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Geoffroy Lejeune : « Si ce livre peut pousser Zemmour à devenir président… »

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ENTRETIEN – Jeune rédacteur en chef politique à Valeurs actuelles, Geoffroy Lejeune signe, avec Une élection ordinaire (éditions Ring), un roman d’anticipation dans lequel Eric Zemmour accède à la présidence de la République en 2017. Un scénario dont rêve secrètement tout une partie de la droite nous explique l’auteur.

Votre livre est un coup éditorial remarquable. Comment avez-vous imaginé un tel scénario ?

Il est venu d’un fait réel. Apprenant que Philippe de Villiers, Patrick Buisson et Éric Zemmour déjeunaient ensemble très peu de temps après les attentats de Charlie hebdo, mon premier réflexe a été de penser à rédiger un article pour mon journal, Valeurs actuelles. Trois personnalités d’une droite libre et indépendante se retrouvant autour d’un repas : quel excellent sujet de papier ! J’ai donc enquêté pour savoir ce qu’ils s’étaient dit. C’est comme ça que j’ai su qu’ils avaient évoqué l’hypothèse d’une candidature de Zemmour à la magistrature suprême. En murissant l’idée, je me suis rendu compte que, non seulement l’histoire, mais aussi les enjeux de la droite actuelle, étaient réunis autour de cette table de restaurant : l’ancien candidat hors-système qui veut à nouveau peser car sa stratégie d’isolement n’a pas fonctionné ; l’ancien conseiller de Sarkozy, mis au ban du monde politico-médiatique, mais qui souhaite malgré tout continuer à se battre pour faire gagner ses idées ; et la nouvelle star de la droite, qui ne sait pas quoi faire aujourd’hui. Rapidement, j’ai su que je tenais le point de départ d’un roman et qu’il fallait imaginer la suite.

A vous lire, Zemmour incarne l’union des droites. Verra-t-on un jour émerger des alliances entre Les Républicains et le Front national ?

Zemmour incarne cette synthèse entre droite « classique » et « droite de la droite ». Il démontre un courage dans la défense de ses convictions qui manque au personnel de l’ex-UMP. D’un autre côté, il rassure, car il n’apparaît pas aussi sectaire que Marine Le Pen sur les questions économiques. Mais l’union des droites, au sens où on l’entend classiquement, qui verrait s’unir Les Républicains et le Front national, ne se fera jamais. D’un côté comme de l’autre, les états-majors y sont farouchement opposés. En revanche, cette synthèse existe déjà en partie dans les urnes. En effet, les enquêtes montrent qu’un pourcentage non négligeable de l’électorat de droite se reporte sur le FN si ce dernier est en position de gagner face à un candidat de gauche. La réciproque est partiellement vraie. Mais ces reports de voix tendent à diminuer. Ce qu’on observe aujourd’hui, c’est que l’électorat FN est désabusé par la droite et que, inversement, l’électorat de droite rechigne à donner un coup de pouce au FN à cause de ce que l’on appelle « la gauchisation du discours » de ses dirigeants. Les plus réfractaires sont les retraités, une catégorie de la population à même de faire basculer une élection. Mais jamais ceux-là ne voteront pour un parti qui semble focalisé sur la défense de la « classe ouvrière », prône la fin de l’euro et promeut la démondialisation !

Dans Une élection ordinaire, Marine Le Pen est d’ailleurs débordée sur sa droite par Éric Zemmour. Est-ce à dire que la « gauchisation » du discours du FN freine la progression du parti ?

Je le pense depuis longtemps, en fait depuis que Marine Le Pen a pris la tête du mouvement en 2011. Les derniers événements ont d’ailleurs montré qu’un certain nombre de cadres du parti ne se retrouvaient pas dans ce positionnement. Beaucoup ne comprennent pas que le programme économique soit aussi marqué à gauche et que la priorité soit donnée aux thématiques économiques au détriment de sujets beaucoup plus accrocheurs sur le plan électoral, comme l’immigration. A une question du Journal du dimanche sur le « grand remplacement », cette expression forgée par Renaud Camus à laquelle beaucoup de sympathisants frontiste adhèrent sans réserve, Marine Le Pen a répondu « ne pas soutenir les thèses complotistes »… C’est dire la fracture qui existe dorénavant au sein du FN ! Camus est respecté à droite, il a même appelé à soutenir Marine Le Pen qui, en 2012, s’est même affichée à ses côté. Ces concessions au politiquement correct risquent d’enrayer la montée en puissance du FN, même si cela ne se traduit pas encore dans les sondages. L’arrivée très médiatisée du « Gaylib » Sébastien Chenu au FN a également cristallisé les oppositions au sein du parti.

A contrario, l’atout principal d’Éric Zemmour n’est-il pas d’incarner l’anti-système et d’être le porte-parole d’un peuple en sécession ?

De fait, Zemmour n’est membre d’aucun parti et n’a de cesse de dénoncer la classe politico-médiatique. Son discours, très anti-système, séduit. La politique, aujourd’hui, ne donne plus aucun espoir aux Français. Toutes les enquêtes d’opinion le montrent. Pas un seul potentiel candidat à la prochaine élection présidentielle ne dispose de plus de 50 % d’opinions favorables ! Cette défiance envers la classe politique est une première dans l’histoire de la Ve République. Pour en revenir à Eric Zemmour, ses thèses, qui n’ont presque jamais le droit de cité, sont populaires dans l’opinion : il est devenu le porte-voix d’une majorité silencieuse. C’est son comparse, Eric Naulleau, qui résume le mieux les choses : « La droite et la gauche ont laissé tomber le peuple, Zemmour l’a ramassé. »

Pensez-vous, dans ces conditions, que Hollande ait une chance en 2017 ?

Oui, même si l’on peut dire, sans se mouiller, que c’est le pire président de la Ve République et qu’il est mal engagé pour 2017. En revanche, et c’est le génie du PS, la gauche divise la droite en deux blocs, comme des vases qui seraient de moins en moins communicants, aujourd’hui figés. Hollande usera encore de cette stratégie pour accéder au second tour contre Sarkozy ou Marine Le Pen. Et il peut l’emporter. Quand on sait d’où il vient, ce serait énorme.

Vous dressez d’ailleurs un portrait tout en nuances de François Hollande…

Une fois qu’on a dit qu’il était nul, on n’a rien dit. Ce qui est intéressant chez lui, c’est qu’il est un monstre politique, un tueur froid et cynique. Brillant à sa manière. Catastrophique chef d’état, François Hollande reste un redoutable politique. Je voulais insister sur cet aspect car, à droite, on a trop tendance à penser qu’il est déjà fini. Je ne le crois pas. Tout le monde le craint, à commencer par les membres de son propre camp. Il est loin d’être l’ectoplasme décrit dans les médias, image que moi-même j’ai d’ailleurs contribué à forger !

Nombreux sont ceux qui, à droite et à gauche, font le calcul d’une victoire facile au second tour de la présidentielle face à Marine Le Pen. Est-ce un bon pari ?

En effet, chacun espère que ce scénario tournera à son avantage. Pour un candidat de droite – Sarkozy ou Juppé -, il serait très favorable. Dans le cas où ce serait François Hollande, le résultat serait beaucoup plus serré. Dans une telle configuration de second tour, un sondage, réalisé par l’Ifop pour le Figaro, donnait Marine Le Pen gagnante avec 54 % des voix ! Je l’évoque dans mon roman et n’exclu pas cette probabilité, contrairement à mes confrères.

Patrick Buisson est l’un des personnages-clés du livre. Le pensez-vous amené à jouer à nouveau un rôle prépondérant à l’avenir ?

Je ne crois pas qu’il en ait très envie. C’est dommage car il est le dernier qui arrivait à penser la droite sur la scène électorale. La stratégie qu’il a mise en place en 2007, portant la campagne sur le thème de l’identité et des valeurs de la droite, a remarquablement fonctionné. Son abandon le lendemain même de l’élection de Nicolas Sarkozy a été une catastrophe : les électeurs ne s’y feront pas reprendre deux fois ! La preuve : il a manqué un million de voix d’électeurs frontistes à Sarkozy pour gagner en 2012.

Vous vous amusez des codes actuels du journalisme. Vous allez même jusqu’à vous moquer des « unes » chocs de votre employeur. Qu’est-ce que cela révèle de l’état du journalisme en France ?

Le choix du narrateur du roman – un journaliste lambda, biberonné à la doxa dominante – me permet d’anticiper toutes les critiques qui surviennent face à cette candidature surprise. C’est une manière de montrer à cette profession qu’elle est devenue tellement prévisible, tellement pathétique et tellement fanée ! Je ne pratique pas le même métier que mon narrateur, corseté par les codes du journalisme à l’anglo-saxonne qui interdit tout rapprochement avec le politique, qui s’interdit même de lui serrer la main. Je crois au journalisme à l’ancienne, celui qu’on pratiquait au XIXe siècle : pour moi, l’impartialité du journaliste est une foutaise. En écrivant nous posons un acte politique. C’est d’ailleurs notre rôle ! Autant l’assumer.

Une des grandes qualités de votre roman, c’est que tout ce que vous décrivez paraît crédible…

Certes, mais je n’ai pas inventé grand-chose. J’ai synthétisé mes notes de journaliste. Mon roman se veut une radiographie de la droite et de la France en 2015. Il jette un éclairage sur les tiraillements idéologiques des uns et des autres et traduit mon penchant pour les enquêtes d’opinion. Je pensais prendre un risque, mettre en jeu ma crédibilité, mais des hommes politiques m’ont dit attendre mon livre avec impatience. Certains m’ont même demandé de figurer dans le gouvernement mis en place par le président Zemmour !

Pensez-vous que ce livre va en inspirer certains ?

J’espère qu’il donnera des idées ! Une candidature hors-parti sérieuse est attendue par tout le monde. Dans l’émission de Ruquier récemment, Michel Onfray disait regretter celle de Coluche. Zemmour pourrait, d’une certaine façon, s’inscrire dans une démarche comparable. Il a en plus une épaisseur politique et intellectuelle qui faisait défaut à l’humoriste. Dans le dernier Valeurs actuelles, un sondage a montré que 12 % des gens pourraient voter pour Zemmour s’il était candidat. Dans mon livre, il démarre avec seulement 4 % d’intention de vote. Je n’avais pas anticipé une telle popularité électorale !

Dans la vraie vie, une candidature de Zemmour est-elle crédible ?

Si mon livre lui donnait envie d’y aller, j’en serai évidemment ravi ! La seule manière pour lui d’imposer vraiment ses idées, c’est de se porter candidat à une élection, ce qui obligerait les gens à se positionner, surtout les hommes politiques. Pendant des années, il a été le seul à défendre les valeurs de la droite, alors même qu’un gouvernement UMP dirigeait notre pays. Lui seul osait dire tout haut ce que les gens pensaient tout bas. Comme me l’a soufflé un jour Laurent Obertone, Zemmour a été « un phare dans la nuit ». Plus que jamais, il est la figure intellectuelle qui peut réveiller la droite.

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