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Eloge de l’inégalité

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Eloge de l’inégalité

Le 4 août dernier – ça ne s’invente pas ! – l’Assemblée Nationale a voté la nouvelle loi famille dont un volet porte sur « l’égalité femme-homme ». L’ordre des mots est important : la femme étant première, elle jouit d’une égalité quelque peu supérieure, comme aurait pu le dire George Orwell. Au moins, voilà un président qui applique les promesses du candidat ! On se souvient de la formule : « L’égalité, c’est l’âme de la France » en préface des 60 propositions de campagne de François Hollande.

Ainsi l’égalité (et son monstrueux avatar, l’égalitarisme), est-il devenu « le » paradigme unique de notre société. Et force est de constater qu’il est intrinsèquement néfaste. En effet, n’est-ce pas le propre du passage à l’âge adulte que de consentir à l’inégalité ? En entrant dans le cycle scolaire, tous les enfants apparaissent comme égaux. De fait, ils vont dans la même école, partagent la même classe, ont la même maitresse. Revoyons-les 20 ans, 30 ans plus tard… Que de différences ! Différences nées de l’héritage inné ou acquis, de la liberté propre et de la responsabilité de tout homme, des opportunités et des aspirations de chacun. Comme le disait Jules Renard : « Les hommes naissent égaux, dès le lendemain, ils ne le sont plus ».

Allons plus loin. L’égalisation des conditions va même à l’encontre de tout désir de promotion individuelle. Quelqu’un qui passe sa vie à regarder dans l’assiette du voisin ne passe-t-il pas à côté de sa propre vie ? A entretenir l’égalitarisme, on nourrit des aigris. C’est l’erreur fondamentale de l’idéologie égalitaire qui irrigue nos sociétés contemporaines. Elle forge des « adulescents » trépignant, réclamant sans cesse des « droits à »… C’est que l’égalité ne peut pas tenir ses promesses ! Très vite, la nature et la culture reprennent leurs droits. On se souvient de la formule d’Antoine de Rivarol à propos des droits de l’homme : « Les hommes naissent égaux en droit, mais ils naissent nus et vivent habillés ».

Arrêtons-nous quelques instants sur le lien entre nature et culture. Au cours de l’année 2013, la « théorie du genre » est sortie du bois et a fait couler beaucoup d’encre… Or, au fond, c’est ce lien entre nature et culture que le genre méconnaît. Pour ladite théorie, la différence entre l’homme et la femme est une construction culturelle. Mais elle refuse de voir que c’est justement la part culturelle de cette différence qui permet à chacun d’appréhender sa propre nature et que, de cette dualité, naît la singularité. La culture ne s’oppose pas à la nature. Elle accomplit la nature.

Derrière le genre, se cache en fait une vision idéologique de l’humanité. En affirmant que la dualité entre l’homme et la femme est une construction culturelle légitimant l’aliénation de la femme par l’homme, ses partisans prolongent le concept marxiste des classes sociales : l’égalité ne sera conquise que par l’uniformisation de la société. Pour parvenir à une société juste, égalitaire, il ne s’agit pas tant d’améliorer les conditions de vie des ouvriers mais de parvenir à l’établissement d’une société sans classe. Le concept de genre se situe exactement dans cette dialectique. Si l’histoire de l’humanité se résume à une guerre des sexes, où l’homme finit toujours par dominer la femme, une société juste, égalitaire, est une société sans sexe, sans distinction de genre.

Lutte des classes, lutte des sexes. L’égalité, ce nom donné par nos gouvernants socialistes aux divisions internes au corps social, est devenue le cheval de Troyes de l’affaiblissement des familles. La théorie du genre et la promotion de l’homosexualité en sont les courroies de transmission. La plupart de nos politiques ne sont d’ailleurs que les idiots utiles d’idéologies – et d’idéologues – qui les manipulent à leur profit.

D’une manière plus ou moins consciente, ce qui nourrit nos dirigeants et nombre de nos contemporains répond à deux exigences :

– La recherche d’une soi-disant « paix sociale ». L’idée est généreuse. Pour éviter tout conflit avec son voisin, on décrète que ce qu’il dit, pense et fait (tant que sa liberté n’empiète pas sur la mienne) vaut ce que je dis, pense et fais. Ce relativisme garantit-il pour autant cette « paix sociale » tant recherchée ? L’expérience prouve le contraire.

– La liberté individuelle. A partir d’une définition erronée de la liberté, nos sociétés contemporaines ne se sentent pas le droit d’ ‘’imposer’’ un modèle, social, familial ni même anthropologique.

Au nom de l’égalité, on glisse vers l’égalitarisme. Le Cardinal Billot (dans Les principes de 89 et leurs conséquences, éditions Téqui) trouve les origines de cet égalitarisme dans le libéralisme, cause véritable des maux de notre temps :
« C’est seule la liberté qui est cherchée, c’est elle seule qui est mise en commun, car tout vient de la liberté, passe par la liberté et aboutit à la liberté. N’ont donc pu obtenir aucune valeur, socialement parlant, les différences qui discriminent un homme d’un autre, les dépendances naturelles ou historiques, les liens familiaux ou nationaux, les diversités de talents, d’aptitudes, d’éducation, de culture, de droits acquis, comme on dit, etc. Tout cela, en effet, est absolument étranger à la matière du contrat social. Il n’est fait apport que de liberté, et la nature a pourvu de la même liberté tous les hommes et chacun d’entre eux. Il faut donc que tous et chacun entrent en société étant égaux à tous égards. Comptez donc le nombre des individus, leur nombre sera le nombre des suffrages. »

Or, c’est justement à la fois la différence et la complémentarité entre les hommes qui ont permis de « soumettre la terre » comme il est dit dans la Genèse. S’il y a égalité, il y a pensée unique. S’il y a pensée unique, il n’y a plus de nécessité de communiquer. Or c’est parce que les hommes ont communiqué entre eux et entre les générations que tant de progrès ont été réalisés dans les domaines scientifiques, artistiques, philosophiques… Mais bien plus, on peut même affirmer que l’inégalité est nécessaire au bien commun.

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