Le RN a proposé de rouvrir les maisons closes. Les arguments employés (risques, libertés…) sont ceux, employés à front renversé, des partisans de la légalisation de la drogue. Mais le fond de l’affaire, ce sont les différences irréductibles entre sexualités masculine et féminine.
J’entends, avec un certain amusement, monter le débat sur une éventuelle réouverture des « maisons closes ». Ce qui m’amuse est que ce débat est le strict symétrique du débat sur la « légalisation » des drogues et que cependant, pour autant que je puisse en juger, les positions des principaux acteurs politiques sont inversées. Ceux qui sont pour les maisons closes sont contre la légalisation des drogues et contre les « salles de shoot » tandis que ceux qui sont contre les maisons closes sont plutôt favorables à la légalisation des drogues et aux salles de shoot. Pourtant les arguments avancés en faveur de l’un sont, en substance, exactement les mêmes que ceux qui peuvent être avancés en faveur de l’autre.
L’argument de l’impossibilité d’éradiquer le phénomène : « Il n’y a pas de société sans drogue », « Il n’y a pas de société sans prostitution ». L’argument de la réduction des risques : « Mieux vaut des salles de shoot et un marché légal de la drogue que des toxicos qui se shootent derrière des poubelles avec des produits frelatés », « Des lieux clos c’est toujours mieux que des taudis dans le Bois de Boulogne, c’est un sujet de sécurité ». L’argument libertarien : « Prostitution/toxicomanie sont des crimes naturellement sans victimes : chacun est libre de disposer de son corps comme il l’entend. Ce qui crée la criminalité c’est précisément l’interdiction. »
Et inversement, les arguments opposés à l’un peuvent être opposés à l’autre. « Légaliser c’est banaliser et donc encourager le développement du phénomène ». « La légalisation ne fera pas disparaitre le marché illégal et donc la criminalité et la violence associées ».« La liberté n’est admissible que si vous assumez entièrement, et seul, les conséquences de vos actes. Ni la toxicomanie ni la prostitution ne sont dans ce cas. »
Personnellement, je me situe du côté des prohibitionnistes aussi bien pour les drogues que pour la prostitution et fondamentalement pour les mêmes raisons, mais ce n’est pas le lieu de développer une argumentation en ce sens. Ce qui m’intéresse c’est que, si les protagonistes du débat sont ainsi à fronts renversés sur l’un et l’autre sujet, vraisemblablement les vraies motivations de leurs positions ne sont pas exposées.
Une morale de l’égalité
La motivation profonde de ceux qui, aujourd’hui, veulent maintenir une position prohibitionniste en matière de prostitution (pénalisation du client et du proxénétisme, entendu en un sens très large) me semble assez transparente. Le 15 décembre, par exemple, Aurore Bergé a vendu la mèche sur une télévision du Service Public de Gauche (on peut toujours compter sur les gens aux capacités intellectuelles modestes pour laisser sortir le chat du sac sans s’en rendre compte). « La prostitution [a-t-elle dit], ce n’est pas le plus vieux métier du monde, c’est le plus vieux système de domination du monde. » Comprenons donc que la position prohibitionniste repose aujourd’hui non pas sur une morale de la sexualité mais sur une morale de l’égalité. Non pas sur l’idée que certains actes, certains comportements sexuels, seraient intrinsèquement dégradants pour les protagonistes, quand bien même ils seraient consentis, mais sur l’idée que la prostitution perpétue la domination de l’homme sur la femme ou, pour utiliser la formule sacramentelle, « le patriarcat ».
Ce qui est insupportable à nos prohibitionnistes, c’est que la prostitution révèle les différences profondes et inéradicables entre les hommes et les femmes concernant la sexualité. Les premiers ont une capacité que les secondes n’ont pas à « consommer » du sexe, capacité qui a des implications multiples dans les rapports entre les sexes (sans mauvais jeu de mot) et dans l’organisation de la société en général. La prostitution rappelle aussi la vulnérabilité des femmes face à la force physique très supérieure des hommes et face aussi à leur propension très supérieure à la violence.
Bref, la prostitution, c’est la réfutation en actes du féminisme post-Beauvoir. Désolée, Simone, on naît homme ou femme, et on le reste. La société n’y est pour rien. Voilà qui est intolérable aux héritières de Marthe Richard et qui appelle notamment une répression sans failles du client, puisque c’est lui qui se comporte de manière insupportablement masculine, alors que la prostituée, d’une certaine manière, pratique cette sexualité « virilement indépendante » que Beauvoir, dans son immense naïveté, appelait de ses vœux. Du côté des partisans de la réouverture des bordels, c’est moins clair, mais je serais assez porté à croire que c’est précisément la motivation inverse : une certaine défense de la masculinité (ou d’une certaine masculinité) face aux assauts du féminisme.
Une sexualité consommatrice
Je ne peux pas m’empêcher de faire le rapprochement entre le fait que ce soit le RN qui ait lancé le débat sur la réouverture des boxons et le fait que ce parti compte la plus grande proportion d’élus ouvertement homosexuels à l’Assemblée nationale (environ 28%, soit une proportion dix fois supérieure à ce qu’on trouve dans la population générale).
Et pourquoi ce rapprochement ? Parce que ce qui caractérise la sexualité « gay », c’est précisément une approche du sexe extrêmement consommatrice (ce qui ne veut évidemment pas dire que tous les gays agissent ainsi, mais on se lasse de devoir sans cesse répéter les mêmes choses). La sexualité gay, pourrait-on dire, c’est la sexualité masculine lorsqu’elle n’est pas exposée à l’influence modératrice (et globalement bienfaisante) des femmes.
Je concède bien volontiers que ceci ne pourra jamais être prouvé par A+B (je parle des motivations des participants au débat sur la prostitution) mais, si tel est bien le fond du débat, il est évident que celui-ci est totalement biaisé et ne saurait déboucher sur une décision raisonnable. Tout au plus cela permettra-t-il de mesurer le rapport de force entre le lobby féministe et le lobby gay. Sur ce coup-là, je parie sur la victoire par KO du premier.
Illustration : « Je vais proposer la réouverture des maisons closes, mais tenues par les prostituées elles-mêmes, en mode coopératif. […] Je prépare une proposition de loi en ce sens. Une première version est prête, mais doit être améliorée. J’ai le soutien de Marine [Le Pen] pour cette initiative. » Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme.
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