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L’avenir de la droite

Éric Ciotti l’a déclaré dans le Figaro, « À Nice s’est incarné l’avenir de la droite. »

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L’avenir de la droite

C’est sans doute vrai. Par exemple, il dit que Sarah Knafo est l’idiote utile du macronisme et a choisi comme colistière « Zara Boutayeb, artiste, future déléguée aux droits des femmes », on sent qu’il veut maintenir la barre au centre si droitier qu’il soit présenté, et il veut des chocs, comme Gabriel Attal, comme Laurent Nuñez : choc de pouvoir d’achat, choc de baisse fiscale ! Et en même temps climatisation des classes, réduction massive de la dépense publique et doublement des effectifs de la police municipale présente sur le terrain. « J’appelle les policiers menacés par l’extrême gauche à venir à Nice : nous avons besoin d’eux et ils seront bien accueillis ! » (Figaro). Réfugiez-vous en zone libre, braves gens ! Venez chercher la sécurité, le soleil et l’argent ! On fera tout avec rien !

Bon, il y a quand même Juliette Chesnel-Le Roux, qui a mené la liste du rassemblement de la gauche, qui au tout premier conseil municipal appelle à rentrer en « résistance républicaine » juste après que Ciotti a expliqué qu’il allait « reconquérir Nice quartier par quartier » : on ne sait plus si les nazis viennent de remplacer les fascistes (1943) ou si les FFI sont en train d’épurer les collabos (1944) ; Christian Estrosi est absent lors de cette réunion, peut-être se cache-t-il de peur d’être tondu…

Ciotti se félicite d’avoir prouvé que l’union des droites et l’enracinement local paient. Il a raison – et donc la « droite » est condamnée à recruter des barons locaux aux ambitions tout à la fois grandes et mesurées, qui savent prendre une ville et ne pas guigner l’Élysée, sont capables de monter des petits partis et de bien monnayer leur soutien, et savent aussi promettre à tous que demain sera meilleur – leçon amère que les écologistes doivent en ce moment considérer et remâcher. S’il faut tirer une leçon de ces élections, c’est vraiment du côté de Nice et de Vierzon, avec la victoire de Yannick Le Roux, réunissant les bonnes volontés du centre à « l’extrême droite » sur un candidat peu connu et peu marqué. C’est bien sympathique, ça a un goût de IIIe République, même si ça ne plaît pas à Gérard Larcher, mais est-ce à la hauteur des temps, quand à peine dix pourcents des habitants de Saint-Denis suffisent à élire Bally Bagayoko, né de parents maliens et applaudi, voire révéré, par tout LFI. Comme le signe des temps nouveaux ?

On ne rassemble pas, on élimine, on piétine, on exclut en même temps qu’on calcule et qu’on pactise

On voit que ces victoires sont en demi-teinte car en fait elles consacrent le règne de la tempérance, des projets qui ne flamboient pas, des mesures qui ne chagrinent que les militants exaltés, de quelque bord que ce soit. Le RN continue d’avancer, traçant son sillon d’un « ni droite ni gauche » qui, en réalité, écrase soigneusement la droite nationaliste, catholique, identitaire, la droite inquiète de voir la France des clochers remplacée par la France des kebabs pendant que les drogues, festives ou non, se répandent au Palais Bourbon autant que dans les communes de moins de mille habitants. J’entends bien que ce souci de rassembler tout le monde est en soi louable, mais quand il est défendu par ceux qui expliquent que Maurras est un mauvais Français et qui votent l’euthanasie (pour ne pointer que deux faits parmi d’autres), un doute doit nous saisir : à quel prix rassemble-t-on, et qui est en train d’être rassemblé ? Car en face, on ne rassemble pas, on élimine, on piétine, on exclut en même temps qu’on calcule et qu’on pactise. LFI mène la danse avec sa nouvelle France qui broie les vieux blancs socialistes et communistes, LFI proclame que le territoire français, français et non pas républicain (admirable que ce soit LFI qui utilise ce mot France au lieu de République, n’est-ce pas ? dans son nom comme dans ses discours), appartient à un nouveau peuple, et qui n’est pas défini par ses convictions mais par ses origines. Les antiracistes du PS clignent des yeux et votent pour lui, plus semi-habiles que les semi-habiles des LR et du RN – les notables des LR prétendant que leurs principes les empêchent de pactiser avec ceux qui ne demandent que d’être admis au pacte républicain, les caciques du RN comptant bien assimiler tout le monde. Tous ces calculs, encore une fois, ne me paraissent ni à la hauteur de la méchanceté de leurs adversaires, ni capables de faire pièce à la puissance néfaste de l’Union européenne. La France se dissout et se recompose, comme une chenille enfermée dans un cocon n’est plus qu’un curieux liquide d’où émergera, reconstitué, un nouveau corps. Quel affreux insecte surgira de ce cocon républicain, tissé des soies insoumises et accroché au buisson des lâchetés roublardes ? Je ne crois pas qu’il étendra ses ailes sur la droite.

 

Illustration : Bally Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis lors d’un meeting contre le racisme devant la basilique des rois de France.

 


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