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L’immoraliste

À deux mois des futures élections présidentielles, il n’est pas inutile de dresser le portrait de celui qui gouverne le pays et qui prétend le diriger encore pour cinq ans.

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L’immoraliste

Macron est heureux. Il trône, en ce début d’année, sur deux fauteuils de président. Il en rêvait ; il les a. Il n’est pas question pour lui de les quitter. Il a toujours pensé, et vraisemblablement depuis longtemps, que l’un et l’autre lui étaient dus : le français qu’il lui faut regagner en avril à la loterie électorale et dont il pense qu’il lui est acquis d’avance et d’abord en raison de sa supériorité sur les autres candidats ; et l’européen qui n’est pour le moment que provisoire, pour six mois, mais dont il entend bien exercer toutes les prérogatives et même au-delà, espérant mieux encore pour l’avenir en initiant dès maintenant le processus de la fédération européenne pour laquelle il a engagé toute sa vie. Et en attendant – il y songe – le troisième fauteuil, le mondial, qui n’est encore que virtuel, mais dont le cadre se dessine dans son esprit, au travers de sa politique internationale, ainsi qu’il l’avait suggéré dans la dernière partie de son étonnant discours au forum de Davos en janvier 2018 où il se projetait dans une réorganisation planétaire dont il faisait comprendre qu’il serait, qu’il était déjà le penseur et le maître d’œuvre : c’était lui ou le populisme, lui et le progrès d’un côté, ou l’anarchie des peuples et le désordre mondial de l’autre. Il est ainsi, le Macron : il sait ce qu’il veut. Non pas notre bon vieil Hercule gaulois qui sauve son pays à coups de massue, mais ce nouvel Héraclès chargé d’abattre au XXIe siècle l’hydre réactionnaire, populiste, conservatrice, immobiliste, obscurantiste, nationaliste… La main armée du Progrès libérateur, telle est l’image épique qu’il a de lui-même et qu’il veut imposer au monde.

L’autoréférence érigée en principe

Jeune, il savait déjà que la présidence de la République française devait lui échoir et, à peine trentenaire, il a tout fait pour y parvenir, en transgressant tous les codes de la vie publique avec cette même assurance qui l’avait poussé préalablement à violer les règles les plus élémentaires des convenances de la vie privée, allant jusqu’à couvrir de la respectabilité contractuelle l’anomalie de son comportement. Il a la certitude qu’il est fait pour avoir toujours raison. C’est, d’ailleurs, ce qu’il signifie sans barguigner dans tous ses discours, affichant l’apparente sincérité d’une fausse modestie et ne regrettant que des malentendus dont il laisse penser qu’ils sont à imputer plutôt à l’incompréhension ou à la mauvaise foi de ses détracteurs. 

Le génie propre dont il se flatte, tient en son « progressisme intelligent » qui le distingue de la vulgarité de l’histoire, à l’égal des plus grandes figures. Cette persuasion le confirme dans son destin. « Progressiste », il l’est et le sera en toute matière, éthique d’abord, politique ensuite. La règle fondamentale de ce progressisme intelligent est d’une simplicité radicale : tout est permis qui est en accord avec sa conception personnelle aussi bien théorique que surtout pratique ; et, donc, plus simplement encore, qui favorise son ambition. Inversement est à proscrire ce qui s’oppose à sa volonté. Il ne faut pas chercher plus loin son horizon philosophique, un subjectivisme narcissique, peint, au temps de son adolescence, aux couleurs vaguement kantiennes de Paul Ricœur ; ce galimatias sans nom, il l’appelle « transcendance », comme il a osé l’écrire à plusieurs reprises sans vergogne, dernièrement encore dans L’Express. Ridicule transcendance qui n’est, à la mode germanique, car il idolâtre l’Allemagne comme Jaurès, qu’une transcendance de complaisance où l’idéalisme supposé dissimule la pire des marchandises, un « moi » qui se croit historique et s’imagine métaphysique. Le discriminant de son système n’est en effet rien d’autre que lui-même ; et sa propre pensée ne tourne que sur elle-même. Le contraire d’Aristote et de saint Thomas d’Aquin ; le contraire aussi, quoi qu’on die, de Descartes et de Pascal dont l’intuition spirituelle, pour l’un et pour l’autre, allait d’un mouvement direct vers l’absolu de Dieu. L’opposé encore de Bossuet, de Maistre, de Maurras, de toute l’école traditionnelle qui fait de la vérité objective le fondement de tout jugement. Macron soutient tout, son contraire et n’importe quoi, où le discours se suffit à lui-même dans la satisfaction d’un nominalisme arrogant d’une postmodernité sans foi ni loi. La suffisance est l’ennemie de toute sagesse.

Le pouvoir comme expression de la volonté

C’est ainsi que, fort de telles convictions, il machina son accession au pouvoir comme un coup d’État légal à faire entériner républicainement. Il réussit sa manœuvre avec la bonne conscience d’un aventurier sans scrupule qui n’a aucun doute sur son objectif. Il lui appartient, du droit supérieur de sa vocation, de transformer la France, une France rancie dans ses habitudes et confinée dans son histoire, pour l’amener à entrer dans son dessein personnel d’une Europe souveraine qui est l’étape aussi nécessaire qu’urgente à franchir dans la perspective d’un monde nouveau et ouvert qu’il s’agira de réorganiser – et vite – pour éviter les pires retours aux méfaits du nationalisme. Ce qu’il pressent en accord avec les grands esprits de la planète ! Lui seul, pense-t-il, est à la hauteur d’un tel enjeu. Ce qui justifie son engagement et rehausse sa détermination. Il est l’homme qui peut et doit dominer et anéantir l’extrême droite. Le reste n’est rien qu’inconsistance politicienne. Il ira jusqu’au bout d’une opération qui ne fait en réalité, pour lui, que commencer. Pas question d’échouer en avril ou de renoncer à ce qu’il considère maintenant comme son œuvre.

Dans sa tâche, sa mission, devrait-on dire, tant ce long labeur s’inscrit dans une vision, il s’est aidé d’une petite bande d’affidés, de parfaits immoralistes s’il est possible d’employer un tel oxymore, d’ambitieux aussi forcenés qu’hypocrites, proprement « gidiens » dans leur apostolat macronien qui les consacre dans leur singularité grâce à l’apparente gratuité de l’acte répété de leur total engagement, ce qui les incite, pour toujours mieux s’affirmer, à aller d’acte en acte sans cesse plus avant dans la transgression ; Benalla qui fut intime de Macron, en est l’exemple. Plus rien à voir avec les adhésions ordinaires à des appareils partisans qui caractérisent les habitudinaires de la politique de l’ancien monde.

Ainsi Macron a-t-il à sa disposition, nuit et jour, en tout domaine, sans jamais une objection, perinde ac cadaver, des Kohler, l’homme chargé de toutes les œuvres, hautes et basses, des Emelien, des Séjourné, des Attal, des Beaune et d’autres de même style et de même moralité. À cette jeune troupe qui s’est formée dans les caravansérails de la République et les tripots de l’État, quand l’illusion des vapeurs du strauss-kahnisme se dissipait alors qu’ils y cherchaient leur brevet de vertu pour mieux entrer après leurs aînés dans la carrière, se sont joints, comme naturellement, attirés par les flambeaux de la réussite macronienne, les chacals errants des landes obscures de la République sans nom, vieux flibustiers de la politicaillerie, les Castaner, les Ferrand, les Solère, pour ne nommer qu’eux – combien d’autres accoururent ! – sans oublier l’ineffable Bayrou qui s’est trouvé un râtelier ; commissaire au plan – quel plan au juste ? – voilà qui le revêt de la livrée macronienne. En investissant les hauts postes de la macronie, ces messieurs – et des dames aussi – se sont accordé le privilège, singulièrement jouissif pour eux, de dominer de leurs avantageuses personnes la puissance publique ; ils en fixent eux-mêmes les règles de conduite et de fonctionnement ! Nos modernes Vautrin édictent le bien et le mal, définissent le vrai et le faux, énoncent le juste et l’injuste au nom de la République dont la grâce macronienne les constitue prêtres, prophètes et rois. Il suffit de les regarder et de les écouter pour comprendre à quel point ils prennent au sérieux leur rôle de parangons de la vertu démocratique. Le petit Darmanin s’essaye à suivre dans cette voie de l’éthique républicaine : ce qu’il croit relever d’un habile machiavélisme n’est jamais que le cynisme outrecuidant de la plus vile des prétentions. N’est pas Fouché ni Talleyrand qui veut. Ni même Persigny. La Ve République en est au niveau des sous-Foccart.

Apaiser la contestation

Macron met donc tout en place avec ses équipes pour sa réélection en avril. Il utilise sa fonction de chef de l’État et les services de l’État. Tous ses déplacements, même internationaux, servent à cet effet. Tous ses discours ; et peu lui chaut les contradictions : il met à l’honneur les Pieds-noirs, reconnaît les massacres dont ils furent les victimes, après les avoir insultés. Il a flatté l’écologisme, puis il se met à promouvoir le nucléaire. Il a continué, sous prétexte d’Europe, à démanteler EDF qu’il va achever de ruiner par une politique insensée d’achat-vente mise en place par ses soins. Les industriels commencent à crier « casse-cou », tant les injonctions de l’État et de l’Europe les contraignent à l’impossible. Les statistiques triomphales et les chiffres mirobolants sortis tous les jours de Bercy et des ministères n’ont à l’évidence aucune signification. Les désordres continuels qui tournent à l’émeute, l’islamisation implacable des villes, des quartiers, de zones entières, l’immigration qui a repris de plus belle, manifestent la défection tragique de l’État. L’effondrement de l’Éducation nationale est un autre signe de l’effondrement français dont souffrent les classes populaires et les classes moyennes. Macron et ses équipes ne pensent qu’à faire des chèques dans toutes les directions, s’imaginant apaiser ainsi la contestation ; et, dans le même esprit, ils ne cessent d’avancer en matière de libéralisme sociétal. Les finances publiques sont au bord du gouffre. Pour faire le malin, Macron, qui, en réalité, n’a plus d’influence dans le monde, s’agite sur la scène internationale comme un pantin et, croyant construire l’Europe, se rend à Berlin pour de Berlin lancer ses menaces à la Russie. Quel signe ! Et pour quel risque ?

Cependant la dictature sanitaire, desserrée au moment opportun, lui donnera l’occasion de se déclarer vainqueur de la pandémie. Il se place ainsi au-dessus des autres candidats. Il a donc décidé de ne pas leur répondre. Le patron, c’est lui. Telle est sa morale. Cette certitude lui donne le goût de la victoire, cette victoire qui, « quoiqu’il en coûte », est sa seule règle de conduite.

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