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Le comte de Paris et ses pairs réunis pour Camerone

À Aubagne, la commémoration du 163e anniversaire de Camerone a pris cette année une dimension historique particulière. Réunis autour de la Légion étrangère, le prince Jean d’Orléans, le prince Jean-Christophe Napoléon et le prince Albert II ont incarné la mémoire des familles royales et princières engagées au service de la France sous le képi blanc.

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Le comte de Paris et ses pairs réunis pour Camerone

Chaque année, la ville d’Aubagne devient le cœur de la mémoire légionnaire en accueillant les célébrations de Camerone. Bien plus qu’une simple commémoration militaire, cette cérémonie emblématique célèbre l’esprit de sacrifice, de fidélité et de fraternité propre à la Légion étrangère. Organisé au camp du 1er Régiment étranger, l’événement rassemble militaires, anciens combattants, passionnés d’histoire et visiteurs venus découvrir l’une des traditions les plus fortes de l’armée française. Camerone occupe une place singulière dans l’histoire militaire française, intimement liée à l’histoire du Second Empire. Elle rend hommage aux hommes du capitaine Jean Danjou tombés au Mexique le 30 avril 1863. Ce jour-là, soixante-deux légionnaires affrontèrent près de deux mille soldats mexicains afin de protéger un convoi stratégique destiné au corps expéditionnaire français. La France de Napoléon III menait alors une intervention militaire au Mexique afin d’y installer un empire catholique confié à l’archiduc Maximilien de Habsbourg-Lorraine. Refusant de se rendre, les légionnaires combattirent jusqu’au bout. Leur sacrifice permit au convoi de poursuivre sa route et entra immédiatement dans la légende militaire française. Pour les légionnaires, cette bataille représente toujours l’acte fondateur spirituel de la Légion étrangère. Au cœur de cette mémoire se trouve une relique unique : la main articulée du capitaine Jean Danjou. Dix ans avant cette bataille, l’officier avait perdu sa main gauche lors d’une mission topographique en Algérie, à la suite de l’explosion accidentelle de son fusil. Conservée aujourd’hui dans la crypte du musée de la Légion étrangère à Aubagne, retrouvée dans les décombres de Camerone, cette prothèse de bois constitue l’objet le plus sacré de l’institution. Chaque année, lors des cérémonies, la main du capitaine Danjou est portée solennellement par un officier choisi pour ses mérites exceptionnels, un honneur considéré comme l’un des plus prestigieux de la Légion étrangère. Cette édition 2026 a également été marquée par une initiative du général de brigade Cyrille Youchtchenko, commandant de la Légion étrangère depuis 2023 : réunir plusieurs représentants de familles royales et princières liées à l’histoire du corps militaire. Une manière de rappeler combien la Légion étrangère a attiré, au fil des décennies, princes, aristocrates et héritiers des dynasties européennes.

Trois héritiers de dynasties européennes

Fin janvier dernier, le prince Jean, chef de la maison royale de France, avait été reçu à Marseille par le général Youchtchenko lors d’un petit-déjeuner privé organisé dans une atmosphère conviviale. C’est à cette occasion que le prétendant au trône de France a reçu officiellement son invitation aux cérémonies de Camerone. Une présence hautement symbolique puisque le prince descend du roi Louis-Philippe, fondateur de la Légion étrangère en 1831. Un corps d’armée qui a succédé au Régiment d’Hohenlohe, composé de soldats étrangers et fidèles de la monarchie Bourbon. Le 29 avril, à la veille des cérémonies officielles, plusieurs délégations ont été d’abord conviées à une visite du musée de la Légion étrangère. Aux côtés d’officiers accompagnant le général Thierry Burkhard, ancien chef d’état-major des armées, se trouvaient notamment le prince Maximilian Fürst zu Hohenlohe-Bartenstein, une délégation danoise conduite par le colonel Mads Rahbek, chef de la Garde royale, ainsi qu’Éric Lerdrup Bourgois, historien militaire et co-auteur de l’ouvrage 1000 ans de relations militaires franco-danoises. Le roi Frederik X devait initialement participer à cette commémoration, mais son anniversaire officiel l’a finalement empêché de se rendre en Provence. Insigne honneur : le comte de Paris a été exceptionnellement autorisé de descendre dans la crypte afin d’apercevoir la main du capitaine Danjou, entourée des étendards historiques de la Légion étrangère. Ce privilège, rarement accordé, est habituellement réservé à quelques personnalités choisies. Une rencontre entre l’héritier et l’héritage national forte en émotion. La dimension chrétienne de Camerone s’est également exprimée lors de la messe célébrée en l’église Saint-Pierre d’Auriol par Emmanuel Gobillard, évêque de Digne, Riez et Sisteron. Une chorale composée d’une dizaine de légionnaires a accompagné l’offi ce dans une atmosphère de recueillement particulièrement émouvante. Le prince Jean y assistait avec son épouse et son fi ls aîné, le prince Gaston, âgé de 16 ans. Le lendemain, 30 avril, la place d’armes du camp d’Aubagne a accueilli les cérémonies officielles du 163e anniversaire de Camerone. Représentants de l’État, autorités militaires, anciens combattants et délégations étrangères ont assisté au traditionnel défi lé des troupes de la Légion étrangère. Mais l’image qui a particulièrement retenu l’attention fut celle réunissant le prince Jean-Christophe Napoléon, le prince Jean et le prince Albert II. Trois héritiers de dynasties européennes rassemblés autour de la mémoire des légionnaires tombés au Mexique.

Saint Louis, symbole d’unité

Tous trois partagent d’ailleurs une histoire familiale étroitement liée à la Légion étrangère. Le prince Louis Napoléon (1914-1997), grand-père du prince Jean-Christophe Napoléon, s’était engagé sous le nom de « Louis Blanchard ». Démobilisé en 1940, il rejoindra par la suite la Résistance sous le pseudonyme de « Louis Monnier » au sein de l’Organisation de résistance de l’armée (ORA) où il se distingua au cours de combats contre l’ennemi. Le prince Henri d’Orléans (1908-1999), grand-père du comte de Paris, a lui aussi servi dans la Légion étrangère sous le nom d’« Henri Robert Orliac ». Un pseudonyme déjà utilisé par son père, le duc de Guise, durant l’exil de la famille royale au Maroc. Le comte de Paris joua également un rôle important dans la France de la Résistance (notamment en Algérie française) et de l’après-guerre. Encore faut-il évoquer la mémoire du prince Louis II de Monaco (18701949), arrière-grand-père du prince Albert II, qui servit au 1er Régiment étranger avant de reprendre les armes durant la Première Guerre mondiale. Combattant pour la France, il fut élevé au grade de général de brigade. Son arrière-petit-fils, le prince Albert II, porte aujourd’hui le titre honorifique de caporal d’honneur de la Légion étrangère. Les célébrations ont également permis de mettre en lumière l’exposition Une noblesse de servir, consacrée aux liens historiques entre la Légion étrangère et les familles royales européennes. Parmi les figures évoquées figure le prince Aage de Danemark (1887-1940). Fils du prince Valdemar de Danemark et de la princesse Marie d’Orléans, il renonça à ses droits dynastiques avant de consacrer dix-sept années de sa vie à la Légion étrangère, devenant l’une des figures emblématiques des campagnes d’Algérie au début du XXe siècle. À l’issue des cérémonies, le prince Jean s’est entretenu avec plusieurs personnalités présentes, parmi lesquelles le prince Albert II, le général Thierry Burkhard et le gouverneur militaire de Marseille, le général Yves Metayer. Des échanges décrits comme particulièrement chaleureux par les participants. Cette édition 2026 a rappelé à tous que la Légion étrangère reste un lieu unique où les origines sociales, les titres et les frontières s’effacent devant une seule valeur : l’engagement au service de la France, un credo pour le prétendant au trône de France. Le 28 mai, le comte de Paris s s’est rendu à Versailles afin d’assister à une messe célébrée à la cathédrale Saint-Louis à l’occasion du 800e anniversaire du couronnement du roi Louis IX. Entouré de plusieurs centaines de personnes venues à sa rencontre aux abords du château de Versailles, le prétendant au trône de France a également accordé plusieurs entretiens à la presse. Un déplacement significatif dans une France en crise pour celui qui considère Saint Louis comme l’un de ses principaux modèles historiques. D’autres visites sont également prévues dans le cadre de cette commémoration avec en point d’orgue, une messe organisée à Reims, la cathédrale du sacre des rois de France, aux côtés de divers élus. Illustration d’unité autour du comte de Paris, descendant du roi Henri IV, dont la France aurait bien besoin aujourd’hui, Tout un symbole.

 

Illustration : Le comte de Paris aux portes du palais.


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