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La manipulation des cours des métaux précieux n’empêchera pas leur hausse

La presse économique, écrite et surtout audiovisuelle, n’est pas une source d’information toujours sûre, on l’a bien constaté dans sa manière un peu superficielle de traiter les derniers remous autour de l’or et l’argent.

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La manipulation des cours des métaux précieux n’empêchera pas leur hausse

Le motif de la baisse a été attribué à la nomination prochaine d’un nouveau président de la Fed, réputé peu attiré par le quantitative easing – assouplissement quantitatif – autrement dit la planche à billets imprimant une quantité de dollars telle que cette monnaie se déprécie. De fait, avec un dollar discipliné, les métaux précieux ne servent plus de refuge et perdent de la valeur. En soi, le raisonnement tient debout comme schéma, mais en l’occurrence, il passe à côté de l’essentiel. Essayons-nous à l’expliquer.

La chute ayant été particulièrement brutale sur l’argent, parlons de l’argent, d’autant que c’est ce métal qui nous occupe le plus en ce moment. La plupart des achats et des ventes se font par ETF, exchange traded funds, fonds indiciels cotés en bourse. Autrement dit, non pas de l’argent physique, mais de l’argent-papier, comme on dit pudiquement, c’est-à-dire un simple contrat, une garantie que ce papier est convertible en son métal correspondant. Mais en réalité, ce contrat est difficile à faire respecter, car il y a environ 400 fois plus d’argent-papier que d’argent métal. Sous ce rapport de 400 pour 1, les banques vendent un métal qu’elles n’ont pas, et seraient bien en peine de satisfaire une demande de conversion de la part de leurs clients : c’est un phénomène de failure to deliver, l’équivalent d’une banqueroute sur ce métal.

Cette vulnérabilité est d’autant plus inquiétante que normalement, si sa hausse était laissée libre de se déployer, l’once d’argent physique – environ 28 grammes et un tiers – devrait être aujourd’hui à 500 $ au lieu de 84 s’il pouvait être livré ; mais le livrer conduirait les banques à la faillite. Pour retenir la vapeur de cette cocotte-minute, les banques dispensatrices des ETF ont deux solutions destinées à maquiller l’état réel du marché.

Rien ne peut empêcher la hausse de ces deux métaux précieux

La première est la vente à découvert, que les Anglo-Saxons appellent shorting : vous vendez des ETF qui ne sont pas en votre possession, ce qui entraîne mécaniquement la baisse de leur cours, pour les racheter plus tard à un moindre prix. Certes, cette deuxième action entraine une remontée, mais après que vous ayez empoché votre bénéfice ; soit-dit en passant, sans n’avoir aucunement participé à l’activité économique générale, c’est de la spéculation pure et simple sur les prix, c’est même pire, puisque ce n’est pas même une vraie spéculation – vous ne spéculez pas sur l’avenir économique – c’est de la manipulation des cours.

La deuxième solution est carrément illégale, appelée spoofing, une fraude consistant à promettre de vendre pour faire baisser le cours, puis annuler la vente juste avant la clôture des échanges. De cette manière, on espère maintenir à flot le dollar et l’euro qui baissent constamment face à l’or et l’argent. En 2011, la Deutsche Bank avait été mise à l’amende par les autorités régulatrices des marchés pour s’être livrée à cette manipulation ouvertement frauduleuse.

Durant les baisses récentes des métaux précieux, on a pu repérer facilement les ventes à découvert, mais plus difficilement le spoofing. Cela dit, en tout état de cause, on remarquera que les fraudes de 2011 n’ont pas pu empêcher l’or de monter à long terme, de sorte que les manœuvres de fin janvier-début février se sont produites avec des cours très supérieurs.

Tout ceci suscite des interrogations non seulement morales, mais techniques. On voit que l’argent-papier ou l’or-papier se transforment en une sorte de monnaie-papier fiduciaire qui entraîne dans sa chute le cours de l’argent et l’or physiques, ce qui est absurde, car en définitive, rien ne peut empêcher la hausse de ces deux métaux précieux. Le seul résultat tangible de ces manœuvres est de ruiner les épargnants quand ils sont contraints de réaliser leur capital par besoin de liquidités ; mais au fond, ces deux métaux vont poursuivre leur hausse, surtout l’argent qui va continuer de monter proportionnellement plus rapidement que l’or, parce qu’il est devenu plus qu’auparavant un métal industriel stratégique ; outre le fait que sa distance avec l’or est de toute façon trop grande par rapport à la moyenne plurimillénaire de 15 pour 1. Avec un cours de l’or à 5000 dollars l’once, la division par 15 devrait donner 333 dollars l’once d’argent plutôt que les 85 d’aujourd’hui, et plus, jusqu’à 500, nous l’avons dit, si l’on considère sa valeur industrielle en tant que matière première. Quant à l’or, il n’est pas exclu qu’il retrouve un jour son rang d’étalon, servant par exemple à introduire dans les échanges mondiaux un yuan-or capable de tenir la dragée haute au dollar.

 


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