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Semences sans moissons

Le rapport annuel de l’association évangéliste Open Doors est paru.

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Semences sans moissons

Sans surprise, la persécution des chrétiens dans le monde atteint de niveaux effarants, avec 360 millions de personnes qui ont subi de fortes persécutions ou de fortes discriminations au cours de l’année. Parmi les évolutions notables, plusieurs pays subissent les conséquences des évolutions géopolitiques de l’année. 

Ainsi l’Afghanistan, où les États Unis n’arrivèrent jamais à dépasser le stade de l’offensive à la suite des terribles attentats du 11 septembre 2001 pour tenir les promesses du concept de Nation building. À Oslo, au mois de janvier, dans le Golfe, au mois de novembre, les États occidentaux acceptent pourtant de négocier avec les Talibans sans évoquer le sort de cette petite communauté chrétienne. Ce que l’on refuse à la Syrie, on le donne sans sourciller à Kaboul, ou les milliards de dollars de subventions sont maintenus. 

D’après le rapport, près de 6 000 chrétiens ont été tués en raison de leur foi dans le monde et 5 000 églises attaquées ou détruites, le tout dans l’indifférence de nombreuses institutions internationales trop occupées à défendre un fatras de messianismes aussi nuageux qu’imprécis. 

La mort de chrétiens ne fait pas recette. Elle n’attire pas les grands titres, elle ne soulève pas d’émotion, elle ne mobilise pas les rédactions. Les brimades, l’esclavage, moderne ou non, la vindicte n’émeuvent que médiocrement les ambassades. Les clercs aussi restent bien silencieux, trop souvent occupés à discerner l’opportunité d’aviver la foi des fidèles avec l’exemple des martyrs. À croire que les Actes ne comptent pour rien. 

La semence des martyrs est devenue lointaine, comme jetée et non plus déposée en des terres que nous ferions le choix d’ignorer, trop content de retourner dans des catacombes, plus confortables et moins éclairées. Est-ce parce que leur geste indispose nos indignités ? Est-ce parce que nous avons trop peur que pleurer le mort ne devienne une provocation identitaire ? Est-ce parce que nous avons perdu l’énergie de la mission et préférons décortiquer notre pureté plutôt qu’aller à la rencontre de celle de nos frères persécutés ? Est-ce parce que nous sommes englués dans les lâchetés européennes, convaincus de la candeur de ces frères du Nigéria et de la folie des colporteurs de Bible en Asie ? Est-ce finalement parce que Rome a froid et que rien ne pourrait plus fouetter sa langueur ?

Maintenir la flamme

La réponse n’est pas simple. Les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient sont là pour incarner le maintien de cette flamme, toujours intacte, au cœur de l’Europe. D’autres associations attirent aussi tout un trésor de vigueur et de dévouement. Ils contrastent justement avec la détermination amollie et refroidie de tant d’institutions. Que nous dit cette survivance au milieu de tant d’atermoiements ? Que nous dit cette permanence quand la seule évocation de traditions diplomatiques de la France est passible d’un procès en instrumentalisation de l’histoire ? Que nous commande ce legs quand le pays légal retrouve les accents du général André dans sa manière d’aborder les relations internationales ?

Demain nous le dira certainement. En tout cas, ces 6 000 chrétiens qui donnent encore leur vie pour leur foi ne peuvent que révolter notre fadeur. Jusqu’à atteindre notre raison ?

 

Illustration : Médiateurs religieux talibans.

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