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Par des chemins de traverse

Chronique de Michel Bouvier

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Par des chemins de traverse

Ah ! les jolies promenades que l’on fait par les chemins de traverse ! Voici par exemple Le side-car de Maurice Pergnier (éd. Prem’édit). Le side-car ! quel engin séduisant, et tellement amusant ! On prononce cide-quart, bien sûr, et on s’élance sur les routes champêtres de La grande vadrouille, ou bien avec Tintin en Amérique à la poursuite des gangsters ! Maurice Pergnier nous emmène à la recherche de ses parents, de leur jeunesse, de leur amour, qui les amena « tout droit vers les nuages ». C’est délicat, poétique, coloré de la tendresse des souvenirs ineffaçables. Après ce premier texte en sépia, suivent quatre « récits insolites », surtout le premier, L’arbre au genou, qui n’est pas tout à fait un poème en prose, mais y fait penser furieusement. Maurice Pergnier aime les arbres, surtout ceux qui ont eu quelques peines à croître, qui ont dû se montrer inventifs pour pousser leur feuillage vers le soleil, il les aime en promeneur attentif, amical ; les arbres nous sont fraternels, ils vivent aussi durement que nous, ils sont religieux comme nous : la splendeur du monde les incite au recueillement, car les arbres, tout le monde le sait, sont silencieux, silencieux comme les moines recueillis sur leur banc, dont le bois craque parfois sous les genoux.

Les récits suivants sont plus tragiques, mais toujours il s’agit de rencontres qui surprennent, étonnent, bouleversent une vie entière. L’auteur les narre avec discrétion, tendresse, et cette vague inquiétude qui nous prend à découvrir le mal, qui fait penser à une possible « communion des damnés. » Dans le dernier récit, cependant, la rencontre est une épiphanie, puisqu’il s’agit de celle de Simon de Cyrène avec Jésus, tombé sous le poids de sa croix. Maurice Pergnier nous fait vivre cette rencontre bouleversante dans l’étonnement de Simon, qui passait par là, ne savait rien de ce condamné, et en resta marqué pour l’éternité. C’est retenu, finement analysé, d’une parfaite discrétion, d’une infinie douceur aussi.

Maurice Pergnier, linguiste et sémiologue, a enseigné sa science à l’université ; il aime la langue avec une curiosité amoureuse, il cherche comment la faire parler ; il l’écrit d’une plume respectueuse, quasi dévote. Parmi ses livres, il en est un déjà ancien qui pourrait intéresser nos lecteurs. Il s’agit de La résurrection de Jésus de Nazareth. Énigme, mystère et désinformation, paru dans la collection Désinformation de Vladimir Volkoff (éd. du Rocher). On le trouve encore d’occasion. Il s’agit d’une étude méticuleuse des textes évangéliques concernant la Résurrection du Christ, menée avec une rigueur scientifique affûtée, qui conduit à des observations neuves, riches d’aperçus stimulants. Et puisqu’il s’agit de désinformation, l’auteur analyse finement les procédés qu’emploient ceux qui aiment par-dessus tout mentir, possédés qu’ils sont par la malice du Père du mensonge.

On sait que la Résurrection du Christ est au cœur de notre foi : saint Paul l’a écrit : « si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine » ; c’est pourquoi les menteurs s’en prennent d’abord à ce fait. Or, s’ils s’en prennent à ce fait, c’est qu’ils savent qu’il est central, c’est au fond qu’ils y croient. À partir de ce point, tout devient aisé à démonter, afin de démontrer qu’ils croient à la vérité, puisqu’ils mentent pour la cacher et empêcher que les gens simples la trouvent. L’auteur s’attelle point par point aux indices les plus ténus, pour en tirer une lumière quasi guerrière qui repousse les ténèbres à coups de fer et de feu. Ce faisant, il nettoie le terrain, il y fait ressortir des détails insolites, mystérieux, qui deviennent comme des pierres noires où s’arrête la clarté, où la foi, en pleine nuit obscure, reprend tous ses droits. Ainsi de la pierre roulée, des anges assis au tombeau, qui ont donc des fesses quand ils se manifestent, si on ne sait toujours pas de quel sexe ils sont, et de tant d’autres mystères offerts à notre adoration. À la fin de la lecture de ce livre, on se sent conforté dans sa foi, qui en est enrichie, plus lumineuse, mais aussi plus pure et plus dure, comme le diamant, dont la lumière rayonne, fascine, impose la contemplation. Et on reste à regarder ce jardinier, qui est le Ressuscité, qui ne veut pas qu’on le touche, parce que si le Jardin est rouvert, nous n’y sommes pas encore, il nous faut retourner en Galilée, chez ces fous qui sont nos compatriotes.


Puisqu’il faut reprendre les chemins de traverse pour s’y rendre, choisissons pour guide Bruno Lafourcade, spécialiste de la clinique des fous, qui nous administre deux nouvelles preuves de son art : Leur jeunesse et Sac de frappe, tous les deux aux éditions Jean-Dézert. Le premier est sous-titré « journal d’un professeur », et cela précise le sujet. Pendant une année, l’auteur a donné des cours dans un organisme professionnel de rattrapage, il s’est confronté à l’ignorance béate des « apprenants », qui seraient plus justement nommés les vagabonds de la vacuité roteuse, il a été pourchassé par la bêtise à front de taureau de ses supérieurs, qui auraient bien mérités  ces titres mirifiques : potentats dindonnants, batteurs de vieux bidons, dévots glorieux  de Mère Sotte… Laissons-les courir, ouvrons l’autre livre, un recueil de notations qui est comme le journal de notre clinicien attaché au grand hôpital des fous, d’où nous essayons en vain de nous échapper, car il n’y a pas d’ouvertures dans la muraille qui l’encercle et nous piège. Prenons notre mal en patience en parcourant les observations de notre clinicien, et nous en gaudissant.

Il nous met en scène sa cousine, Prune Lahourcade, une féministe végane, antifasciste et inclusive dont il a évidemment toutes les raisons de se sentir fier. Elle lit Télérama, se drogue avec Médiapart et France-Inter ; aussi apprend-on sans étonnement qu’elle ne guérira jamais. Bon, mais elle est drôle, surtout de la manière dont l’auteur la met en scène, elle et d’autres zombies du désert de la pensée, dans des saynètes étranges : on dirait des émissions de France-Culture quand il pleut, non pas dehors, mais dans le poste ; vous pouvez me croire, c’est beaucoup plus triste !


À part sa cousine, le clinicien Lafourcade observe les politichiens, les politichiennes, bref, les polichinelles de la grande parade offerte aux populations aux frais du contribuable (celui-là, on ne le montre jamais, on se demande où il se cache…). Il a suivi Mme Schiappa dans ses déplacements d’air et de vent, il a écouté ses propos, qu’il nous rapporte avec une exactitude scrupuleuse : on voit bien grâce à cela que le diagnostic n’est pas bon, pas bon du tout ! Elle non plus ne risque pas de guérir ! Heureusement, tout incurables qu’ils soient, il arrive aussi à ces gens-là de mourir, ce qui donne l’occasion de belles nécrologies, instructives et tout. Celle du professeur Axel Kahn est bien pittoresque, par exemple.

Jacques Chirac n’est pas mal torché non plus. Il faut dire qu’il y en avait à ôter, de la merde ! Les artistes ne sont pas épargnés, surtout ceux qui se sont spécialisés dans le bruit dépourvu de toute signification : encore, un pet, on sait à quoi ça sert, et le bien que ça fait, mais le bruit qu’émettent nos artistes, vous pouvez me dire à quoi ça sert ? Non ? Eh bien Bruno Lafourcade non plus ; il s’interroge, comme nous, et ses interrogations nous font bien rire, ce qui nous garde dans l’humanité, puisque le rire est le propre de l’homme.

N’allez pas croire que l’auteur soit seulement un type qui se marre. Non, c’est un vrai penseur, et un penseur citoyen, qui se préoccupe des gaz à effet de serre et de toutes ces choses graves, auxquelles la fillette venue du froid nous a sensibilisé en poussant des cris anglo-saxons. Ainsi, Bruno Lafourcade nous propose de renommer le chanteur Plastic Bertrand Compost Bertrand. C’est du lourd, dirait Luchini. Voici pourtant plus profond sur le sport : « Le sport devrait enseigner, avec le dépassement de soi, la modération dans la victoire, le respect que l’on a de l’adversaire […] au lieu de quoi la fin d’une compétition, c’est toujours une scène d’hystérie, faites de hurlements et de larmes. […] Le sport sans la maîtrise de soi est un contresens. » Voilà : Bruno Lafourcade nous apprend à voir ce qu’on a sous les yeux si souvent qu’on ne le voit plus, qu’on ne sait plus le déchiffrer. Il nous rend clairvoyant. Il est un observateur qui ne se contente pas de regarder, il nous éduque. Il nous redonne nos sens, et notre bon sens. Une dernière preuve de la bienfaisance de cet auteur : « On vit entouré de programmes – télévisés, scolaires, électoraux, informatiques. Dès qu’il y a du programme, il y a de la propagande : chaque fois, il s’agit de programmer des individus. »

Lisez et relisez, vous comprendrez bientôt que c’est aussi fort qu’un aphorisme de Nietzsche. Que pourrais-je ajouter, si ce n’est qu’on a grandement raison de prendre les chemins de traverse : l’air y est plus pur.

 

  • Le side-car, Maurice Pergnier, Prem’Edit, 2021, 72 pages, 14 €.
  • Leur jeunesse, journal d’un professeur, Bruno lafourcade, Jean Dézert. 20,90€
  • Sac de frappe, pièces brèves, Bruno Lafourcade, Jean Dézert. 18,90€

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