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Le retour de la monarchie, une idée à replacer dans le débat public

Alors que la France traverse une période de fragilité économique et de défiance politique, le prince Jean d’Orléans et son frère, le prince Eudes, veulent remettre la question monarchique au centre du débat public. Loin d’un retour à l’Ancien Régime, ils défendent une réflexion sur la stabilité, la continuité et l’incarnation de l’État.

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Le retour de la monarchie, une idée à replacer dans le débat public

Le 4 septembre 2026, à Saint-Gilles-du-Gard, Jean d’Orléans, 61 ans, chef de la Maison royale de France, s’est rendu avec sa famille à l’installation d’une relique attribuée à Saint Louis dans l’abbatiale de la cité gardoise. Conservée durant plusieurs générations par la famille Beaux d’Albenas, elle rejoint désormais le patrimoine religieux local, alors que la France commémore les huit cents ans du sacre de Louis IX.

L’image pourrait paraître appartenir à un autre siècle, voire surannée pour certains. Elle prend pourtant un relief particulier dans une France où les questions d’autorité, de continuité de l’État et de représentation d’une nation divisée reviennent avec insistance. Descendant des rois de France, le comte de Paris n’est évidemment pas chef d’État. L’histoire en a décidé autrement en 1848. Il ne dispose d’aucun mandat électif et sa Maison ne constitue pas une institution de la République. C’est aussi sa force. Ses nombreuses prises de parole, visibles sur son site officiel, témoignent d’une posture qui entend se tenir à distance de la compétition partisane.

Ainsi, sur l’aide à mourir, qui a dernièrement cristallisé les passions, Jean d’Orléans a exprimé son opposition au texte, invoquant notamment sa conception du droit à la vie et regrettant l’absence, selon lui, d’un consensus politique suffisant. Lors des incendies ayant frappé le pays, il a parallèlement apporté son soutien aux victimes et rendu hommage aux pompiers, aux agriculteurs et aux collectivités mobilisées. Ces interventions, mêmes discrètes, répondent à une conception du rôle princier : être présent dans les grands moments de la vie nationale sans solliciter le suffrage des électeurs.

Une idée qui revient

Le contexte économique et politique donne d’ailleurs un écho particulier sur l’héritage capétien qui est le sien et qui mériterait que l’on s’y attarde. Épuisés par les deux quinquennats du président Emmanuel Macron, les Français sont unanimes : la France est en faillite, son économie confrontée à une croissance faible, des tensions sur le pouvoir d’achat et une dette considérable qui se réglera par des solutions impopulaires, et l’environnement géopolitique est précaire. Derrière la question économique et les divisions sociales et identitaires apparaît également une interrogation institutionnelle : comment gouverner durablement le pays, où les clivages politiques semblent de plus en plus difficiles à dépasser, et rassurer une population rendue exsangue par les efforts qui lui sont demandés ?

C’est sur ce terrain que le discours monarchiste cherche à évoluer. En juillet, le prince Eudes d’Orléans, duc d’Angoulême, a consacré un texte à ce qu’il présente comme « l’idée qui revient ». Il défend l’idée que la monarchie puisse être à nouveau discutée, non seulement par les royalistes mais aussi par ceux qui s’interrogent sur la nécessité de faire évoluer les institutions françaises.Il ne s’agit pas de revenir au principe de monarchie absolue ni de sacrifier les acquis de la Révolution française. Le Parlement resterait élu, le gouvernement continuerait de conduire la politique du pays et le souverain exercerait principalement une fonction de représentation, de continuité et d’arbitrage. Le roi ne remplacerait donc pas la démocratie : dans cette conception, il en deviendrait un élément institutionnel.

Actuellement, le président de la République est élu au suffrage universel direct. Cette légitimité lui confère une force politique importante, mais elle fait également de lui un acteur de la compétition électorale. Il demeure associé à une majorité, à un programme et à une histoire politique. A contrario, un monarque constitutionnel se trouverait dans une situation différente. N’ayant pas à conquérir son mandat, il pourrait représenter la continuité de l’État indépendamment des alternances. Le gouvernement peut changer. La majorité parlementaire peut changer. Les orientations politiques peuvent changer. Mais le chef de l’État demeure, neutre.

Le prince n’est pas candidat

Cette logique existe d’ailleurs au sein de plusieurs nations européennes. Danemark, Espagne, Royaume-Uni, Suède, Norvège, Pays-Bas ou Belgique ont conservé une monarchie constitutionnelle tout en maintenant la démocratie électorale comme fondement de la légitimité politique, comme le rappelle le prince Jean d’Orléans dans une interview accordée au Midi Libre parue cet été. Le peuple conserverait son pouvoir politique par le suffrage parlementaire et la responsabilité du gouvernement, tandis que la représentation permanente de l’État serait confiée à une institution héréditaire.

Reste une objection fondamentale qui ne peut être ignorée : l’attachement des Français à la République. Seuls 17 % des Français semblent prêts à soutenir le retour de la monarchie selon un sondage BVA de 2016. Une réalité que les princes n’éludent pas. Eudes d’Orléans ne prétend d’ailleurs pas que la restauration soit à portée de main. Son propos relève davantage d’une réhabilitation intellectuelle de l’idée monarchique à replacer dans le débat public.

Dans le raisonnement du prince Jean et du prince Eudes, un roi constitutionnel serait placé dans une autre temporalité. C’est dans cette perspective que prend tout son sens la formule employée par Jean d’Orléans pour se définir : un prince « vivant au rythme de son pays ». Le prince n’est pas candidat. Il ne cherche pas à conquérir le pouvoir et ne défend pas un programme soumis aux électeurs. Il entend se tenir disponible pour les grands moments de la vie française, être un monarque reliant l’histoire nationale aux impératifs de la France contemporaine, se souciant du bien commun au détriment de ses intérêts personnels, et développer une vision à long terme en lieu et place de l’habituel court terme ponctué de réformettes sans effets, afin de laisser un héritage pérenne aux générations suivantes.

Une approche plongeant ses racines dans la ligne droite de la vision capétienne qui a façonné la France durant plusieurs siècles. L’idée monarchique a désormais changé de nature. Elle ne demande plus seulement si la France peut retrouver son roi. Elle pose une question autrement plus contemporaine : « La France ne gagnerait-elle pas à avoir, au sommet de l’État, quelqu’un qui n’ait jamais eu besoin d’être élu pour représenter ceux qui l’ont choisi comme ceux qui ne l’ont pas choisi ? ».

Illustration : À l’occasion du 800e anniversaire du sacre de Saint Louis, Monseigneur le comte de Paris a honoré de sa présence, le 23 août 2026, la fête traditionnelle d’Aigues-Mortes, ville fondée par le saint, accompagné de sa famille, la princesse Philoména et leurs six enfants, dont le prince Gaston, dauphin de France. Le 4 septembre ils se sont rendus à la basilique abbatiale de Saint-Gilles où une exceptionnelle relique historique de Saint Louis a été officiellement remise.

 


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