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La question énergétique, enjeu primordial de l’élection présidentielle

Un quinquennat énergétique désastreux

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La question énergétique, enjeu primordial de l’élection présidentielle

Eoliennes et un batiment d elevage agricole Sarthe Pays de la Loire France 2022//07GILEMICHEL_1.1913/2201261644/Credit:GILE Michel/SIPA/2201261649

La politique énergétique du quinquennat de Macron, largement influencée par l’idéologie totalitaire de l’écologisme d’extrême-gauche, peut être synthétisée ainsi :

  • refus du nucléaire dont la part dans la production électrique française est appelée à être ramenée d’environ 70 % à 50 % ;
  • promotion forcenée des énergies renouvelables (ENR) et plus particulièrement de l’éolien industriel. Plus de 8000 machines sont installées actuellement en France dont aucune n’a été fabriquée dans notre pays ;
  • soumission servile à l’idéologie de la « concurrence libre et non faussée » des instances de Bruxelles inféodées aux groupes de pression énergétiques comme Wind Europe ;
  • vassalisation de notre pays aux ambitions allemandes de domination de l’Europe énergétique qui poussent au démantèlement d’EDF, forteresse française de notre système énergétique qui fut (mais n’est plus) l’un des meilleurs du monde.

Le symbole le plus éclatant des errements de cette politique est représenté par l’abandon du projet prometteur Astrid et surtout la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, catastrophe pour notre secteur énergétique et pour l’Alsace mais une grande satisfaction pour l’Allemagne.

Un retournement du dernier quart d’heure ?

Comme l’a souligné Fabien Bouglé dans son ouvrage, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour considérer que l’électricité nucléaire constitue un atout majeur pour lutter contre les modifications climatiques. Cela a été le cas de Bill Gates, du patron de Netflix et, en France, du photographe Arthus-Bertrand. Ce retour des esprits vers le nucléaire a été également celui de scientifiques du GIEC (groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat) qui recommande dans un rapport de 2018 un accroissement significatif de l’électricité d’origine nucléaire pour lutter contre une augmentation de la température de la planète.

De même la Commission européenne travaille sur la question de l’intégration du nucléaire dans la liste des énergies durables depuis le début de 2021. C’est le débat sur la taxonomie qui divise les membres de l’UE en deux camps. Nous assistons, en réalité, à une atténuation sensible de l’opposition au nucléaire d’une partie significative de la population française. Et ce pour trois raisons principales.

La première, qui a été développée plus haut, est que l’opinion fait désormais face à des menaces de hausse considérable du prix de l’électricité (fruit du dogme de la concurrence de l’Union européenne et de la mise en place du dispositif Arenh) et de coupures de l’alimentation électrique des ménages et des entreprises.  L’opinion ne peut qu’être inquiète des palinodies sur le sort d’EDF, un des symboles du service public à la française dont Bruxelles souhaite la disparition ou la vente à la découpe.

Enfin l’échec de la transition énergétique allemande apparaît de plus en plus flagrant aux yeux de tous. Cette transition, marquée par la faillite de grandes sociétés de promotion de l’éolien terrestre de ce pays et un large retour au charbon et au lignite qui fait de l’Allemagne un des pays les plus polluants d’Europe, fonde ses espoirs d’avenir sur le gaz d’origine russe, lui-même polluant. 

La dénonciation du « pacte de corruption » par le député Olivier Marleix (2,3) et le dossier de Faits et Documents (4) concernant la cession de la branche Énergie d’Alstom à General Electric en 2014 ont mis Macron dans une situation délicate vis-à-vis de l’opinion publique. Elle pouvait s’avérer d’autant plus périlleuse pour lui que l’élection présidentielle approchait. Il lui fallait réagir. 

Le discours de Belfort

À la lecture du document officiel tamponné ÉLYSÉE, « Reprendre en main notre destin énergétique ! » du 10 février 2022, c’est-à-dire le discours de Macron à Belfort, on peut dégager les quelques points qui suivent. C’est un discours électoraliste à deux mois du premier tour et après la fermeture de Fessenheim. Les objectifs vont dans tous les sens. C’est un catalogue d’à peu près tout ce qui est possible et qui vise à contenter le plus de clientèles possible. Nous avons dénombré 25 engagements et propositions toutes plus complexes et onéreuses les unes que les autres. Nous ne présentons que les plus importantes et les plus significatives.

  • Volonté de produire jusqu’à 60 % de plus d’électricité la plus décarbonée possible.
  • Mise en place d’une grande filière hydrogène.
  • Miser en même temps sur les deux piliers que sont le nucléaire et les ENR.
  • « Développement massif des ENR » en un premier temps et à court terme car il faut 15 ans pour construire un réacteur nucléaire.
  • Priorité au solaire dont la puissance doit être multipliée par dix d’ici 2050. Construction d’une filière industrielle française du solaire.
  • Développement massif de l’éolien en mer.
  • Doublement de la puissance installée en éolien terrestre d’ici 2050.
  • Investissement dans les barrages hydroélectriques.
  • « Reprendre le fil de la grande aventure du nucléaire civil ». Prolongation des réacteurs actuels au-delà de 50 ans. Lancement de nouveaux réacteurs nucléaires : six EPR2. Lancement d’un programme de petits réacteurs modulaires. Mise en service de 25 GW d’ici 2050. 
  • Nouvelle régulation de l’électricité nucléaire.
  • Sécurisation de la situation financière d’EDF.

Cette litanie du discours de Belfort ne peut complètement cacher les écueils de l’avenir énergétique de notre nation et les pièges qui lui sont tendus.

Les écueils et les pièges

1 – Ce discours constitue un répertoire de tout ce qui est possible de faire en matière énergétique.

Il s’agit d’un inventaire d’à peu près toutes les décisions et les mesures qu’il est concevable de prendre dans le domaine de l’énergie excepté les feux de cheminée. Il n’y a pas de choix qui soit réellement présenté. Ce n’est pas une stratégie, c’est de la communication.

Il est évident que la France ne peut pas se lancer dans toutes les directions possibles. Qui peut croire qu’un tel projet aussi ambitieux sans véritable option tranchée entre toutes les filières et leurs virtualités sera tenable une fois les élections passées ? 

2 – Le financement n’est pratiquement pas évoqué

Le coût global de ce programme et son étalement dans le temps ne sont pas présentés concrètement. Il est pourtant facilement prévisible qu’une telle ambition représenterait des sorties de fonds immenses pour nos finances publiques. Où trouvera-t-on l’argent dans l’état où elles sont après des dizaines d’années de « gestion » par des générations d’énarques et d’inspecteurs de finances ?

3 – Au secours du nucléaire. 

Le seul vrai point constructif est celui qui concerne le nucléaire comme nous l’avons indiqué ci-dessus. Il faut cependant souligner l’extrême duplicité du personnage qui n’a rien fait pour atténuer les difficultés de cette filière au cours des cinq dernières années et a fermé la centrale de Fessenheim. Cela ne l’a pas empêché de tresser, devant le personnel d’Alstom, des couronnes aux auteurs et acteurs de cette grande industrie française : Georges Pompidou, Marcel Boiteux et EDF. Quelle hypocrisie de célébrer le savoir-faire français dans ce domaine alors que ses semblables ont agi de telle sorte que celui-ci a été considérablement perdu au profit des Chinois et des Russes !

Le point délicat est que ce redressement, s’il était lancé maintenant, ne pourrait pas avoir d’effet, selon Macron, avant 15 ans, durée de construction d’une centrale nucléaire. C’est là qu’il montre le bout du nez.

4 – Une affirmation gratuite pour Macron et coûteuse pour les Français.

Macron affirme qu’il n’est pas concevable de se lancer dans un programme nucléaire en écartant les énergies renouvelables (éolien et solaire), et en refusant un mix énergétique. On se demande alors comment la France a fait dans les années 70 et 80 pour mettre sur pied un système énergétique qui était classé comme l’un des meilleurs du monde sans la moindre pale d’aérogénérateur. C’est l’exemple type de ce que l’on appelle un argument d’autorité.

Par ailleurs, même s’il est vrai que l’on ne construit pas un réacteur nucléaire en 15 ans, la mise à niveau de la sécurité des installations, le grand carénage et autres ne prendront pas autant de temps. Et est-il réellement impossible de relancer Fessenheim ce qui serait un bel acte d’indépendance envers les Allemands et un geste de fraternité à l’égard de nos compatriotes alsaciens ?

5 – La poursuite massive de la déferlante des énergies renouvelables et en particulier de l’éolien terrestre. 

Ainsi, alors que 8 000 éoliennes ont été plantées en France et ont dévasté des régions entières, Macron prévoit un doublement d’ici 2050 ; ce qu’il considère comme étant un ralentissement du rythme de construction. Macron prévoit également de multiplier par dix la puissance installée en solaire.

  • Mensonges lorsqu’il affirme que les énergies renouvelables sont devenues rentables et compétitives et qu’elles créeront de l’emploi.
  • Brutalité car, pour lui, la base de la lutte contre le changement climatique sera la levée de toutes les barrières réglementaires si les projets sont acceptés localement. Or aujourd’hui les décrets concernant l’éolien ont écarté la possibilité pour les collectivités locales de donner un avis décisionnel aux projets d’implantation. Reviendra-t-il en arrière ?
  • Hypocrisie lorsqu’il pleurniche sur les paysages remarquables, les sites classés et les trésors nationaux défigurés alors que s’il existe des responsables de ce vandalisme officiel, ce sont bien les membres de sa caste que tout cela indiffère.

6 – Le lancement massif de l’éolien marin.

Macron entend développer l’éolien marin pour viser l’implantation d’une cinquantaine de parcs en mer en 2050. Il lance l’annonce de la création d’emplois dans ce secteur alors que tout le matériel est fabriqué en dehors de la France où n’existe que quelques usines de montage. Un autre mensonge est l’association de tous les acteurs de la mer, en particulier les pécheurs. La réalité est que ceux-ci sont délibérément négligés et piétinés. 

Il faut insister sur le fait que barder toutes nos côtes de structures d’acier et de béton, pour la plupart à l’intérieur de nos eaux territoriales, pose une question très inquiétante de souveraineté et de sécurité nationale. Ce problème de souveraineté a fait l’objet d’une analyse poussée de la part d’un spécialiste : Jean-Louis Remouit (5).

7 – L’offensive allemande.

Macron s’est engagé à mettre en œuvre une nouvelle régulation de l’électricité nucléaire, en remplacement de l’ARENH afin que les consommateurs français puissent bénéficier de prix stables, proches des coûts de production d’électricité en France. Il précise que cela devrait être fait en accord avec la Commission européenne. Or il n’est pas certain que celle-ci abandonne son dogme idéologique de la concurrence libre et non faussée. D’autre part, derrière Bruxelles, il y a l’Allemagne qui mène le jeu. Ses entreprises éoliennes, en grosses difficultés sur leur marché domestique, ont entrepris de coloniser le sol français, aidées en cela par l’indifférence du gouvernement français et appuyées par un groupe de pression franco-allemand qui ne sert en réalité que les intérêts allemands : l’OFATE.

Notre voisin souhaitait également voir disparaître notre nucléaire et poussait Bruxelles au démantèlement d’EDF. L’acceptation allemande de la relance du nucléaire par Macron exprimée dans son discours de Belfort est considérée par certains comme une sorte d’échange contre une large ouverture de nos côtes au savoir-faire allemand dans le domaine de l’éolien marin. 

8 – Le pacte de corruption.

À l’approche des élections, Macron a senti que la cession de la branche nucléaire d’Alstom, réalisée en 2015 avec son appui dans un contexte qui sentait très fort la haute trahison à l’égard des intérêts français, allait ressurgir malgré l’inertie de la justice, et constituer un handicap pour sa réélection. Il s’est donc vanté à Belfort d’avoir pu finaliser un accord qui a été trouvé entre EDF et General Electric pour reprendre les activités liées au nucléaire de GE, notamment les activités de maintenance et de fabrication des turbines Arabelle. Tout faraud de cet aller-retour, il assure que ces turbines garantiront la France le plein contrôle de cette technologie. En réalité, contrairement à ce qu’a affirmé Macron, la vente ne sera finalisée qu’en 2023, bien après l’élection présidentielle… Il y a largement le temps pour GE de faire jouer un éventuel élastique. 

Le député Olivier Marleix a souligné qu’EDF a racheté deux fois plus cher cette pépite industrielle qu’elle n’a été vendue en 2015 à l’américain GE. De fait, le coût de l’opération s’élèvera à 1,2 Md€ contre un prix de vente de 0,6 Md€, soit une plus-value au profit du groupe américain de 0,6 Md€. De plus, le périmètre racheté est plus étroit que celui vendu d’environ un quart. En effet, il manquerait, selon Le Canard enchainé, le marché des constructions de centrales sur l’ensemble du continent américain du Nord comme du Sud et celui de la maintenance des turbines des centrales de charbon, activité florissante. Et pourtant, GE, en difficultés financières, souhaitait vendre l’entité depuis trois ans et était donc demandeur. Qui a le mieux négocié ? Ne fallait-il pas arriver impérativement à un accord avant l’échéance électorale ?

En revanche, ceux qui défendent l’opération, et par conséquent Macron, avancent que le carnet de commande est aujourd’hui dix fois plus important qu’en 2015 et qu’à ce titre l’opération est une bonne affaire. Mais s’il n’y avait pas eu la vente en 2015, Alstom bénéficierait de ce regain commercial sans débourser le moindre euro et sans perdre des parts d’activité. Enfin, quid des brevets et des relations commerciales avec les clients potentiels qui préféreront peut-être s’adresser aux Américains ? Nous n’avons aucune assurance.

En définitive

Le discours de Belfort dont l’objectif est essentiellement électoral constitue également un argumentaire pour échapper aux conséquences du « pacte de corruption ». Catalogue de politiques et de mesures du domaine de l’énergie, il ne fait pas état d’une véritable stratégie fondée sur un plan rigoureux de financement. Aussi bien sur mer que sur terre le développement de l’éolien industriel va être poussé, prétendument pour combler le creux de production en attendant les nouveaux EPR 2. Lorsque ceux-ci arriveront, le sol français et nos côtes seront recouverts de forêts d’éoliennes : c’est bien ce qui est voulu.

 

1. Fabien Bouglé, Nucléaire, les vérités cachées, face à l’illusion des énergies renouvelables, éditions du Rocher, 2021.

2. Olivier Marleix, Les liquidateurs, ce que le marcronisme inflige à la France et comment en sortir, Robert Laffont, 2021.

3. Davet et Lhomme, Le traître et le néant, Fayard, 2021, chapitre 4 – l’argent trouble.

4. Faits et Documents, numéros 492 à 496 et 502, Enquête « le pacte de corruption ».

5. Collectif Énergie Vérité, Les perspectives maritimes de l’éolien offshore à l’horizon 2050 et Éolien en mer : le carcan de fer et de béton du littoral français.

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