Recevez la lettre mensuelle de Politique Magazine

Fermer
Facebook Twitter Youtube

Article consultable sur https://politiquemagazine.fr

La libre circulation de la crise économique à venir

La crise économique mondiale est aggravée par la mondialisation, les guerres et la spéculation financière. Les marchés financiers, dominés par les géants technologiques, fonctionnent comme un casino. Les politiques françaises masquent la baisse réelle du pouvoir d’achat par des statistiques et des aides artificielles.

Facebook Twitter Email Imprimer

La libre circulation de la crise économique à venir

Le pire n’est jamais certain, mais les informations actuelles laissent supposer que la crise économique qui semble s’annoncer sera non seulement d’une certaine gravité mais, de plus, qu’elle sera générale. La liberté du commerce et la libre circulation des capitaux dont on a vanté les mérites, parfois à juste titre, font aussi le lit d’une aggravation considérable de toutes les crises. Lorsqu’un aveugle tombe dans un précipice, s’il est seul le drame est circonscrit ; s’il est étroitement relié à d’autres aveugles, c’est toute la colonne qui risque de disparaître. On ne sait jamais ni où ni quand une crise atteint son paroxysme mais, en ce qui concerne la situation économique actuelle, les prémices sont déjà présentes.

Les guerres en Europe et dans le Golfe persique

Nous ne nous intéresserons ici qu’aux conséquences sur l’économie mondiale de la guerre en Ukraine. Au-delà des morts et des destructions causées par cette guerre, l’idéologie des Européens a conduit à une politique de sanctions à l’encontre de la Russie. Au lieu d’essayer de rétablir la paix entre les protagonistes, nos gouvernants ont choisi de soutenir d’une façon absurde et tardive l’une des parties : si les Américains ont depuis longtemps mis la main sur l’économie ukrainienne, les Européens n’ont fait que lui fournir des armes. La Russie était pour l’Europe entière un important fournisseur de pétrole et de gaz, avant que celle-ci ne la congédie, se rendant elle-même plus dépendante – et au prix fort – des États-Unis. Les « démocraties » se sont engagées à acheter à l’Ukraine – et à prix cassé – des denrées de moindre qualité que celles qu’elles produisent en quantité suffisante… mais à un prix plus élevé. De ce fait elles ont rendu plus difficiles et plus onéreuses tant leurs exportations que leurs importations. La guerre du Golfe persique est venue envenimer la situation puisque, le détroit d’Ormuz étant bloqué et certains sites de production ayant été bombardés, la circulation du pétrole, du gaz, du soufre, de l’urée et de l’ammoniac, se trouve gravement entravée. Certes l’Europe n’est, directement, que peu concernée, dit-on, mais, sans entrer dans les détails, force est de constater qu’elle en subira ultérieurement les conséquences. En effet, ces ressources sont indispensables pour la fabrication et le transport des engrais utilisés dans tous les pays du monde ; la production de maïs, de blé et de riz en particulier mais aussi de soja, devrait en être fortement affectée, d’autant plus que, compte tenu de l’envolée globale de tous les coûts de production, certains agriculteurs envisagent de réduire les surfaces exploitées. La situation est encore plus grave pour les médicaments dont les principes actifs sont essentiellement produits en Inde et en Chine à partir de dérivés du pétrole, et arrivent par avion en Europe en transitant pas Doha, Dubaï ou Abu Dhabi.

Le grand casino des Bourses mondiales

Alors que le monde s’inquiète de voir les productions agricoles diminuer et les prix des denrées alimentaires monter en flèche, les Bourses continuent à battre des records, soutenues par la valeur des industries de l’information. Désormais les valeurs technologiques représentent près de 90 % de l’indice américain S&P. Or, plus ces entreprises accaparent des capitaux, plus elles licencient. Leur objectif premier aujourd’hui est, comme le faisait remarquer Philippe Béchade le 11 mai, « faire plus d’argent avec beaucoup moins de salariés »1. Pour y arriver, les grands opérateurs (Oracle, Meta, Amazon, Microsoft…) ont recours à un endettement exclusivement financé par de la création monétaire, ainsi qu’à des opérations de cavalerie. Au cours des derniers mois, ces grandes valeurs technologiques ont vu leurs cours croître de plus de 20 % entraînant dans leur sillage l’envolée des Bourses alors que la production économique réelle était en panne. La croissance de la masse monétaire mondiale ne sert plus à financer des investissements productifs, encore moins à améliorer le pouvoir d’achat des consommateurs, mais est intégralement captée par des fonds de pension et autres organismes de placement collectif. La valeur des échanges financiers sur toutes les Bourses mondiales est devenue dépendante des communiqués et « petites phrases » des hommes politiques ou des agences de notation et, dans une moindre mesure, des annonces des hommes de marketing. Il n’y a plus aucun investisseur véritable, il n’y a plus que des spéculateurs sans scrupules. Les programmes automatiques d’investissement sont bâtis pour tenir compte de la « crédibilité » accordée à chacune de ces « informations ». Celui dont le bluff prend le mieux remporte la mise. Les Bourses, reliées entre elles, sont devenues un grand casino fonctionnant en continu. Les mouvements n’y dépendent plus des besoins financiers immédiatement utiles des entreprises mais des « prévisions » ou des promesses de géants qui misent sur la crédulité des populations auxquelles ils font miroiter de nouveaux « lendemains qui chantent ». Si l’intelligence artificielle est, aujourd’hui, particulièrement gourmande en énergie, si elle pollue les eaux de refroidissement des centres de calcul, si elle pille les ressources en terres rares, c’est promis, demain (ou dans cent ans !) elle permettra de tout réparer, et même au-delà.

La bureaucratie et les politiques de l’apparence

Officiellement, à en croire les statistiques publiées par l’INSEE, le pouvoir d’achat des ménages français a augmenté de 13 % entre 2017 et 2024. Mais pour en arriver à ce tableau enchanteur, les experts nationaux sont passés maîtres dans l’art de dorer la pilule. D’abord parce que les moyennes qu’ils calculent intègrent dans les revenus disponibles, les intérêts et dividendes perçus par les « investisseurs » comme si toute la population était concernée. Ensuite parce que ce pouvoir d’achat prend en compte le revenu fictif que les propriétaires de leur logement sont censés tirer du fait qu’ils ne payent pas de loyer (sans tenir compte, naturellement, des remboursements des crédits en cours). Cette augmentation ne prend pas non plus en considération les différences de prix dus aux « ajustements de qualité » qui résultent des évolutions des produits imposées par des obsolescences programmées, des évolutions de normes ou de véritables progrès économiques. Parmi ces biais, deux sont particulièrement pernicieux car ils masquent mal des dysfonctionnements structurels dont la France s’est fait la championne. Le premier est la fluctuation des normes censées conduire à une meilleure sécurité des consommateurs mais qui, en fait, pénalisent les producteurs français en concurrence avec leurs homologues étrangers qui, eux, n’y sont pas soumis et peuvent donc présenter sur les marchés des produits d’apparence similaire mais nettement moins chers. Le second est l’importance des « prestations sociales », « chèques » et autres « subventions » distribués parcimonieusement mais à grand renfort de publicité, aux personnes en détresse que, dans le même temps, l’on continue à assommer de taxes et de charges diverses. En France, baisser les impôts, ne serait-ce que temporairement ou sur des opérations limitées, est considéré comme impossible ; mais pour acheter une paix sociale aussi précaire qu’artificielle, on multiplie les versements compensatoires dont les mécanismes coûteux et les contrôles tatillons sont supportés par les autres, toujours réputés « riches ». On ne sait comment cela finira, ni quand le système se grippera. On ne sait quel pourrait être l’évènement déclencheur, s’il viendra du pays ou de l’étranger, s’il sera le fait d’une explosion des consommateurs frustrés ou des producteurs surendettés, mais on sait que la situation actuelle ne saurait durer indéfiniment… et que les hommes politiques en place n’ont qu’un seul souci en tête : trouver le moyen de faire durer cette période d’incertitude craintive aussi longtemps qu’ils seront au pouvoir car, après eux, le déluge !

 

Illustration : Une seule obsession, l’euthanasie. Les lois utiles attendront.

1 1. www.agora.org


Politique Magazine existe uniquement car il est payé intégralement par ses lecteurs, sans aucun financement public. Dans la situation financière de la France, alors que tous les prix explosent, face à la concurrence des titres subventionnés par l’État républicain (des millions et des millions à des titres comme Libération, Le Monde, Télérama…), Politique Magazine, comme tous les médias dissidents, ne peut continuer à publier que grâce aux abonnements et aux dons de ses lecteurs, si modestes soient-ils. La rédaction vous remercie par avance.

Facebook Twitter Email Imprimer

Abonnez-vous Abonnement Faire un don

Articles liés