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Que penser de l’Économie sociale et solidaire ?

Que penser de l’« économie sociale et solidaire (ESS) » – un concept très à la mode depuis quelques années ? Décortiquons-le pour en comprendre les tenants et les aboutissants.

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Que penser de l’Économie sociale et solidaire ?

D’abord, on peut s’étonner de la redondance : « sociale et solidaire », deux mots qui se renvoient l’un à l’autre. Dès le titre du concept, on rencontre une difficulté à le maîtriser. Ses quatre principes sont : une gestion démocratique de l’entreprise, une utilité collective ou sociale du projet, la mixité des ressources, enfin la non-lucrativité individuelle. Examinons-les l’un après l’autre.

La gestion démocratique de l’entreprise, on appelait cela, au temps de la Guerre froide, l’autogestion, une pratique que son échec a discréditée. Certains pays, assez rares il est vrai, l’avaient mise en œuvre, comme l’éphémère Yougoslavie communiste ou bien encore l’Algérie indépendante : deux pays bien vite ruinés par l’expérience. La gestion démocratique supposant une prise de décision collective selon le principe un homme – une voix, c’est la négation même de l’encadrement, du cadre, rendant inutiles les écoles où l’on enseigne l’art de conduire des équipes et gouverner une entreprise. Au-delà des séductions idéologiques, l’expérience a montré que l’autogestion ne fonctionne pas.

L’utilité collective ou sociale du projet, c’est encore une redondance : l’économie se mettant au service du corps social, il est évident que toute activité, rentable ou non, de service public ou d’intérêt privé, a une utilité collective. Il appartient à l’encadrement politique de cette activité de lui donner également une utilité sociale.

Une nostalgie pour les régimes totalitaires

La mixité des ressources signifie que les entreprises de l’Economie sociale et solidaire doivent équilibrer leur budget par des fonds privés mais aussi des fonds publics, en plus de leur propre production. Autrement dit, elles n’ont pas besoin d’être nécessairement rentables ; ce qui peut se comprendre dans certains secteurs stratégiques d’intérêt public, mais entre en contradiction avec la recherche du profit, qui est le moteur de toute activité économique. Or, la non-rentabilité doit être l’exception dans une société qui doit produire de la richesse, et non pas seulement la dépenser. Devant une organisation militante, le Tribunal pour les générations future – un nom évoquant le Tribunal Bertrand Russell des années 60, s’efforçant de discréditer la politique américaine sous la Guerre froide –, Adeline Lescanne, directrice de l’entreprise Nutriset, qui développe des solutions nutritionnelles contre la malnutrition, admet que « si l’on n’a pas d’argent, on ne peut pas se développer et aider les autres ».

Ceci fait écho au quatrième principe, celui de la non-lucrativité individuelle. Là encore, l’expérience des régimes d’économie administrée, dite « socialiste », nous a montré qu’ils ne fonctionnent pas : l’absence de perspective lucrative encourage la passivité, le moindre effort, dans un univers non-concurrentiel qui stagne, exactement comme les économies reposant sur le travail servile ont stagné pendant des millénaires. De surcroît, quand Philippe Frémeaux, rédacteur en chef du magazine Alternatives économiques, dit que « l’URSS fonctionnait sans profit, mais il y avait en son sein une course à la puissance et au pouvoir, dans l’ESS il y a des Unions soviétiques en petit, des mini-URSS », il avoue la vérité du phénomène, une nostalgie commune à certains groupements actuels pour les régimes totalitaires.

De fait, on ne saurait se laisser tromper par les chiffres : que l’ESS emploie deux millions et demi de salariés, totalise 14% de l’emploi salarié privé et pèse 10% du PIB, n’est pas forcément une bonne nouvelle, dès lors que ce secteur est artificiellement entretenu. D’ailleurs, le fait que les deux chiffres, 14% de l’emploi mais 10% du PIB, laissent apparaître une distorsion, ouvre une voie vers la compréhension du phénomène quand bien même cette distorsion ne suffit pas en elle-même, car il est vrai – même si c’est de moins en moins vrai dans nos économies reposant sur la haute valeur ajoutée – qu’une activité puisse faire appel à une main-d’œuvre plus abondante que d’autres.

L’activité économique, la vraie, celle dont les recettes dépassent les dépenses, doit assurément être encadrée par la loi, de façon à ne pas « laisser le renard entrer librement dans le poulailler », pour reprendre une heureuse expression du XIXe siècle, mais les principes affichés de l’Economie sociale et solidaire évoquent plutôt les ateliers nationaux de 1848, qui occupaient un peuple d’ouvriers privés d’emploi, faute de pouvoir leur offrir une activité véritable.

 

 


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