fait, comme d’habitude, comme devant les Ambassadeurs, dans le grand discours pour expliquer sa « géostratégie » d’élève attardé de l’ENA, où il parle de cap nouveau, de cycle, de comprendre autrement, d’évolution, de partenariat nouveau, d’écoute, de dialogue, d’investissement, d’aménagement, de restitution d’œuvres d’art… Le ridicule et le pompier des phrases cachent la seule réalité certaine : la France sous sa mandature a été éjectée d’Afrique, de son coin d’Afrique, certes que la politique républicaine – idiote, comme toujours, idéologique et en même temps cynique et prévaricatrice – avait fort mal pris en compte, mais qu’il a rebuté, lui, définitivement par sa prétention inadaptée aux réalités. C’est extrêmement grave et dommageable, quoi qu’on dise. Russes, Chinois s’empressent à notre place et les USA, comme les Allemands et les Britanniques, se réjouissent de voir la France coupée de l’Afrique : c’est leur politique depuis 1945.

Ne pouvant plus se rendre en Afrique de l’Ouest, Macron va courir au Gabon, en Angola, au Congo, en République démocratique du Congo. Il va parler à l’Afrique centrale. Pour quoi ? Dans quel but ? Pour retrouver son image perdue. Telle est sa politique aujourd’hui. Il ne peut plus en avoir d’autre. Tout lui échappe.

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Par Philippe Mesnard

J’ai souvent souligné la parenté profonde entre Macron et le pape François, tous les deux révolutionnaires, autoritaires et populistes : leurs constants appels à abandonner le vieux monde, le mépris dont ils accablent ceux qui refusent le changement, leurs manières roides de tancer les récalcitrants, enfin leurs constantes invocations au peuple, qui saurait seul ce qui est bon pour lui et qu’eux seuls sauraient écouter. Tout cela est frappant et constant.