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Sans issue ?

Le drame éclate partout. Tout explose. Toutes les fausses solutions débouchent sur des haines recuites et des assassinats de masse. Et la France là-dedans ?

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Sans issue ?

C’est sans issue. Et tout le monde le sait, mais chacun feint de ne pas le savoir. Cette menterie perpétuelle fait partie de la politique contemporaine. De tous les côtés ! Et aussi bien du côté des politiques nationales que du côté des politiques internationales. Bon moyen d’esquiver le fond des problèmes. Des discours en veux-tu en voilà. Enflammés ou graves selon les circonstances. La démocratisation du monde que multiplient les techniques modernes de communication et qu’on pensait une merveille – que n’avait-on anticipé comme meilleur des mondes et comme fin de l’histoire ? – n’a rien arrangé. Bien au contraire. Les passions se déchaînent de toutes parts et ne font que s’exacerber, laissant les idéologues pacifistes pantois.

Des théories sans pratique

Un peu de sagesse aurait suffi à comprendre qu’avant de parler de deux États sur le même territoire de l’ancienne Palestine – donc, en principe du moins, à partager –, il aurait fallu préalablement en créer les conditions politiques d’existence, de viabilité et de fonctionnement. Des deux !

Politique d’abord, bien sûr, dans un tel domaine, en quelque sorte avant tout, cela dit sans pléonasme. Précepte d’une vieille sagesse qui fut jadis cultivée fort justement par la politique capétienne au cours des âges et qui lui réussit tant qu’elle crut à la légitimité de son pouvoir – malheureux Louis XVI, que n’a-t-il eu un homme fort à ses côtés ! Politique d’abord, oui, que l’analyse si profondément judicieuse d’un Maurras dans les affaires tant intérieures qu’extérieures avait établi avec une intelligence supérieure comme un évident principe premier, un axiome que nul ne devrait contester. Que n’avait-on dit à son encontre, singulièrement chez les démo-chrétiens ? Eh bien non, ce n’était pas du machiavélisme. Au mieux du bon Machiavel comme théoricien du pouvoir, si l’on veut. Il est amusant de voir un Bourlanges, démocrate-chrétien par excellence, mais il est vrai plus intelligent que Bayrou, être obligé de convenir devant les faits contraignants que les conditions politiques passent « avant » les belles finalités que l’idéologie flatteuse propose aux esprits chimériques. Il ferait bien aussi d’y réfléchir à propos de son Europe pour sortir enfin de l’utopie.

C’est ce « politique d’abord » que la France aurait dû porter comme principe premier dans cette question palestinienne qui ne pouvait qu’empoisonner le monde tout en s’embrouillant indéfiniment. Est-il utile de rappeler l’histoire ? Même avant 1948. L’affaire ne fut menée que par les Anglo-Saxons qui se croyaient les maîtres du monde et qui prétendaient disposer de tout selon leurs principes… absurdes qui ne fonctionnent que chez eux, parce qu’en réalité ils les foulent au pied. Ils ont mis le désordre partout, prétendument pour mieux régner. En Europe, en Amérique latine, au Proche et au Moyen-Orient, en Asie ; au nom de leur sacro-sainte démocratie qui n’est qu’un piège pour appâter les peuples et mieux les subordonner à leurs intérêts exclusifs. Faut-il le dire ? C’est eux qui, après la Grande Guerre, ont sauvé, remonté l’Allemagne pour contrecarrer la France et, en quelque sorte, créé Hitler. Et les politiciens français ont suivi comme des caniches. Cette vérité est dérangeante. Eh bien, tant pis. Car elle éclaire le problème d’aujourd’hui. Et le malheur veut que, malgré tout, une partie de nos intérêts – mais seulement une partie, rappelons-nous l’affaire des sous-marins australiens, typique en son genre – soient liée aux leurs. Quand les Français comprendront-ils qu’ils ont besoin d’une politique réaliste qui les protège à l’intérieur et qui les représente à l’extérieur ? Et non de ces principes fumeux avec lesquels on ne prépare que des conflits idéologiques et des guerres inextinguibles ?

Une magnifique tradition

« Politique d’abord » et politique française d’abord, menées par un État, français d’abord, et non européen, sous peine d’être manipulé comme l’État macronien, au contraire de nos intentions et de nos intérêts dans les voies d’une Ursula von der Leyen ou d’un Olaf Scholz pour qui la France, en tant que telle, n’existe pas, sauf comme une gêne. Voilà la réalité ! Au point que les États européens commencent à en frémir. Une saine réaction commence à se faire jour. Même en Suisse. Hélas, la république polonaise soumise à toutes les pressions, vient au contraire de basculer du côté d’Ursula qui lui tient la dragée haute avec son fric. Elle en subira les conséquences ; en croyant s’affranchir, elle se lie et se soumet.

« Politique d’abord » et politique française d’abord, telle est la loi libératrice. Elle a pour elle une magnifique tradition, celle de Richelieu, de Mazarin – les traités de Westphalie –, de Choiseul – l’Europe française du XVIIIe siècle –, de Vergennes – la politique extérieure de Louis XVI –, de Talleyrand – celui du traité de Vienne –, et j’allais dire de Bainville qui en fit la plus éclairante des synthèses. Quand la France reviendra-t-elle à ses fondamentaux ? Il existait encore – il n’y a pas si longtemps – des diplomates et des hauts fonctionnaires qui s’en souvenaient et les rappelaient à nos hommes politiques et à nos présidents. C’était heureux. Ce qui les incitait à tenir de justes positions, malgré les bavasseries politiciennes. Macron a tout balayé dans son arrogante prétention à tout comprendre et à tout diriger.

Brader l’Algérie

Même De Gaulle dont on vante a posteriori la position – lui savait, car il avait de la culture et venait d’un milieu qui était instruit sur ces grandes questions –, sur ce point névralgique se contentait trop de discours, le reste relevant de sa stratégie personnelle d’influence, tournant autour de sa seule personnalité. Car, pratiquement, en dehors de certains aspects de sa politique de dissuasion nucléaire et de sa volonté d’une politique industrielle novatrice, sur le reste il a fini par céder à l’opinion du temps et aux pressions internationales de toutes sortes, en laissant la France être gangrénée par l’esprit gaucho-américano-libertaire, se souciant fort peu de la France profonde et de la jeunesse française qui étaient le cadet de ses soucis. D’où 1968. Qui fut la conséquence de 1962. Ne l’oublions pas !

D’ailleurs, faut-il rappeler – car évidemment plus personne n’en parle tant il est devenu inimaginable d’évoquer ce passé – que De Gaulle quand il est revenu en 1958, avait le devoir de trouver une solution politique à la question algérienne ? Et il fallait en effet en trouver une ; et contrairement à tout ce qui se dit elle était possible à condition de rompre avec la sottise républicaine autant de principe que de pratique, mêlant jacobinisme et absurdité institutionnelle. Mais son contrat secret d’accession au pouvoir lui interdisait d’envisager cette voie. Il s’est contenté de se débarrasser de ladite question et il a bradé finalement l’Algérie. En quatre ans ! Le Sahara y compris. Tout. En cédant au terrorisme FLN et à lui seul, en se pliant à toutes ses exigences, sous prétexte qu’il s’était imposé ; et de fait, par ses massacres tant de civils européens que de musulmans attachés à la France – des milliers –, par des pratiques effroyables absolument comparables à celles du Hamas et de Daech. Oui, rappelons-le, tout fut abandonné et la suite fut abominable. Au point que la France, encore aujourd’hui, détourne les yeux pour ne pas voir ! Mêmes méthodes, mêmes horreurs. Cette remarque n’exclut pas les erreurs de la France. Mais tout de même il était posé là une manière de solution qui devait, bien sûr, faire école. En particulier dans les pays musulmans.
À savoir qu’un résultat ne s’obtient que par la terreur.

La terreur comme principe politique

D’ailleurs, sur ce sujet, que dire nous autres Français ? N’est-ce pas notre République qui a érigé la terreur comme méthode de prise de pouvoir et même de gouvernement ? Qu’a fait la France et quel exemple a-t-elle elle-même donné au monde avec la terreur, sa Terreur républicaine qui est au fondement de sa légitimité étatique, aujourd’hui encore. Eh oui, tout gouvernement français est dans la continuité de cette institution terroriste primordiale qui est consubstantielle à la Révolution française et dont il tire dans les idées et dans les faits son existence politique et même sa raison d’être métaphysique. Exemple qui fut repris expressément par la suite comme modèle de conquête et de captation du pouvoir chez nombre de peuples qui en subirent, les malheureux, les terribles conséquences, de la Russie à la Chine, du Vietnam au Cambodge, les chefs des mouvements révolutionnaires revendiquant, tous, cette filiation qui les rattachait à le grande et mythique Révolution, l’archétype de toutes les révolutions dont un Furet, après Cochin et Gaxotte, a démonté les mécanismes obligés. Combien sont venus en Sorbonne apprendre leur métier de révolutionnaires ? Un Malraux en savait quelque chose.

Comment la France, qui se flatte aux yeux du monde d’avoir « inventé » la révolution – et les prétendus droits de l’homme avec, tout en justifiant la terreur comme nécessaire accoucheuse de la société nouvelle, selon la formule consacrée – pourrait-elle parler avec clarté et le sens effectif d’une sagesse politique dans le monde agité, voire fou, d’aujourd’hui ? La contradiction est trop flagrante pour n’être pas sentie dans tous les peuples du monde. Nos malheurs africains ont leur source originelle dans cette absurde prétention contradictoire. À quoi s’ajoute l’effet dit « domino ». À force de céder partout, sans jamais trouver de solution politique, la France et l’Occident tout entier doivent s’attendre à des rébellions généralisées. C’était écrit dans ces colonnes au moment des événements : après la Lybie, l’Afghanistan, l’Irak, tout le Moyen-Orient, le tour du Sahel devait venir. Inéluctablement. On y est. Et rien n’a été anticipé. La question n’a jamais été examinée comme il convenait, avec le réalisme politique nécessaire. Macron faisait des leçons de morale.

Des discours, toujours des discours que ceux qui doivent les écouter trouvent de plus en plus vains et de plus en plus idiots. En Palestine, que reste-t-il des accords d’Oslo ? Des poignées de mains de Camp David ? Et maintenant des derniers accords dits d’Abraham ? Alors que les horreurs perpétrées par le Hamas ont été manifestement programmées pour les réduire en poussière. Avec sans doute derrière l’Iran des Mollahs.

Aucune prise sur les événements

Et ce n’est pas fini, car le déclenchement si violent des hostilités n’entraînera qu’un enchaînement de violences. Tous les acteurs le pressentent. Et pas seulement à Gaza, en Cisjordanie, en Israël, mais dans tout le Proche et Moyen-Orient, au Liban que la France a abandonné, puis dans tout le monde musulman, en particulier dans le Maghreb où la rue s’en prend spécifiquement à la France et, bien sûr, en Europe et chez nous.

Le déplacement de Macron les 24 et 25 octobre derniers, passant après tous les autres, l’Américain, l’Européenne, l’Allemand, le Britannique, d’un Macron représentant une France frappée et éperdue, peut-il servir à quelque apaisement ? Courant de Netanyahu, le politicien qui aggrave la situation pour sauver la sienne, à Mahmoud Abbas, le gâteux corrompu qui ne commande plus rien, puis du roi Abdallah de Jordanie, le silencieux qui préserve son trône, ami de la France mais d’abord de l’Amérique, au maréchal al-Sissi en Égypte qui veut tirer son épingle du jeu, tout en affectant, comme tous les dirigeants arabes, une compassion pour les coreligionnaires palestiniens affreusement maltraités mais tenus de toute façon sous la coupe du Hamas qu’aucun d’entre eux ne contrôle et dont pourtant ils connaissent la dangerosité. Tout est d’une complète ambiguïté, le Qatar et l’Arabie payant par en-dessous, et même pour le Qatar ouvertement, vraisemblablement pour les otages aussi, afin de garder leur rôle d’intermédiaires indispensables. Dans cette complexité presque inintelligible où l’Iran joue son jeu, la Chine et la Russie également en arrière-fond, Macron, faute de politique française claire, ne peut pas faire grand chose, heureux s’il arrive à obtenir des libérations d’otages français. Que peut-il changer à des événements sur lesquels il n’a aucune prise ?

Et, d’ailleurs, il le sait. Il s’en impatiente, ce qui le conduit à commettre des impairs. Croit-il que sa seule aura suffira à apaiser le monde ? Qu’une coalition à la manière américaine proposée par lui permettra une réconciliation des différents partenaires ? L’illusion est totale.

Politique d’abord

Et cette illusion est grave. Non seulement sur le plan international mais sur le plan national, maintenant et pour l’avenir. Car le conflit est déjà importé chez nous. Et, en fait, depuis longtemps. Nos renseignements le savent parfaitement. Les assassinats de Paty et de Bernard, après tant d’autres, depuis des décennies, n’en sont que des manifestations récentes : ils étaient professeurs et leur mort est d’autant plus significative. Des prémisses de ce qui nous attend ? La communauté juive française a raison de s’inquiéter. Mais pas seulement. Voilà où conduisent des politiques aberrantes, menées depuis tant de temps, au vu et au su de tout le monde, avec argent public largement distribué, accord des juges, soutien des associations stipendiées, aides des administrations et finalement permissions et autorisations des politiques. La France d’après de Jérôme Fourquet (Seuil)… mais en pire.

7 millions de musulmans, certainement plus malgré les statistiques officielles, que toutes les mesures prises comme les innombrables lois, immigration – plus d’une vingtaine ! –, politique de la ville, enferment dans leur communautarisme, tout étant fait pour mettre hors de cause l’islamisme et empêcher pratiquement toute assimilation, la France elle-même enseignant la haine de la France et le chef de l’État condamnant son propre pays pour crimes contre l’humanité devant les autorités d’Alger !

Les politiciens prospèrent sur un tel terreau, du type Mélenchon, qui fait sa pelote électorale et qui sera, peut-être, aux prochaines présidentielles, juste derrière Marine Le Pen. Et alors ? Philippe, Darmanin, Pécresse, Borne donneront-ils la consigne, voire l’ordre de reporter toutes les voix sur Mélenchon ? C’est bien dans la logique républicaine ! C’est pourquoi il n’est question que de le dézinguer.

En attendant, Attal aura beau faire de jouer au dur pour plaire à Macron ; il n’a pas les moyens de ses propositions. Tout lui échappe, et d’abord les gosses et son propre ministère ! L’État est désarmé. Les policiers et les gendarmes savent, eux, réellement, à quel point la situation est effrayante.

Il faudrait commencer par le commencement. Répétons-le : Politique d’abord ! L’urgence est là. Refaire un État. Et un État français. Arrêtons le saccage. Ayons notre propre défense, notre sécurité intérieure, à nous. Retissons nos liens nationaux ; refondons notre éducation, et d’abord sur l’amour de la France, pas de la République laïque. Ayons une diplomatie forte et indépendante, tout en gérant nos affaires intérieures selon les intérêts français ! À l’instar d’un Richelieu, capable de mener une politique extérieure d’un côté, face à l’Autriche, et une politique intérieure de l’autre, face aux prétentions protestantes. Prérogatives régaliennes, comme on dit aujourd’hui, autrement dit : royales. « Politique d’abord » ! Sinon c’est sans issue.

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