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L’apocalypse ukrainienne

Comme Emmanuel Macron était persuadé entretenir une relation spéciale avec Poutine, il a cru, ou voulu faire croire, qu’il arriverait à retenir la Russie. La France est donc le seul pays occidental à ne pas avoir encouragé ses ressortissants à quitter l’Ukraine.

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L’apocalypse ukrainienne

La France est donc le seul pays occidental à ne pas avoir encouragé son millier de ressortissants à quitter l’Ukraine. On ne sait pas s’il faut rire aigrement de la naïveté du président français, croyant être diplomate tout en humiliant régulièrement la Russie depuis cinq ans, ou s’indigner d’un calcul purement électoraliste, d’ailleurs salué par un grotesque visuel du parti présidentiel osant proclamer, quelques jours à peine avant l’invasion de l’Ukraine, que Macron avait ramené la paix.

Toujours est-il que la France a laissé ses ressortissants en grand danger, soit par bêtise, soit par orgueil. Cela ne fait pas grand bruit car, en France, critiquer Macron sur sa piteuse conduite des affaires internationales signifie être russophile et poutinolâtre, de même que le critiquer sur ses décisions sanitaires signifiait être irresponsable et vouloir la mort de millions de Français, ou s’indigner de la féroce répression des Gilets jaunes signifiait être fasciste.

Mais il faut le dire : Macron a d’abord abandonné nos compatriotes pour satisfaire le récit de sa geste héroïque.

Il médite sans doute d’abandonner la France, soit en la jetant dans la guerre alors qu’elle n’est pas du tout capable de soutenir cet effort, soit en abandonnant à l’Union européenne ce qui constitue les derniers outils de notre puissance, notre arsenal nucléaire et notre siège au conseil de sécurité des Nations unies. Sur le premier point, un rapport de l’Assemblée nationale concluant les travaux d’une « mission d’information sur la préparation à la haute intensité », présenté en février 2022, est édifiant. Nous ne sommes pas capables de mener immédiatement une guerre (il faut six mois de préparation), nous n’avons pas assez de munitions en stock, nos soldats ne sont pas assez entraînés, et il est probable qu’en dix jours notre aviation n’aurait plus d’avions. Tous les énarques intelligents qui ont décidé de casser minutieusement l’armée française peuvent contempler le fruit de leur intelligente gestion financière de ce domaine régalien ; et Macron, qui croyait pouvoir faire de l’armée française un outil européen (autrement dit le marchepied de sa puissance), a désormais en main l’avorton malingre des politiques qu’il a approuvées. On imagine l’effet du rapport sur les membres de l’Union européenne et les membres de l’Otan. Nul doute que la France gagne encore en crédibilité, après les récentes vantardises de son président. L’Ukraine nous révèle, et c’est désastreux.

L’Ukraine existe

Bref, dans l’immédiat, c’est l’Otan qui sort renforcée de la crise, légitimée politiquement par Poutine et opérationnellement par l’incurie de Macron. Nous sommes à la remorque complète des États-uniens, nos rivaux, sinon ennemis, économiques, qui travaillent à réduire notre influence quand nous ne nous y activons pas nous-mêmes. Il ne sert hélas pas à grand-chose de rappeler, aujourd’hui, que l’Otan nous asservit à une nation qui ne connaît que ses intérêts et qui n’a jamais hésité à les défendre quitte à trahir la parole donnée, à mentir et à faire preuve simultanément de la brutalité la plus féroce, de la sensiblerie la plus ridicule et de l’hypocrisie la plus cynique. L’histoire de l’élargissement de l’Otan est une violation perpétuelle des engagements pris, la France et l’Union européenne ayant aveuglément suivi les États-Unis – ou, sinon aveuglément, avec la résignation des faibles et les calculs des marchands. Mais si exaspérants que soient le renforcement de l’Otan, la posture des États-Unis et les rodomontades de Macron, ce n’est pas pour autant que la Russie a eu raison d’envahir l’Ukraine. Cette guerre est une faute morale et politique ; et il ne faut pas oublier que les actuelles prétentions russes sont d’abord fondées sur la sanglante et scandaleuse histoire du communisme soviétique. 

On pourrait longuement ergoter sur l’homogénéité historique, linguistique, religieuse, que sais-je, de l’Ukraine : réfléchissons à ce que ces logiques donneraient appliquées à la France et concluons plutôt que l’Ukraine a été injustement attaquée, quelles que soient les torts de l’Otan et des États-Unis. Ce n’est pas pour autant que la France a un quelconque intérêt à mourir pour Kiev, au contraire. Elle ne réussira qu’à sanctionner ses propres entreprises tout en appauvrissant ses citoyens, et sans gagner une miette de puissance géopolitique. Mais il y a quand même un amer motif de satisfaction dans cette guerre qui étend son empire sur nos esprits : l’Ukraine existe, et tout le monde reconnaît que les patriotes ukrainiens ont bien raison de défendre leur nation et ses frontières ; cette nation-là a le droit d’exister, en tant que nation, avec ses nationalistes. On devrait avoir plus de nationalistes dans chaque pays ; ça éviterait que les anti-nationalistes européistes ne se mettent au service des nationalistes américains.

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